Æon Flux, Peter Chung, Howard E. Baker (1991)


ÆON FLUX
Année : 1991 / 1995
Genre : science-fiction sous acide animé
Origine : USA / Corée du Sud / Japon
Production : MTV / Colossal Pictures
Réalisation : Peter Chung et Howard E. Baker
Voix : Denise Poirier, John Rafter Lee, Andrea Carvajal, Steffan Chirazi, Paul Raci, Grace Whitefeather, Susan Turner-Cray, Julia Fletcher, Jack Fletcher, Mark Mars, Matt K. Miller, Andrew Philpot


Æon Flux est une Monican, un agent surdoué œuvrant secrètement pour faire chuter un pouvoir vicié imposé par Trevor Goodchild.
Mais Æon on Flux est également une femme, généralement très excitée. Et Trevor Goodchild est aussi un homme, le plus souvent débordant d’idées… Et si ces deux là luttaient avant tout l’un contre l’autre afin d’avoir une excuse pour se retrouver.
…même si c’est pour s’entre-tuer ?

AEON FLUX est une série animée créée par Peter Chung. Ce Sud-coréen aujourd’hui naturalisé Américain a proposé ce (très) show animé aux producteurs de l’émission Liquid Tv. Cette dernière avait pour but de diversifier quelque peu l’univers de la chaîne MTV en diffusant des programmes décalés et souvent politiquement incorrects.

AEON FLUX fut ainsi tout d’abord proposée sous la forme d’un premier épisode pilote d’une petite dizaine de minutes, diffusé en plusieurs fois sur la chaîne MTV. Et ça commence très fort, puisque d’entrée le réalisateur Peter Chung choisit de ne pas ménager son spectateur : le récit débute en effet au beau milieu d’une mission, aucune présentation n’est faite, on ne connaît rien de l’univers futuriste d’Aeon ni des tenants et des aboutissants de ses missions. Peter Chung explique aujourd’hui avoir fait ce choix pour forcer les spectateurs à regarder plusieurs fois les épisodes (ceux-ci étaient multidiffusés sur MTV). Cinq courts métrages ont alors suivi ce phénoménal pilote. Dans presque chacun d’entre eux, Aeon décède, chaque fois d’une manière différente : on ne peut décemment pas dire que Peter Chung fait de l’animation comme les autres !

Désireux de rendre ses vraies lettres de noblesse à l’animation, le réalisateur choisit de tourner sans dialogues, afin que le travail graphique soit le seul vecteur scénaristique de l’histoire. Et ça fonctionne à plein régime : Chung torture souvent ses graphismes et ses personnages, s’amuse avec des plans séquence de fou, jongle avec sa caméra virtuelle tout en sublimant l’implacable Aeon en la filmant sous tous les angles possibles (souvent sous la ceinture- dont Aeon s’amuse d’ailleurs à distribuer la clé à tous les mâles susceptibles de la contenter).

AEON FLUX c’est donc du jamais vu, ou presque. D’un point de vue technique, comme je viens de le souligner, mais également d’un point de vue scénaristique. On passe ainsi d’un épisode où Aeon flingue nue à tout va, les cadavres s’amoncellent de haut en bas, pour ensuite enchaîner avec la même histoire mais sous un autre angle : le combat titanesque que vient de livrer Aeon vu cette fois-ci par ces soldats qui ne sont ni plus ni moins que de simples instruments aux mains d’un pouvoir tentaculaire rappelant parfois 1984.

Les références SF d’ailleurs, elles existent sans être vraiment présentes : on retrouve en effet ici beaucoup d’histoires originales s’inspirant de thèmes bien connus du genre (dictature futuriste, omniprésence du pouvoir, manipulations génétiques, clonage, présence extraterrestre, virus, etc.). Si les thèmes sont connus, on ne peut pourtant pas citer un roman précis qui aurait ici été plagié. On retrouve avec AEON FLUX plutôt ce doux parfum des bouquins SF d’antan, où l’histoire se lisait relativement vite malgré un background bien foutu (Silverberg, Wul, …). Les épisodes d’AEON FLUX étant assez courts, il faut en effet aller à l’essentiel. Ce qui ne veut pas dire que l’histoire est bâclée, loin de là. Disons plutôt qu’elle est extrêmement condensée, ce qui rend le visionnage desdits épisodes absolument trépidant.

Suite au succès ce ces premiers épisodes, Peter Chung mit sur pied une vraie série, avec des dialogues, un début (enfin presque) et une fin (plus ou moins). En tout ce sont 10 épisodes qui durent chacun un peu plus de vingt minutes et qui creusent encore davantage l’univers d’Aeon Flux, la belle torturée (parce qu’elle le veut bien). Comme auparavant, tout n’est pas explicité dans les détails (hormis le premier épisode, imposé par MTV), et certains passages requièrent un certain effort de la part du spectateur. Car AEON FLUX est une série intelligente. Elle dépeint en effet avec beaucoup de finesse la relation perverse entretenue par Aeon (une terroriste Monican, luttant contre le pouvoir en place) et Trevor Goodchild (savant, homme de pouvoir, opportuniste, amant formidable). On s’aime, on se hait, on se roule des pelles, on baise, on se fait du mal…pour se faire du bien.

Fascination, répulsion, les deux amants détestés mais irrémédiablement attirés l’un vers l’autre constituent le nerf même de la série. Les enjeux absolument énormes qui prennent place tout autour d’eux en deviendraient presque accessoires. Il s’agit pourtant parfois du sort de la planète entière…mais peu importe que le monde se désagrège juste au dessus de leur tête. Oui peu importe que la race humaine soit menacée…et même si c’est eux qui détiennent la solution pour la sauver, quoi qu’il arrive, ils prendront avant le temps de baiser.
Antihéros égoïstes, capables également de morceaux de bravoure inouïs (Aeon est une déesse de la castagne), le couple Goodchild/Aeon constitue la plus grande réussite de la série. Mais il n’y a pas que ça : il faut en effet aussi signaler que l’univers proposé est tout à fait crédible (même si très épuré), et que les différentes technologies futuristes inventées pour la série sont tout simplement énormes.

Si le graphisme et l’animation d’AEON FLUX n’ont pas bénéficié d’un budget digne d’un vrai film de cinéma (et que le style de Chung risque d’effrayer les spectateurs les plus impressionnables), il faut garder en tête que tout cela a avant tout été réalisé pour la télévision. Et puis les petits défauts techniques s’oublient rapidement tellement les pérégrinations bestiales, métalliques, sexuelles, philosophiques et torturées de la géniale et si classe Aeon vont vous clouer sur place.

…se faire clouer par Aeon…encore un fantasme à la Trevor Goodchild ça…

Oli :

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Quick Review in English:

+ A masterpiece, produced for the television
+ Clever, original, sexy…it’s just unbelievable

– Don’t mention the movie with Charlize Theron!
– The style of Peter Chung is special. Some people may don’t like it

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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