Manji, Masumura Yasuzo (1964)


MANJI, aka Passion
卍 (まんじ)
Année : 1964
Genre : veines haineuses
Production : Daiei
Réalisation : Masumura Yasuzo
Avec : Wakao Ayako, Kishida Kyôko, Kawazu Yûsuke, Funakoshi Eiji, Mitsuda Ken, Sazanka Kyû, Hibiki Reiko, Murata Fumiko, Nagumo Kyôko


Sonoko, une femme mariée paraissant profiter d’une vie paisible, nourrit en secret une passion dévorante pour la beauté d’une jeune femme prénommée Mitsuko. La rumeur d’une liaison entre les deux intéressées va tout d’abord amuser Mitsuko, avant que celle-ci ne prenne conscience de la folle attraction que provoquent effectivement son corps et ses charmes.

Les délires passionnels qui vont bientôt posséder et ronger les deux amantes ne tarderont pas à éveiller les soupçons malveillants, pour ensuite se propager tel un virus fulgurant dans les veines et le sang des hommes qui s’en approcheront trop aveuglément.

« Je te hais. Ton corps est si beau…j’ai envie de te tuer. »

Fidèle au roman de Junichirô Tanizaki, Masumura va dépeindre la passion, la fascination et la dépendance qui en découlent sous des couleurs désespérées. Théâtralisées à outrance, avec ce qu’il faut de sentiments exacerbés et de situations exagérées, le tout appuyé par une musique un peu trop présente mais néanmoins fascinante, les relations de Mitsuko et de Sonoko vont connaître bien des tourments…et de tourmentés. Car le désir, la jalousie et l’obsession ne connaissent pas de frontières, et restent susceptibles de visiter bien des chairs avant de livrer leur verdict, enfin. Watanuki, l’amant de Mitsuko et Kotaro, le mari de Sonoko, vont ainsi bientôt rentrer dans la danse : tour à tour éconduits puis humiliés, manipulateurs et suppliciés, ces hommes que rien ne semblait pouvoir réunir se trouveront néanmoins un point commun, comme un fatal point d’ancrage à la déraison : leur passion pour Mitsuko.

Y-a-t-il quelque chose de pervers à aimer se voir posséder ? Faut-il voir un peu d’anormalité, dans cette volonté de perdre pied face à la beauté ? Comme un bateau à la dérive, Sonoko va naviguer, un peu ivre, avec ses yeux trop pleins de larmes et de lumières, seulement guidée par un phare. Ou plutôt un soleil, comme une étoile esseulée dans un ciel ombragé qui ressemble trop à sa morne vie. Peut-on dès lors en vouloir à cette femme de s’abandonner ainsi à la douce poésie des étreintes interdites…tandis qu’elle ne s’en défendra même pas, revendiquant haut et fort son aveuglément amoureux, avouant ainsi : « Il n’y a rien de malsain à aimer quelqu’un de beau : c’est comme admirer une œuvre d’art ».

Oui la séduction peut être un art, c’est en tout cas à ce rang précis que Mitsuko l’a érigé, jouant et abusant de ses règles déséquilibrées et, parfois, fatales. La passion peut donc connaître plusieurs visages, divers tourments et de multiples causes. Mitsuko prendra ainsi un malin plaisir à être adorée, jusqu’à littéralement incarner une déesse bouddhiste ; Sonoko se découvrira une dépendance totale à la beauté ; Kotaro enfin, connaîtra les délices et supplices de l’amour exacerbé pour avoir cultivé une trop vive jalousie.

S’affranchissant des règles imposées par les trop bien-pensants, l’œuvre de Masumura ne décevra pas les amateurs de son cinéma. Cultivant le goût de l’étrange et la folie des excès, PASSION ne manquera pas de faire chavirer bien des spectateurs, jusqu’à sa toute fin et ce visage presque possédé d’une femme qui ne semble toujours pas pouvoir (vouloir) échapper à ses obsessions : oui, ici la passion semble capable de flirter avec une idée d’éternité.

Pourtant et malgré toutes ses qualités, je ne rangerai pas ce film-ci aux cotés des plus belles réussites de son auteur. Un peu trop démonstratif, que ce soit par le jeu parfois ambigu de certains acteurs (Kawazu Yusuke et même Wakao Ayako) ou encore en raison d’une musique trop appuyée (même si plutôt réussie), PASSION ne m’aura au final, et c’est plutôt paradoxal, que rarement véritablement passionné. Mais ne vous arrêtez pas sur ces dernières pensées un brin négatives et tentez l’expérience que vous propose Masumura : j’espère alors que son film saura faire avec vous ce qu’il n’a réussi qu’à moitié avec moi.

Oli :

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Quick Review in English:

+ Masumura + Wakao + a weird story
+ Very interesting plot, deep and original storyline

– Not my favourite movie of Masumura Yasuzo

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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