Ranpo Jigoku, Jissôji Akio, Kaneko Atsushi, Satô Hisayasu, Takeuchi Suguru (2005)


RANPO JIGOKU, aka Rampo Noir
乱歩地獄
Année : 2005
Genre : les feux de la rampo
Production : Geneon / Kadokawa
Réalisation : Jissôji Akio, Kaneko Atsushi, Satô Hisayasu, Takeuchi Suguru
Avec : Asano Tadanobu, Narimiya Hiroki, Matsuda Ryûhei, Ichikawa Mikako, Kan Hanae, Okamoto Yukiko, Terada Minori, Daike Yuuko, Omori Nao, Moriyama Kaiji, Terajima Susumu, Hara Chisako, Horiuchi Masami, Nakamura Tomoya, Ogawa Tamaki, Taguchi Hiromasa, Yoshiyuki Yumi


Adaptations de quatre nouvelles de l’écrivain japonais Edogawa Ranpo :

Mars Canal, réalisé par Takeuchi Suguru
L’enfer des miroirs, réalisé par Jissôji Akio
La chenille, réalisé par Satô Hisayasu
Vermine, réalisé par Kaneko Atsushi

Voici donc pour le plus grand plaisir des fans de Ranpo une nouvelle adaptation de ses écrits pour le cinéma japonais, avec en prime un casting de qualité et notamment l’acteur Asano Tadanobu, qui apparaît dans la totalité des segments. Edogawa Ranpo qui avait définitivement sa place sur ce blog, puisque son seul nom est déjà un anagramme de grande classe et un jeu de mots désormais mondialement célèbre.

Envisageons les quatre segments dans l’ordre :

MARS CANAL (Kasei no unga)

Ça commence mal, car je n’ai pas grand-chose à développer à propos de cette histoire là… A dire vrai, j’ignore même de quel écrit de Ranpo le réalisateur Takeuchi Suguru a bien pu tirer son étrange trip visuel. Car il s’agit bel et bien d’un trip, avec effets spéciaux et sonores (le début est entièrement muet, sans doute pour mieux nous casser les oreilles lorsque le son, strident, pointe enfin à la surface de nos tympans).
C’est donc très court, je n’ai pas compris grand-chose, mais certaines admiratrices (ou admirateurs) seront ravi(e)s d’apprendre que le beau Ass-ano dévoile ici ses fesses nues sous tous les angles possibles et imaginables.

L’ENFER DES MIROIRS (Kagami jigoku)
Publié en France chez Picquier Poche dans le livre ANTHOLOGIE DE NOUVELLES JAPONAISES

Cet épisode-ci, filmé de manière beaucoup plus classique par Jissôji Akio (qui avait déjà adapté du Ranpo en 1994 pour le cinéma), rend hommage à une nouvelle elle aussi relativement classique de l’écrivain, mais également parfaitement révélatrice de son talent à mêler les genres, à savoir principalement le fantastique, le policier et l’érotisme (pour le grotesque, il vaut mieux se pencher sur les deux segments qui suivent).
L’ENFER DES MIROIRS est donc une aventure policière de l’immense détective Akechi Kogorô, personnage de fiction crée par Ranpo et qui revient dans plusieurs de ses histoires (dont l’une des ses plus fameuses : LE LÉZARD NOIR). A la fois raffiné et cruel (comme l’essentiel des nouvelles de Ranpo), le segment L’ENFER DES MIROIRS ne décevra pas les fans ni même les néophytes : les histoires mystico-policières de Ranpo ont en effet l’avantage de pouvoir plaire au premier coup d’œil, la connaissance du background de l’auteur ou de son personnage fétiche n’étant pas indispensable à la bonne compréhension de l’ensemble, l’histoire se suffisant à elle-même.
Mais revenons un instant sur Asano, qui connaît ici le lourd privilège d’incarner le mythique Akechi Kogorô. Je dois avouer que j’ai eu particulièrement de mal à croire à sa prestation : trop beau, trop carré, trop cool avec sa longue chevelure tombant jusque dans le bas du dos, non définitivement non, je ne m’étais jamais imaginé le célèbre détective avec une pareille allure…

LA CHENILLE (Imomushi)
Publié en France chez Picquier Poche dans le livre LA CHAMBRE ROUGE

Un soldat, revenu du combat en homme tronc, se retrouve comme livré en pâture à sa femme…
LA CHENILLE est, de l’aveu de beaucoup, un chef d’œuvre de son auteur dans le genre érotico-grotesque. Très courte, la nouvelle originale parvenait en simplement une petite dizaine de pages à dégager une atmosphère irréelle et étouffante, nimbée d’un érotisme déviant et d’un drame humain poignant. Le réalisateur Satô Hisayasu peine hélas à retranscrire toutes ces émotions dans son court métrage. Pire même, il commet quelques infidélités qui dénaturent complètement le récit.
Tout d’abord, les scénaristes ont intégré le détective Akechi Kogorô dans l’histoire alors qu’il n’y a jamais eu sa place. L’idée, pourtant, n’est finalement pas si mauvaise, car à la fin du segment on nous laisse clairement entrevoir une interaction à venir entre l’histoire de LA CHENILLE et celle de L’ILE PANORAMA (une nouvelle géniale à propos d’un collectionneur fou). Le spectateur tombe hélas de haut, car au moment où l’on s’attend à embarquer pour l’île, le segment s’arrête net pour enchaîner sur le suivant : VERMINE. Grosse déception donc, et surtout une bonne idée qui n’est pas exploitée.
Mais une autre le sera, puisque non content de faire un clin d’œil à L’ILE PANORAMA (ou encore à la nouvelle VERMINE, puisqu’un trait physique de l’héroïne rappelle celui de la suppliciée de la nouvelle précitée), le réalisateur sabote la magnifique fin de LA CHENILLE (que je ne dévoilerai pas) en calquant son dénouement sur LA BÊTE AVEUGLE (un autre écrit de Ranpo, adapté au cinéma par Masumura). Un peu comme si la véritable histoire de LA CHENILLE n’était pas suffisamment violente et dérangeante comme cela, et qu’il fallait absolument en rajouter une couche pour parfaitement illustrer Ranpo.
Non-sens.

VERMINE (Mushi)
Publié en France chez Picquier Poche dans le livre MIRAGE

Réalisé par Atsushi Kaneko, VERMINE conte l’histoire tragi-comique d’un homme dégoûté  à un tel point par l’espèce humaine qu’il en viendra à développer une terrible allergie. Fasciné par sa patronne, une actrice de théâtre, il va bientôt réaliser qu’il n’y a qu’à ses cotés qu’il se sent calme et reposé. Il tentera alors de se l’approprier…
Le dernier segment de RANPO NOIR est réussi : VERMINE mêle en effet psychose, horreur et humour dans un savoureux mélange à peine miné par quelques chutes de rythme.
Sur le fond, l’histoire est fidèle à la nouvelle (hormis un petit détail à la fin, qui demeure sans conséquence). Sur la forme, on sent par contre que le réalisateur impose sa marque de fabrique et s’éloigne quelque peu de l’univers visuel de l’écrivain, et au final cela se révèle plutôt comme une bonne idée, même si un ou deux passages font visuellement beaucoup trop Lynchien (lorsque Asano disparaît dans un couloir sombre pour « changer d’univers » c’est sans doute emprunté à LOST HIGHWAY).

Au final, les amateurs de Ranpo devraient s’avérer légèrement déçus : non pas que les différents segments n’adaptent pas fidèlement les nouvelles de l’écrivain (même si je ne me prononce pas sur MARS CANAL, que je ne connais pas, et que LA CHENILLE aurait mérité un scénario différent). Le principal reproche à faire se situerait donc au niveau de la réalisation : très peu inspirée sur LA CHENILLE, et peut-être trop décalée pour plaire aux fans sur VERMINE (encore que ce point prête à discussion), les différents segments auraient mérité plus d’attention sur la forme. On aurait aimé avoir de vrais talents à la caméra (Tsukamoto aurait été parfait, lui qui a déjà baigné dans l’univers de Ranpo) car, à dire vrai, deux des réalisateurs me semblent être des débutants au grand écran (je n’avais jamais entendu parler de Kaneko et de Takeuchi).
RANPO NOIR demeure malgré tout un divertissement de qualité, proposant, tout au long des quatre segments parsemant le récit différentes facettes de l’écrivain Edogawa Ranpo : le genre érotico-grotesque avec LA CHENILLE, les intrigues fantastiques et policières d’Akechi Kogorô avec L’ENFER DES MIROIRS et, enfin, l’humour et l’horreur décalée, illustrés par VERMINE.

Oli :

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Quick Review in English:

++ Kagami Jigoku and Mushi are interesting and not so far away from the books by Ranpo

— Asano Tadanobu is not a good Akechi Kogoro at all. He looks like a californian playboy
— Imomushi is one of my favourite book… This movie doesn’t honor it…
— It could have been worst, but a little simplicity would have been better

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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