Kokuhaku, Nakashima Tetsuya (2010)


KOKUHAKU, aka Confessions
告白
Année : 2010
Genre : maman-songe
Production : Toho / Sony / DesperaDo
Réalisation : Nakashima Tetsuya
Avec : Matsu Takako, Okada Masaki, Kimura Yoshino, Ashida Mana, Fujiwara Kaoru, Inowaki Kai, Iwata Sora, Izumi Daichi, Katô Karin, Kusakawa Takuya, Miyoshi Ayaka, Nakajima Hiroki, Nishii Yukito, Nomoto Hotaru, Nônen Rena, Hashimoto Ai


Yuko, une professeure de collège, a récemment perdu sa fille, retrouvée noyée dans la piscine de l’établissement scolaire. Un peu plus tard, elle va raconter sa tragique histoire à l’une de ses classes, très dissipée, mais qui va néanmoins prêter l’oreille à ce terrible récit qui tournera vite au règlement de comptes, puisque Yuko va alors préciser, à sa jeune audience médusée, que les deux assassins de sa fille sont présents dans la classe. Et qu’ils vont payer.

La vengeance est un plat qui se mange froid, certes. Mais à trop laisser refroidir le triste festin, on laisse le temps à la mauvaise herbe de pousser…et de devenir trop vivace pour pouvoir la couper avant qu’elle ne cause de nouveaux dégâts. C’est peut-être l’une des morales de l’histoire de KOKUHAKU, un simple point de vue parmi d’autres, parmi tant, aurais-je envie de dire, puisque chacun y piochera et y verra sans doute quelque chose de différent.

L’histoire est simple, au demeurant : la vengeance froide, réfléchie et machiavélique d’une mère qui a perdu sa fille à cause de deux collégiens un brin perturbés. Mais la construction du film est surprenante (un personnage principal par chapitre) et la manière dont se succèdent les évènements est particulièrement bien vue (on a l’impression que la plus grosse révélation du film intervient au terme du premier chapitre – 30ème minute ; mais en fait pas du tout).

Sur le fond, KOKUHAKU surprend donc agréablement, et enfonce sans trop forcer d’autres films récents qui traitent plus ou moins du même sujet (une personne normale qui bascule dans l’horreur pour orchestrer sa vengeance : voir le mauvais I SAW THE DEVIL pour s’en convaincre). Le réalisateur a également su brouiller les pistes, et les tons. La violence succède ainsi souvent à un sourire, sans prévenir. Et le sang, la cruauté, contrastent fréquemment avec la beauté des images. Nakashima Tetsuya livre en effet, sur la forme, un travail d’orfèvre. Les teintes sont superbes, les multiples effets spéciaux discrets et efficaces. Tout cela concoure à donner à KOKUHAKU une identité…une âme : belle, propre, mais paradoxalement diabolique…à la limite du fantastique, ou plutôt du morbide règlement de contes (ce qui nous fait plus facilement accepter tous ses petits détails peu crédibles).

Hélas, la beauté clinique des images est à la fois la force, mais aussi la faiblesse du film, qui parait si millimétré, à tel point calculé, qu’il peine à distiller la moindre émotion (l’usage de chansons très célèbres parait également un peu facile et artificiel). Malgré l’horreur, malgré les morts et les prises de décision impossibles, on n’est ainsi jamais gagné par la passion, la chair de poule ou la moindre envie de verser une petite larme. Rageant. Le film est au final aussi froid, implacable et mécanique que cette mère de famille dépourvue d’émotions depuis la dramatique mort de sa fille. C’est peut-être voulu…mais moi ça m’a légèrement déçu. KOKUHAKU n’en demeure pas moins un long-métrage intéressant (gros succès dans les salles en 2010), et la nouvelle preuve que Nakashima Tetsuya fait définitivement des films différents des autres. Ce qui est plutôt rare de nos jours, dans le cinéma mainstream japonais.

Oli :        
Yasuko :

Le trailer sous-titré en anglais :

_________________________________________

Quick Review in English:

+ Great filmmaking, beautiful colors
+ Dark, and cold vengeance: good story
+ You may think the movie ends after the first 30 minutes, but there is more to come!
+ Violence, smiles, crazy plots and many surprises

– The soul of the movie is dark and cold…thus, there is no emotion at all…that’s too bad
– Maybe too easy to use famous songs from famous bands?

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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17 commentaires pour Kokuhaku, Nakashima Tetsuya (2010)

  1. Epikt dit :

    Je suis peut-être un extraterrestre mais je ne trouve pas du tout ce film froid, ni déshumanisé comme j’ai pu le lire ailleurs. J’aurais presque envie de dire « au contraire », c’est typiquement le genre de film qui me pétrifie d’émotion de la première à la dernière seconde.
    (un peu comme pour Noriko’s Dinner Table auquel il me fait immédiatement penser)
    J’attends de voir ce que va donner une vision avec sous-titres (là je n’ai que grossièrement compris ce qui se tramait), mais là comme ça à chaud je le trouve absolument superbe.

  2. Oli dit :

    Ma femme est plus ou moins de ton avis. C’est ce que je disais : le film sera perçu différemment par chacun. C’est aussi l’un de ses intérêts, finalement.

  3. Sasori dit :

    Très enthousiaste à l’idée de voir ce film. Le scénario à lui seul est attractif.
    Tu sembles indiquer qu’on peut y constater une spécificité du traitement « original » de la thématique de la vengeance à la japonaise .. en appuyant bien sur le contraste avec le mode sud coréen (je relève ton « voir le mauvais « I Saw the devil » » pour étayer tes propos). Reste que « I saw the devil » est pourtant excellent. Il est infiniment coréen tant dans sa mise en scène que dans ses stigmates.
    C’est assez pénible de lire la condescendance des nippophiles face au cinéma sud coréen. ça ne fait que rappeler le même comportement des japonais face à ce peuple. Un mimétisme qui frise la posture ..
    Quelques séjours récurrents au pays du matin calme te feront peut-être appréhender la culture sud coréenne, et tu trouveras sûrement « soudain » son cinéma tout à fait représentatif du « han ». Nous aurons alors peut-être même la surprise de lire des articles sur un mauvais p’tit drama ou un bon thriller du « pays d’en face » sur ce même blog et plus seulement une remarque deci delà🙂

    • Martin dit :

      « ça ne fait que rappeler le même comportement des japonais face à ce peuple. Un mimétisme qui frise la posture .. »

      Ah oui quand même! T’es vraiment sérieux ou c’est un bon gros troll?

      • Oli dit :

        J’avoue que c’est la première fois que je dois faire face à un semblant de trollage sur mes blogs… Je ne pense même pas effacer le commentaire, qui est plutôt rigolo, finalement.

      • Martin dit :

        (bizarre, y a pas de bouton « répondre » pour les répondre aux réponses .. mmm pas simple à expliquer ça)

        le truc génial c’est que tu dézingue juste un film (I saw the devil en l’occurence) en passant, sans même mentionner sa nationalité, et le mec te fait une généralisation passablement acrobatique! Faudrait qu’il lisent les trolls antifilms coréens de guillaume tiens, ça serait marrant🙂 Me semble que la corée a le vent en poupe, parait il qu’il ont foutu le girl band coréen en grand sur le Shibuya109 (tout un symbole) .. des reste du colonialisme assurement!

      • Epikt dit :

        Faut dire que les SNSD elles ont beau n’être que neuf elles sont plus bonnes que toutes les AKB48 et le H!P réunies !

        N’empêche, j’ai été surpris que t’ais vu ce film Oli (moi même, j’ai pas encore réussi à m’y mettre).

  4. Martin dit :

    Parler de la beauté des coréennes à une japonaise, c’est tjs l’assurance d’un grand moment .. qlq part entre rire et regard noir ^^ J’imagine que les SNSD doivent joliment alimenter les comerages.

    • Oli dit :

      Y’a aussi le groupe sud-coréen KARA qui marche très fort en ce moment au Japon. Comment se fesse ? En fait c’est leur déhanchement qui les a rendu célèbres :

      Sinon Epikt, j’avoue m’être lancé dans I SAW THE DEVIL histoire de donner une dernière chance à un « certain cinéma sud-coréen qui fait le buzz ».

      Martin : « le truc génial c’est que tu dézingue juste un film (I saw the devil en l’occurence) en passant, sans même mentionner sa nationalité, et le mec te fait une généralisation passablement acrobatique! » :
      surtout que, comme tout le monde sait, je suis foncièrement anti-Japonais (puisque j’adore tous les films de Jimmy Wang Yu !).

      • Epikt dit :

        En « cinéma coréen qui fait le buzz », essaye Bedevilled, c’est ce que j’ai vu de mieux ces derniers temps. Et c’est pas impossible que ça te plaise, car si ça reste un peu maniériste c’est beaucoup plus sec et franc du collier que la moyenne.

  5. Guillaume dit :

    euh non je ne fait pas de troll anti coréen. C’est une déformation de mauvaise foi devenue trademark.
    Mais sans dec, en Corée ils font vraiment du cinéma ?

  6. Fred dit :

    Enfin je peux lire ton opinion ! Je voulais voir ce film depuis un moment et je voulais être le plus neutre possible au visionnage.😉 J’avoue plutôt partager l’avis d’Epikt : le film prend aux tripes et si, comme tu le mentionnes si bien, on en vient ni à pleurer ni à crier, on reste bien scotché, avec une pression continue qui fait qu’on est pas vraiment à l’aise en en sortant. Après, c’est vrai que le ressenti dépend de chacun.😉

    Sur ce, je me préparer à faire mon cours au lycée demain… ^^;

  7. Onigiri Joe dit :

    Juste pour relever une petite erreur (j’ai fait la meme d’ailleurs) il ne sagit pas de lyceens mais de collegiens (ils ont tous 13/14 ans il me semble).

    J’ai vraiment passe un bon moment devant ce film, mais je trouve moi aussi qu’il lui manque quelque chose. Pour moi, ce serait les motivations de la vengeance de l’heroine (entre guillemets l’heroine); est-ce qu’elle cherche a proteger la societe ? Est-ce pour sa satisfaction personnelle ? Est-ce un reflexe maternel ?
    J’ai peut-etre rate des bouts de dialogue, mais je trouve qu’il manque quelque chose dans la transition deuil->vengeance.

    PS: Pour le rythme, ca m’a fait pense a un autre film japonais, sur un sujet different certes, mais que je me permet tout de meme de conseiller: Riyuu (The Reason)

    • Oli dit :

      Corrigé ! Je vois tellement de films avec des actrices-lycéennes dénudées (avec des collégiennes ce serait pas crédible), que je finis par plus faire la différence. THE REASON j’ai eu du mal, pourtant je suis vraiment un grand fan de Obayashi. Je me souviens surtout d’un film très long, trèèèès long à se mettre en place.

  8. kiseiju69 dit :

    Comme pour mon précédent commentaire, encore un coup de coeur ! Kokuhaku est vraiment excellent. Le film défile extrêmement vite.
    Je n’ai pas vraiment compris le début du film. La professeur nous apprend l’identité des tueurs et, en regardant la durée du film, il restait encore 1h environ. Mais en fait, le meilleur arrive après !!
    Suivre l’histoire des autres personnages est une bonne idée. Sans vouloir être méchant, j’ai adoré la descente aux enfers de la mère d’un des tueurs. Rejeter la faute sur la professeur, j’étais énervé devant ma TV ! :p
    Comme tu l’as indiqué, le film possède vraiment une ambiance froide. L’une des scènes de meurtre (la gamine vers la fin) est d’une froideur.
    Avec du recul, et en lisant le point négatif du film pour toi, il est vrai que je n’ai pas eu de sentiments de tristesse mais surtout de la colère envers les jeunes, la mère et le professeur naif (même si on comprend après son attitude).
    Je vais peut-être regarder « The World of Kanako » ce soir !

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