Shikoku, Nagasaki Shunichi (1999)


SHIKOKU
死国
Année : 1999
Genre : vole à mon amour…refais-moi la mort
Production : Toho / Shikoku Production Group / Kadokawa
Réalisation : Nagasaki Shunichi
Avec : Natsukawa Yui, Tsutsui Michitaka, Kuriyama Chiaki, Negishi Toshie, Osugi Ren, Satô Makoto, Suwa Tarô, Otakara Tomoko, Kôzu Hazuki


Hinako a quitté Shikoku alors qu’elle était encore enfant. Lorsqu’elle y remet enfin un jour les pieds, c’est pour découvrir que la singularité de l’endroit est toujours intacte.

Elle retrouvera alors Fumiya, un de ses amis d’enfance, qui lui apprendra que sa meilleure camarade, l’étrange Sayori, est décédée il y a maintenant quelques années. Certains avouent pourtant, le regard tremblant, l’avoir vue hanter les lieux que côtoie encore aujourd’hui le triste Fumiya…

Il y en a qui achètent les DVD à la jaquette, d’autres qui s’arrêtent parfois sur un nom. En l’occurrence ici et dans le cas présent, un film qui porte le titre de SHIKOKU ne pouvait qu’attiser mon attention.
L’île de Shikoku c’est en effet, à elle seule, déjà tout un programme (de finesse). Dernière des quatre îles principales du Japon à avoir été reliée aux autres, Shikoku reste, aujourd’hui encore, le symbole de la nature et des croyances ancestrales préservées au Japon. Oui là bas tout est un peu différent, les touristes d’ailleurs, y sont bien moins nombreux. Les Japonais eux-mêmes s’y rendent moins souvent : Shikoku ce n’est pas le centre dynamique du Japon, cela va sans dire. Pourtant on y trouve autre chose que ces buildings empilés, que ces milliers de néons branchés, que cette vie constamment vue en accélérée.

Pour se rendre compte de la singularité de Shikoku, il faut sans doute y avoir un jour posé les pieds. Ou bien peut-être aussi avoir eu l’opportunité de voir les quelques films qui traitent de cet incomparable îlot japonais. La référence en la matière est, à mes yeux, le long métrage INUGAMI, de Harada Masato. Étrange coïncidence (mais qui en fait n’en est pas une), le film SHIKOKU est adapté d’un roman de Bando Masako, auteure japonais qui est également à l’origine du livre qui inspira INUGAMI (des oeuvres littéraires à ne pas manquer, et oui malgré leurs titres il ne s’agit pas d’écrits vains).

Décidément, ce SHIKOKU s’annonce sous les meilleurs auspices. Hélas, et je vous le dis de suite, il ne tient pas toutes ses promesses. Malgré la singularité de l’île de Shikoku, malgré la très jolie photographie de l’ensemble (le regretté Shinoda Noboru était ici directeur de la photo), oui malgré la très belle idée de départ, le film se révèle partiellement raté.
Cette idée de départ, qui plonge Shikoku au centre même de l’intrigue, avait pourtant tout pour plaire. Il est en effet ici question du fameux pèlerinage des 88 temples, qui existe réellement au Japon. L’écrivaine Bando Masako détourne ici cette croyance séculaire pour improviser un processus capable de réveiller les morts. Quiconque terminerait ce pèlerinage un nombre de fois correspondant à l’âge de la personne décédée, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (donc dans le sens inverse du vrai pèlerinage), serait ainsi susceptible de ressusciter l’être tant regretté. Une mère va ainsi tout tenter pour ramener sa fille à la vie. Cette même fille qui hante toujours son village de Yaku, perdu dans la région de Kôchi, au sud de Shikoku. Éternellement amoureuse, Sayori ne s’éloignera jamais de son amour d’enfance, Fumiya. Aussi lorsque celui-ci s’éprendra d’une autre personne, Sayori ne comprendra pas…

Cette tragique histoire d’amour, qui aurait dû donner tant de force et de profondeur au long métrage, le réalisateur ne la maitrise pas. Pour ainsi dire, le spectateur passe même un peu à coté, avant de se réveiller à la toute fin grâce à une très jolie scène, peut-être la seule qui parvient à réellement dégager quelque chose. C’est plutôt rageant, surtout lorsque l’on connait la qualité du film INUGAMI, et la profondeur certaine des œuvres de Bando Masako. Ici on doit donc se contenter de quelques apparitions fantomatiques assez réussies mais qui n’effraient pas. Non, elles ne font pas réellement peur car l’intérêt premier du film est son coté dramatique. Mais l’émotion étant très mal gérée, puisque les rares scènes profondes se comptent au nombre de deux ou trois, il ne reste au final que bien peu de choses à se mettre sous la dent pour ne pas trouver le temps long. Bien trop long.

Reste ces fabuleux paysages naturels (malgré quelques scènes de studio, souvent ratées d’ailleurs), qui illustrent à merveille la richesse de l’île. Le fait que le film ait été tourné directement sur place renforce en grande partie son intérêt, le sauve même du naufrage total, tant certains moments apparaissent mal calculés, voire carrément pas à leur place. Il en ira ainsi de cette apparition incongrue d’un exorciste sorti d’on ne sait où, ou encore de quelques dialogues bien peu crédibles à certains moments-clés du film.

Les plus curieux, très attachés aux régions les moins visitées du Japon, devraient néanmoins pouvoir apprécier ce film dans son entier. Les fans purs et durs des films de fantômes y trouveront également une variation sentimentale intéressante sur ce genre éculé. Enfin il faut noter que la jeune Kuriyama Chiaki, alors encore plus ou moins débutante, se révèle déjà ici troublante de charme et d’étrange fragilité.

Oli :

_________________________________________

Quick Review in English:

+ The young (but already gifted) Chiaki
+ From a book by Bando Masako (INUGAMI)
+ The magic of the island of Shikoku
+ Most of the movie has been shot in natural sets
+ Inspired by a real Japanese legend
+ Beautiful photography by Shinoda Noboru

– A little too long…
– The final scene, by the lake, is not so good…
– Not a scary movie, and not as dramatic as it seems

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
Cet article, publié dans Drame, Fantastique, Fantômes, Love Story, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s