Rampo, Okuyama Kazuyoshi et Mayuzumi Rintaro (1994)


RAMPO, aka Ranpo, aka The Mystery of Rampo
らんぽ [奥山バージョン]
Année : 1994
Genre : écrit vain
Production : Shochiku / Team Okuyama
Réalisation : Okuyama Kazuyoshi et Mayuzumi Rintaro
Avec : Motoki Masahiro, Takenaka Naoto, Hada Michiko, Kagawa Teruyuki, Hira Mikijiro, Sano Shirô, Kishibe Ittoku, Edoya Nekohachi, Takagi Jyunichi, Yutani Charlie, Kiki Kirin, Julie Dreyfus, Harada Yoshio, Fukasaku Kinji, Abe Hiroshi, Arato Genjiro, Hayami Yu, Kato Masaya, Kikuchi Maiko, Kimura Kazuya, Bessho Tatsuya, Miura Tomokazu, Otsuki Kenji, Wakamatsu Kôji


Le célèbre écrivain japonais Edogawa Ranpo vient de voir le dernier de ses projets refusé par la censure. Passablement usé par ces abus de pouvoir, l’énigmatique artiste décide d’arrêter l’écriture. Un fait divers va alors raviver sa flamme : Ranpo apprend en effet qu’une jeune femme, soupçonnée du meurtre de son mari, vient d’être relaxée. L’homme est mort, asphyxié dans un coffre à trousseau. Exactement de la manière que l’écrivain a précisément décrite dans sa dernière nouvelle, boudée par le censure.
Une nouvelle qu’il n’a donc jamais publiée… qu’il n’a même pas vraiment terminée…

Est-il encore nécessaire de présenter l’écrivain Edogawa Ranpo (grand admirateur d’Edgar Alan Poe, à tel point qu’il en détourna le nom pour créer son pseudonyme)… Célébré aujourd’hui par des fans du monde entier, l’artiste japonais s’est fait une réputation de maître de l’étrange, de l’intrigue policière décalée. Parfois même de l’horreur grotesque. Décédé en 1965, Ranpo n’en continue pas moins de déchainer les passions, et chaque jour de nouveaux amateurs de sensations mystérieuses, intelligentes et sadiques se rangent du coté du célèbre écrivain. Si Ranpo a ainsi connu l’honneur de voir ses histoires portées sur grand écran de son vivant, il convient de noter que son décès n’a en rien entamé l’appétit des producteurs et cinéphiles de tout poil en mal d’expériences étranges, et les projets estampillés Edogawa Ranpo continuent d’inonder les médias japonais.

Les nouveaux films (ou téléfilms) tirés de ses nouvelles sortent en effet régulièrement, avec plus ou moins de succès car, il faut bien l’avouer, les adaptations des œuvres de Ranpo n’ont presque jamais été du niveau de ses récits. On peut néanmoins citer LA BÊTE AVEUGLE, de Masumura, ainsi que LE LÉZARD NOIR de Fukasaku, comme deux des plus beaux hommages cinématographiques rendus à l’écrivain. Hélas RAMPO n’est pas de ceux-là. Certes le film est intéressant, mais il a bien du mal à jouer dans la cour des grands. D’ailleurs il faut aussi savoir que RAMPO est un premier film : en effet, si son réalisateur Okuyama Kazuyoshi est un personnage réputé du cinéma japonais, c’est avant tout autre chose parce qu’il est un producteur de talent. Il a ainsi participé à des films comme VIOLENT COP, SONATINE, L’ANGUILLE ou encore GOODBYE SOUTH GOODBYE. Sa volonté de passer derrière la caméra pour filmer ce qu’il ne voyait auparavant que de loin, trahit sans doute un excès de confiance certain en ses capacités. Sans être catastrophique en effet, la réalisation demeure bien anonyme…

Mêlant rêve, fantasme, cruelle réalité et fantastique à peine suggéré, le film RAMPO a pourtant un certain nombre de qualités, et la première est bien entendu l’originalité : ce long métrage en forme de clin d’œil permanent aux œuvres de l’écrivain vaut en effet le détour pour son histoire à plusieurs niveaux. Sur un premier plan nous avons Ranpo lui-même (incarné par un Takenaka Naoto), on nous présente sa vie un peu morne, ses problèmes (satanée censure), sa passion pour l’écriture. Parallèlement à cela on nous expose également la première partie d’une nouvelle de l’écrivain sous forme d’anime. Original donc, puisque le film date de 1994 et que ses réalisateurs n’ont pas attendu Tarantino pour intercaler du pur dessin animé dans un film live. Relativement court, cet aparté dessiné est d’une très grande élégance, un brin rétro, et sert particulièrement le récit. Enfin, RAMPO propose un troisième niveau de lecture puisque le héros mythique de l’écrivain, Akechi Kogorô (Motoki Masahiro assez crédible), va prendre vie et nous allons connaitre le privilège de le suivre dans l’une de ses trépidantes aventures. Sans aucun doute l’un des meilleurs moments du film, cet épisode mystérieux où l’aventureux Akechi ira se jeter dans la gueule du loup pour résoudre une énigme épineuse (en déjouant bien évidemment quelques étrangetés au passage) est presque digne d’une nouvelle du grand Edogawa Ranpo. On y retrouve en effet un peu de ce qui fait toutes les particularités des écrits de l’auteur japonais : désir, complot et cruauté, le tout présenté sous la forme de multiples délires obsessionnels.

Perdant quelque peu pied avec la réalité, Edogawa Ranpo est donc ici directement mis en scène. Un procédé à peine surprenant pour qui connait bien l’écrivain, puisque ce dernier avait déjà utilisé ce subterfuge en s’intronisant personnage principal de l’une de ses nouvelles (LA PROIE ET L’OMBRE), où l’on voyait donc Ranpo tenter d’élucider un meurtre commis par un homme qui était, lui aussi, un auteur de littérature policière. S’engageait alors un subtil jeu de miroirs et de faux-semblants, que le film RAMPO tente bien péniblement d’imposer. Car en effet, le film qui nous intéresse est relativement décevant. Cette histoire d’homme qui retrouve le goût de l’écriture le jour où il se décide à vivre pleinement ses rêves et fantasmes, avait pourtant tout pour plaire. Mais Okuyama Kazuyoshi ne parvient que très rarement à imposer une ambiance lourde, ou onirique. Aux frontières du fantastique.

Censé se dérouler dans les années 50, le récit est ,de plus, mis en scène de manière un peu trop moderne. Ni particulièrement crédible d’un point de vue historique, ni parfaitement convaincante sur le plan de l’ambiance, l’histoire traine alors ces quelques défauts comme autant d’encombrants boulets scénaristiques, que seuls les passages romancés avec le fictif Akechi Kogorô viendront soulager. Pour enfoncer le clou (du spectacle), la fin, si je ne la discute pas sur le fond, me parait bien mal fichue sur la forme. Un peu moins d’esbroufe visuelle, compte tenu du ton général du récit, aurait sans doute été plus bénéfique au film.

Grand admirateur de l’écrivain, je m’attendais sans doute à une histoire encore plus sombre, et davantage décalée. Quelque chose d’un peu plus fourni sur le fond, et surtout de plus respectueux sur la forme. Il faut malgré tout reconnaitre que j’ai passé un agréable moment mais que je n’ai jamais été déstabilisé, retourné, choqué ou amusé… à la manière de tout ce que je ressens aujourd’hui encore lorsque je me replonge dans une nouvelle de Edogawa Ranpo.

Oli :        
Yasuko :

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Quick Review in English:

+ A movie about Edogawa Ranpo cannot be a bad movie
+ Mysterious stories
+ Motoki Masahiro is a good Akechi Kogoro

– I’m a big fan of Takenaka Naoto, but he’s not credible as Edogawa Ranpo
– What a bad ending…with all that strobe effects…

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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