Bullet Ballet, Tsukamoto Shinya (1998)


BULLET BALLET
バレット・バレエ
Année : 1998
Genre : Tokyo Hit
Production : Kaijyu Theater
Réalisation : Tsukamoto Shinya
Avec : Tsukamoto Shinya, Mano Kirina, Nakamura Tatsuya, Murase Takahiro, Suzuki Kyôka, Igawa Hisashi, Katijah Badami, Gabriela Bravo, Rachele Fanedman, Eshragh Farshao, Horikoshi Tomisaburô, Irie Teruhisa, Ishikawa Chu, Izutsu Kazuyuki, Kawahara Shinichi, Kim Sujin, Kubota Yôko, Kuroki Hisakatsu, Taguchi Tomorowo, Tsuda Mika, Tsujioka Masato, Tsukamoto Kôji, Ueda Chiko


Goda vient de perdre sa femme, qui s’est suicidée. Il va se mettre à déambuler dans un Tokyo métallique qui sent bon le foutre et le sang. Et développer une obsession pour les armes à feu.

BULLET BALLET est l’une des œuvres les plus personnelles de Tsukamoto. Il le dit lui même : « j’ai peur que le public ne comprenne pas tout ce que j’ai mis dans ce film ». L’idée de départ trouve sa source dans une péripétie vécue par le réalisateur : alors qu’il garait son vélo à proximité d’une gare, quelques voyous se sont approchés de lui pour le dépouiller. Il avoue aujourd’hui avoir eu très peur mais précise que lorsque c’est arrivé il a pris le soin d’observer les vauriens, un peu comme pour figer cet instant, dans un recoin de sa mémoire.

Là où les plus vieux délinquants respectent certaines règles, ces jeunes loubards qui se fichent de tout sont capables du pire pour obtenir peu de choses en retour. Tsukamoto dépeint donc cette jeunesse désabusée, qui ne fait plus d’effort pour rentrer dans le rang. C’est peut-être cette complaisance dans le désenchantement qui exaspère le plus le réalisateur. Ainsi, et comme l’a dit avant moi Jean-Pierre Dionnet, Tsukamoto nous montre des jeunes impressionnants dans leurs tenues en cuir et autoritaires quand il s’agit de se faire respecter des plus faibles. Beaux, oui, mais vides, comme ces coquilles qu’auraient fait leurs parents au moment de les mettre au monde. Ces jeunes qui se font plus gros qu’ils ne sont, qui se mettent à pleurer comme des gosses lorsqu’ils prennent un mauvais coup, qui se font même appeler par leur mère alors qu’ils sont en pleine bataille rangée.

Au milieu de cette jungle, la belle Chisato apparaît tel un ange furieux. Adolescente aux tendances suicidaires, elle prendra des allures de Christ crucifié comme pour mieux accepter son châtiment. La jeune femme se surprendra néanmoins à rêver d’une existence pareille aux autres : empruntant les vêtements et le lit de la compagne de Goda, elle en épousera ainsi la vie l’espace de quelques instants, doux et reposants.

BULLET BALLET est un film furieux, tournée en noir et blanc et de manière déjantée (mais maîtrisée), comme pour mieux illustrer le désarroi et la folie des jungles urbaines tokyoïtes, comme une projection de la rage et du pessimisme des différents protagonistes de l’histoire. Tout cela risque d’effaroucher quelques spectateurs. Vous êtes prévenus : BULLET BALLET est un univers étrange et personnel, dont on ne sort pas toujours indemne. Un hymne sombre mais qui sait distiller de savants moments d’optimisme à la fois purs, et empoisonnés. Comme l’héroïne (…du film ?).

Sans que je parvienne trop à expliquer pourquoi, ma fascination pour ce film augmente avec le temps : cette œuvre entière est un pur moment de cinéma, qui supporte plusieurs visions et qui surprend à chaque fois. Un film qui met la tête à l’envers et les maux à l’endroit. Ou peut-être le contraire. Monstruant et renverseux.

Oli :

Trailer :

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Quick Review in English:

+ A masterpiece: deep and violent, dark but with fabulous optimistic scenes
+ This filmmaker is a genious, each scene is incredible
+ A dark angel in leather

– Not an easy movie, I know people who have never been able to get into it

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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