Topaz, Murakami Ryû (1992)


TOPAZ, aka Tokyo Décadence, aka Tokyo Decadence, aka Sex Dreams of Topaz
トパーズ
Année : 1992
Genre : dangereuse déca-danse
Production : Ryu Murakami Office / Cinemabrain
Réalisation : Murakami Ryû
Avec : Nikaido Miho, Amano Sayoko, Kano Tenmei, Mikami Kan, Shimada Masahiko, Kusama Yayoi, Sema Chie


Ai est jeune, et jolie. Son visage innocent et ses grands yeux sont autant d’atouts dans son métier : Ai est en effet une call-girl, spécialisée dans le sadomasochisme. Malgré ce qu’elle vit et subit au quotidien, la jeune femme cultive une naïveté d’adolescente. Oui, elle croit toujours en l’amour.

TOKYO DÉCADENCE est l’adaptation par Murakami Ryû de l’un de ses propres romans. Écrivain roi du best-seller au Japon, et qui depuis s’est fait un nom en dehors de ses frontières, Murakami est devenu un spécialiste des drames et travers de la société moderne japonaise. A ce titre, je vous recommande tous ses romans, de « Miso Soup » en passant par « Les bébés de la consigne automatique » : portraits tragiques et violents du Japon d’aujourd’hui. Murakami Ryû s’amuse ainsi depuis quelques années (1980 et son « Bleu presque transparent ») à adapter lui-même ses écrits sur grand écran. Une chose est presque certaine : Murakami est meilleur écrivain que cinéaste, et si ses films sont intéressants c’est avant tout parce qu’ils sont basés sur une matière première exceptionnelle : ses livres.

TOKYO DÉCADENCE nous plonge donc dans un univers sadomasochiste étrange, et secret. Un monde qui, parce qu’il est composé d’interdits et de non-dits, parfois même de dangers, peut attiser l’attention même du néophyte en la matière. Au milieu de cette communauté, que certains oseront, j’en suis persuadé, qualifier de berceau de la perversité (je leur demanderai alors de me donner une définition exacte et non moyenâgeuse de ce terme), la jeune Ai fait recette. Parce qu’elle belle, c’est certain. Mais surtout parce qu’elle est innocente : cela peut se lire dans son regard, cela peut se deviner par ses gestes parfois mal assurés. Cela se confirme enfin lorsque de grands élans de naïveté la persuadent qu’elle est encore capable de renouer avec son ancien (et sans doute unique) amour.

La société moderne ne réunit pas les hommes : elle les isole. Cette idée, que l’on retrouve à plusieurs reprises dans l’œuvre de Murakami Ryû, est parfaitement illustrée dans TOKYO DÉCADENCE. Chacun dans son coin, chacun avec ses petits plaisirs, ses malheurs…sa propre vie en forme de fardeau à porter sur son dos. Ai est seule, elle n’a pas d’amis, juste des relations de travail, des clients, et des rôles à jouer pour ces derniers. Lorsqu’elle ne doit pas supporter les mascarades et les regards amusés de sa clientèle, elle doit faire face à ceux des gens de l’extérieur. Ces regards-là sont sans doute bien plus douloureux, lourds et accusateurs, comme on cracherait au visage d’une bête curieuse. La société moderne cultive l’égoïsme et est génératrice de nombreux comportements troublants, mais parallèlement à cela elle fixe également des limites au-delà desquelles la normalité n’est plus considérée comme telle, au-delà desquelles on ne peut plus parler que de perversité, et surtout pas de singularité. Cette frontière virtuelle, Ai l’a outrageusement franchie. Les portes se sont refermées, et il ne lui reste plus dès lors que l’amour pour espérer, même si celui-ci doit prendre la forme d’un mirage fantasmé, naturellement ou chimiquement. Ai choisira-t-elle finalement ce rêve éveillé ou bien parviendra-t-elle à profiter du système et de sa réalité si excentrique ?

Oli :

Trailer :

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Quick Review in English:

+ Strange story about a cute girl, doing weird things
+ Ai = Love. Ai still believes in love. A real one, or a chemical one?
+ The most cruel part is not the SM games; it’s the way other people look at Ai
+ Sakamoto Ryûichi

– Not a movie for all the family…
– Many spectators will hate the movie, even if it’s deeper than it seems

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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