Charisma, Kurosawa Kiyoshi (1999)


CHARISMA
カリスマ
Année : 1999
Genre : mise au vert
Production : Nikkatsu / King Record Co.
Réalisation : Kurosawa Kiyoshi
Avec : Yakusho Kôji, Ikeuchi Hiroyuki, Osugi Ren, Douguchi Yoriko, Fubuki Jun, Otaka Akira, Matsushige Yutaka, Meguro Sachiko, Shionoya Masayuki, Toda Masahiro, Inamura Koichi, Tanaka Yôji, Nishida Atsushi, Nagata Masaaki, Kawaya Setchin


Suite à une prise d’otage qui tourne au drame, l’officier Yabuike reçoit l’ordre de prendre quelques jours de congés : ses supérieurs le tiennent en effet directement responsable du bain de sang qui a eu lieu. Yabuike leur expliquera simplement avoir cherché à sauver les deux personnes : le preneur, et l’otage. Sur un coup de tête, Yabuike s’exilera dans la forêt et y découvrira une étrange société se déchirant autour d’un arbre : Charisma.

Improbable western-chanbara forestier, CHARISMA est un film à part…même s’il possède quelques points communs avec CURE (tourné avant mais écrit après CHARISMA) voire même KAÏRO (perte d’affection des japonais pour leurs traditions qui mènera au chaos).

Plutôt que de m’entraîner à comparer plusieurs longs métrages, ma première vision du film m’a donc embarqué dans une autre direction, beaucoup plus mystique : CHARISMA est en effet une œuvre baignant dans le shintoïsme, ce culte (ou plutôt ce respect) de la nature et des choses qui l’habitent. Kurosawa nous dévoile cette nature comme un être inquiétant et oppressant, mais également (et c’est peut-être cela le plus important) indépendant des hommes (mais pour combien de temps encore ?). Elle parait en effet si puissante, si obscure et envoûtante qu’elle se retrouve dotée d’une force propre (certains hommes vont se retrouver presque hypnotisés, tandis que d’autres s’empoisonneront purement et simplement à cause de quelques champignons). Cette étrangeté est magnifiquement soulignée par la caméra de Kurosawa, dont le long métrage n’hésite d’ailleurs pas à lorgner parfois du coté du film d’épouvante : certaines scènes sont en effet assez angoissantes (mais très brèves), puisqu’au milieu de tous ces arbres, de cette nature si souveraine, de simples ombres humaines paraissent alors épouser la forme d’insondables fantômes.

Modernité dévoreuse d’un coté (les gardes forestiers veulent l’arbre Charisma parce qu’il vaut beaucoup d’argent), gardien fanatique des traditions de l’autre en la personne de Kiriyama, le responsable de cet arbre convoité par certains, détesté par d’autres. Kiriyama, comme pour mieux renforcer cette idée de mythe ancestral qu’il faut continuer à faire survivre, n’hésitera pas à charger sabre à la main, à la manière des anciens samouraïs, afin de défendre le passé contre un présent trop vorace. La scientifique enfin, Mitsuko, va remuer ciel et terre (c’est le cas de le dire) pour détruire l’arbre qu’elle pense être maléfique : ses motivations sont floues et ses arguments encore plus troubles, son entêtement à la destruction d’une chose qu’elle ne comprend pas vraiment ne provoquant alors qu’un profond malaise. Pourrait-il s’agir d’une forme d’extrémisme ?

Et notre officier de police dans tout cela ? Et bien loin de rester un simple spectateur, il va s’impliquer de plus en plus dans l’imbroglio mystico-écologique de la petite communauté forestière…sans pour autant choisir clairement un camp. Il ira même au-delà des clivages puisque le jeune Kiriyama avouera voir en lui le nouveau Charisma, donc le nouveau garant de l’équilibre naturel de la forêt. Un équilibre mis à mal par la folie humaine, qui ne tardera visiblement plus vraiment à se répandre jusqu’aux milieux les plus purs et les plus reculés du Japon.

CHARISMA n’est pas un film facile à appréhender, et j’en connais déjà plusieurs qui s’y sont cassé les dents. Cet ovni cinématographique est pourtant passionnant, le récit se révélant assez complexe, révélant au fur et à mesure des personnages de plus en plus fouillés. Enfin, la réalisation de Kurosawa est une nouvelle fois remarquable, cet homme étant passé maître dans l’art de créer des ambiances inquiétantes et décalées (oui dans le genre il est champignon du monde). Kurosawa rend donc un vibrant hommage aux traditions de son pays et également aux troubles forêts japonaises, dans lesquelles il faut sans doute avoir un jour navigué pour en saisir tout le charme et l’ambiguïté.

Oli :        
Yasuko :

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Quick Review in English:

+ One of the best movie of Kurosawa : what a great director!
+ Mysterious story, great characters, very slow-paced but interesting story
+ So original: slow isn’t boring!

– A very special movie, many will hate it, because it’s a very slow-paced one

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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