Tetsuo: The Bullet Man, Tsukamoto Shinya (2009)


TETSUO: THE BULLET MAN, aka Tetsuo Project
鉄男 THE BULLET MAN
Année : 2009
Genre : metal-hic
Production : Kaijyu Theater / Asmik Ace / Yahoo Japan
Réalisation : Tsukamoto Shinya
Avec : Eric Bossick, Monou Akiko, Nakamura Yûko, Stephen Sarrazin, Tsukamoto Shinya, Tiger Charlie Gerhardt, Prakhar Jain, Michael Duncan, Alan Koji, Fujita Sou, Markus Wambsganss, Izuki Hajime, Dwayne Lawler, Aldo La Riviere, Mishima Yutaka, Getto, Kurusu Masaki, Kawahara Shinichi, Tsujioka Masato, Taguchi Tomorowo


Mari fidèle, employé modèle et bon père de famille, Anthony va voir sa vie basculer le jour où un mystérieux meurtrier lui arrachera son fils. Anthony, aux crises de colère tout aussi étranges que violentes, va alors libérer sa rage et assister, impuissant, à la mutation grotesque d’un corps qu’il ne reconnaitra bientôt plus. Et pourtant il s’agit bien du sien. A moins que son père lui ait caché de trop lourds secrets ?

Passée l’idée cauchemardesque d’un remake de TETSUO signé (ou produit) par Quentin «je taille des pipes à tout le monde» Tarantino (il aurait alors fallu rebaptiser le projet «Tetsuo The Boulet Man»), Tsukamoto Shinya s’est finalement chargé de la réalisation de son propre bébé…pour un résultat mi-figue, mi-raisin, qui se heurte une nouvelle fois au principe du verre à moitié vide ou à moitié plein. Mais vous le savez sans aucun doute à présent, j’ai plutôt tendance à positiver et à m’enthousiasmer pour des réalisateurs doués, originaux, dépositaires d’un style propre et qui n’ont pas froid aux yeux. Et ça tombe bien, parce que Tsukamoto Shinya est tout cela à la fois.

THE BULLET MAN s’ouvre ainsi sur un générique enragé, et le titre du film apparaît de telle manière qu’il donne l’impression de vous décocher plusieurs coups de poing au visage. Saisissant. La fusion de l’image et du son, des talents de Tsukamoto Shinya et de Ishikawa Chu, fait encore ici des merveilles, et la vision du film sur grand écran avec les pistes sonores adaptées devrait vous clouer sur votre siège. La virtuosité de Tsukamoto éclate donc une nouvelle fois au grand jour, et si certains grinceront sans doute des dents devant quelques scènes d’action difficilement lisibles, d’autres n’y verront pas autre chose que la rage incontrôlable d’un homme qui n’en est plus un. Pour son plus grand bien ?

Pas si sûr, car la voie internationale prise par la production se fait clairement sentir. Bien évidemment le film a été tourné en anglais mais là n’est pas la question. TETSUO THE BULLET MAN est moins sexy, moins violent et surtout beaucoup moins flou que ses prédécesseurs (dès les premières minutes on comprend que le père d’Anthony n’est pas clair), et plusieurs flashbacks imbuvables viendront enfoncer le clou (dans la peau de Taguchi Tomorowo, qui n’aurait pas dit non à l’époque de TETSUO THE IRON MAN ?). De plus, sur le fond, le message de Tsukamoto Shinya semble avoir quelque peu muté, puisque la colère parait ici, seule, être au centre du récit et des transformations. On entrevoit bien, à une ou deux reprises, des salarymen japonais pareils à des zombies robotisés, mais dans l’ensemble Anthony n’a, au départ, rien du morne employé de bureau interprété par Taguchi Tomorowo dans les deux premiers films. TETSUO THE BULLET MAN ne serait donc que l’histoire d’une revanche ? Celle d’un homme qui, après s’être transformé en monstre de métal, aurait effacé de la surface de la terre le meurtrier de son enfant ? Non, THE BULLET MAN est sans doute plus que cela, et l’ultime mutation-ingurgitation d’Anthony, déguisée en «faux happy end ouvert» pour la ménagère de moins de cinquante ans (qui aura de toute façon quitté la salle avant ça), devrait parler aux fans de la série comme le ferait un livre ouvert. Mais codé.

De la mort peut donc éclore la vie. Des mutations, l’équilibre. Pour mieux préparer la douce fin du Tout. Du Monde. Du Moi. Qui n’est déjà plus, donc qu’importe…

TETSUO THE BULLET MAN a donc indéniablement des bons cotés, mais aussi des mauvais, dont certains ont déjà été pointés du doigt un peu plus haut. On pourrait également citer un design robotique douteux en raison de quelques choix techniques discutables, ainsi qu’un scénario qui ne pousse pas le bouchon bien loin après (déjà) deux films sur le même sujet. Le fervent admirateur de Tsukamoto Shinya (allez, ma petite personne, par exemple), aurait donc sans doute préféré voir son réalisateur fétiche concentrer ces dernières années et toute l’énergie dépensée dans THE BULLET MAN dans un projet neuf, et original. Mais non, il faut se faire une raison : le film est là, il existe, alors autant ne pas s’amuser à chercher la petite bête, et apprécions le titre pour ses quelques qualités.

Troisième mutation consécutive pour l’homme de métal, THE BULLET MAN se révèle certes décevant mais distille également de vraies bonnes choses, dont bien évidemment une réalisation en fusion totale avec une piste sonore hypnotique (sans oublier le thème final de Nine Inch Nails), et constitue l’héritage évident des œuvres précédentes de Tsukamoto Shinya. Les TETSUO, cela va s’en dire, mais aussi BULLET BALLET ou encore (et surtout) VITAL. Malgré son titre, THE BULLET MAN n’a donc pas complètement la tête sous l’eau. On espère malgré tout que l’histoire métallique de l’homme de chair et d’acier trouve ici, enfin, sa conclusion définitive.

Oli :        
Yasuko :

Le monstrueux thème musical (merci à Sean19a7x2) :

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Quick Review in English:

+ Great filmmaking and great score : it’s quite fabulous in a theater, with a good screen
+ The opening sequence will knock you off!
+ This movie is part of the Tsukamoto Legacy (TETSUO, BULLET BALLET, VITAL)
+ A fake wild opened happy end for the fans, and only for them
+ Despite the bad sides of the movie, I had a good time watching it in theater

– I was expecting more of this story, the third one should have been very special
– A few things are too obvious, especially the flashbacks…quite awful
– Let’s hope that it’s the last TETSUO, Tsukamoto should work on something new

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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3 commentaires pour Tetsuo: The Bullet Man, Tsukamoto Shinya (2009)

  1. Rick dit :

    Reçu le dvd samedi, j’ai enfin pu le voir, et enfin pu faire péter les enceintes chez moi.
    Et je suis de ton avis sur tous les points, il est vrai que les nombreux flashback et certaines scènes explicatives en dévoilent trop et que ça ne fonctionne pas toujours, mais Tsukamoto n’est pas un réalisateur idiot, loin de là, et si son film peut en quelque sorte viser un public plus large, il conserve ses thèmes, sa vision du monde. Sa mise en scène est enragée, certaines scènes le sont tout autant, notamment le final, mais bien evidemment la scène d’attaque des marines. La musique de Chu Ishikawa est énorme, il faut que je l’achète d’ailleurs, rien que pour le thème.

    Le film est finalement une expèrience en soit, beaucoup moins brute certes que le premier Tetsuo, mais là je vais peut être être le seul à penser ça, mais j’ai préféré ce troisième opus au second (sans doute car à l’époque j’avais enchaîné les deux premiers opus d’affilé, et après la claque de l’original, le second est moins bien passé).

    Après, comme tu dis, je préfére largement ça, malgré ses défauts (mais aussi ces grandes qualités qui m’ont fait oublier ces défauts lors de la vision) à un Tetsuo par Tarantino qui nous aurait fait un film long, chiant, ultra dialogué pour pas grand chose (ceci dit, j’apprécie les Tarantino jusqu’à Jackie Brown, après c’est une autre histoire).

    • Oli dit :

      Si on est toujours d’accord, c’est pas drôle😉 Le DVD vient en effet de sortir, à te relire, là, ça me donne envie d’aller le louer pour me le refaire (je pense que l’expérience sera hélas moins forte qu’au ciné)

  2. Rick dit :

    Je ne l’ai pas « vécu » au cinéma mais je pense que ça ne sera pas du tout pareil, comme tous les films de ce genre, les films où il y a un tel travail autant sur l’image que le son. Après, en sachant à quoi t’attendre et quelles sont les faiblesses du métrage, tu aimeras peut être encore plus.

    Et ne t’inquiète pas, quand tu auras remis l’article de Uniform Survigirl, je te donnerait mon avis, où je ne suis pas tout à fait d’accord😉

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