Shirome, Shiraishi Kôji (2010)


SHIROME
シロメ
Année : 2010
Genre : le réalisateur a de la suite dans les idoles
Production : Stardust Promotion
Réalisation : Shiraishi Kôji
Avec : Momota Kanako, Sasaki Ayako, Hayami Akari, Ariyasu Momoka, Takagi Reni, Tamai Shiori, Shiraishi Kôji, Imani Eisuke, Kamishima Kenjirô, Sô Yûko, Yoshida Yuki


Pour les besoins d’une émission télé, les producteurs du groupe d’idoles Momoiro Clover vont confier la réalisation d’un documentaire à Shiraishi Kôji. Il s’agira, en l’occurrence, de faire pénétrer les jeunes filles dans une école abandonnée, en pleine nuit. L’école en question a été, dans le passé, le théâtre de six disparitions mystérieuses, qui auraient toutes été causées par une sombre divinité répondant au doux nom de Shirome. Un spectre aux yeux blancs, qui aurait le pouvoir d’exaucer votre vœu si vous le répétez trois fois en sa présence (comme, par exemple, demander que votre prochain single fasse un carton). Attention malgré tout…car il pourrait bien y avoir, un jour, un prix à payer…

S’il y a un genre que le réalisateur Shiraishi Kôji apprécie tout particulièrement, c’est bien le vrai-faux documentaire surnaturel tourné dans les vraies-fausses conditions du direct. Et contrairement à ce que certains sites internet particulièrement bien informés peuvent penser, la démarche de l’intéressé ne s’inscrit pas vraiment dans la volonté de plagier les grands succès du genre « caméra à l’épaule » à moindres frais (et efforts) : THE BLAIRWITCH PROJECT, CLOVERFIELD, REC… Bien évidemment Shiraishi Kôji est un opportuniste, mais le genre qu’il adapte si souvent sur grand écran est, avant toute autre chose, bien ancré dans la tradition télévisuelle japonaise (avant de pouvoir être considéré comme un clone de BLAIRWITCH –ce qu’il est parfois un peu quand même, soyons honnêtes).

La télévision japonaise lance ainsi souvent des comédiens (attention pas des acteurs, des comédiens – au Japon c’est différent) ou des idoles dans des lieux obscurs au lourd passé (shinde spot – death spot). Tournés dans des conditions tout à fait réalistes, le but de ces documentaires est tout autant d’effrayer les personnalités ainsi plongées dans l’inconnu, que d’amuser le public qui se délectera des réactions outrancières des malheureux volontaires.

Avec SHIROME, Shiraishi Kôji pousse la fiction aux frontières de la réalité, puisque les héroïnes sont les vraies pop idols du groupe Momoiro Clover, qui interprètent ici leur propre rôle. Détail intéressant : les intéressées ignoraient tourner pour le cinéma, Shiraishi Kôji leur ayant été présenté comme réalisateur d’une émission télé. Les réactions des idoles en question étant donc –vraiment– le genre de trucs que l’on peut voir de temps à autres à la télévision, au Japon. Mais, car il y a un mais, Shiraishi Kôji a ici tourné une fiction – dans le documentaire. C’est-à-dire qu’il a ajouté des bruits étranges, des peintures macabres dans l’école abandonnée et même un esprit frappeur aux deux gros yeux blancs. De quoi faire crier d’effroi plus d’une petite idole stupide.

Hélas, la sauce ne prend pas vraiment. A dire vrai, il ne se passe quasiment rien durant tout le long métrage, et il faut d’ailleurs attendre 50 minutes avant que les jeunes filles ne pénètrent dans l’école. De plus, les évènements étranges (quand il y en a) sont toujours précédés par un petit effet de lumière à l’écran (annonçant la présence de l’esprit Shirome). Résultat : le spectateur n’est jamais surpris ou pris au dépourvu. C’est ballot.

Pour enfoncer le clou (du spectre âcre), on doit parfois se taper de longues chansons (avec chorégraphies et tout et tout) du groupe Momoiro Clover. Dur à encaisser. Surtout quand on s’aperçoit que le film SHIROME est en réalité produit par Stardust, la boite de…Momoiro Clover ! SHIROME serait-il ainsi davantage une publicité grandeur nature pour Momoiro Clover, plutôt qu’un vrai film de cinéma ? On peut en effet se poser la question. Reconnaissons malgré tout à la maison de production Stardust un goût certain pour les initiatives originales.

SHIROME est donc sans aucun doute l’expérience de trop, pour Shiraishi Kôji, dans le domaine des documentaires surnaturels. On se dit presque que le bonhomme aurait pu s’arrêter avec NOROI (en 2005), puisqu’il n’a jamais fait mieux depuis, dans le genre. C’est vraiment dommage (et un brin rageant) car l’intéressé a un réel potentiel, et il sait indéniablement tenir une caméra. Pour preuve, dans SHIROME, une surprise de taille vous attend à la toute fin du film, après le générique de fin…lorsque défile le bêtisier (NG shot) : en réalité le film n’est pas fini ! Et la dernière scène, à la dernière seconde, chamboule tout ce que l’on avait vu jusque là. Mais infliger une heure et vingt minutes presque ineptes aux spectateurs, pour dévoiler la seule bonne idée du film à la toute dernière seconde, ça frise quand même le sadisme, monsieur Shiraishi…

Oli :        
Yasuko :

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Review in English:

Many people, on the Internet, think that Shiraishi Kôji is actually trying to capitalize on the success of Western horror productions. Of course, there’s a part of opportunism in Shiraishi Kôji’s work. And yes, you can smell the foul breath of the dark spirit of THE BLAIR WITCH PROJECT in the final climax of NOROI, for instance. But even if Shiraishi Kôji’s favourite horror movies come from the Occident (THE THING, ALIENS), he usually uses more Japanese references than Western ones. All his real-fake documentary films, for instance, come from a horror genre widely diffused in Japan. Sometimes those documentary films are 100% real (idols or professionals of strange phenomena visiting dead spots), and sometimes they just look authentic, but in reality they are full of fake stuffs. You can find all those strange movies in video clubs (DTV) or in Japanese TV shows (especially during the summer).

After NOROI, OCCULT and BACHIATARI BOURYUKU NINGEN, SHIROME is once again a tentative of Shiraishi Kôji’s to exploit the fake documentary films genre. NOROI was dark, OCCULT tried to be as realistic as possible, BACHIATARI BOURYUKU NINGEN was a crazy comedy and SHIROME is…something else! Actually, it’s like many Japanese TV shows: overreacting comedians and stupid idols (yes they scream easily) have to enter weird places (an old mansion, a dirty hospital…) during the night. But the originality of SHIROME is that Shiraishi Kôji lied to the idols performing in his movie: the members of the pop-group Momoiro Clover actually thought they were shooting this stuff for a TV show.

Unfortunately, SHIROME is not interesting at all. Maybe it’s time, for Shiraishi Kôji, to forget his obsession for fake documentary films (even if it’s not expensive to produce…). Because SHIROME is not really funny, not really scary…well actually nothing really happens during the entire movie (and it will take 50 minutes for the idols to enter the abandoned school). And do you know what? SHIROME is produced by Stardust (the producer of the group Momoiro Clover!) so don’t be surprised if you have to endure two or three (looooong) songs of the young singers. Therefore I ask you a question: is SHIROME only a commercial for Momoiro Clover? Well…obviously it is, yes. But it’s an original one, isn’t it?

If SHIROME is maybe the less interesting movie of Shiraishi Kôji until now, there is still a great idea to save (and to use later in another –better– movie?). It’s at the end of SHIROME, when the credit sequence starts. During this sequence, outtakes are revealed. When you’ll see the last outtake, you’ll realize the movie is not really over yet! A great idea at the last second of the credit sequence. I guess it’s not enough for a movie of 80 minutes long…

[EDIT 2012] The group Momoiro Clover starring in this movie is now very famous in Japan, thus the movie SHIROME is more interesting: did the young idols became famous because of this movie…or thanks to the spirit of Shirome?!

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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Un commentaire pour Shirome, Shiraishi Kôji (2010)

  1. Oli dit :

    Une précision : on est maintenant début 2012 et le groupe Momoiro Clover marche fort ! Le groupe vend plein de disques, et ses starlettes passent dans pas mal d’émissions télé, dont certaines ayant pignon sur rue. Shiraishi Kôji aurait-il finalement misé sur le bon cheval ?! L’intéressé nous a d’ailleurs avoué en plaisantant, lorsqu’on lui ai demandé si c’était grâce à son film que les demoiselles étaient devenues célèbres, qu’il s’agissait peut-être tout simplement du pouvoir de…Shirome !

    Même avec ses films les plus improbables, Shiraishi Kôji retombe toujours sur ses pattes : en effet, SHIROME prend maintenant clairement une nouvelle dimension.

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