Kotoko, Tsukamoto Shinya (2011)


KOTOKO
Année : 2011
Genre : Co(to)cco
Production : Kaijyu Theater / Makotoya
Réalisation : Tsukamoto Shinya
Avec : Cocco, Tsukamoto Shinya


Traumatisée par un passé flou, Kotoko vit un enfer au quotidien. Mère isolée, Kotoko ne parvient plus ni à travailler, ni à s’occuper convenablement de son bébé. Ses nombreuses visions, qui dédoublent les personnes qu’elle croise, l’enfoncent chaque jour un peu plus profondément dans la folie. Sa seule porte de sortie ?
La musique.

Fraîchement auréolé de son petit Prix Orizzonti (festival de Venise 2011), KOTOKO a débarqué au Japon précédé d’une réputation flatteuse, certes, mais pas suffisamment taillée grand public pour investir les grandes salles de cinéma (mais après tout, peu importe, si vous trainez sur ce blog vous devez tout comme moi aussi apprécier les petites salles obscures).

Après un TESTUO THE BULLET MAN sympa mais dont on attendait plus, notre cher réalisateur surdoué nous revient donc aux commandes d’une production qui fait la part belle à Cocco, artiste originaire d’Okinawa ayant déjà poussé la chansonnette pour Shinya. C’était dans l’incontournable VITAL. Bref, en toute objectivité l’attente depuis la projection au festival de Venise jusqu’à la sortie en salles fut difficile mais, et ce pour rester dans la thématique du film, nimbée de mes phantasmes les plus fous. Voire démesurés ?

KOTOKO commence pied au plancher, les premières secondes du film étant tout simplement renversantes, inscrivant en pointillés aux allures de points de suture le passé troublé et traumatisant de Kotoko. La suite est du même acabit, et je me suis d’ailleurs demandé à ce moment précis si la folie avait déjà été aussi bien filmée. Caméra virtuose, musique monstrueuse, le film devient alors charnellement vivant et nous entraine dans des plans aussi dingues que les visions de la pauvre Kotoko. Les instants où l’intéressée navigue d’ailleurs entre le vide et la réalité, c’est-à-dire lorsqu’elle voit chaque personne en double, ignorant qui du flou et de l’ombre dit la vérité, atteint tout simplement des sommets cinématographiques. On est littéralement subjugué, et une simple scène où Kotoko cuisine, son enfant pleurant dans un bras, et une casserole brûlante dans l’autre, achève de nous immerger dans le trouble cauchemar éveillé que subit chaque jour cette mère isolée.
Puis voilà que débarque l’énigmatique Tanaka (Tsukamoto himself), et le film bascule alors dans la comédie noire et grotesque, sans en oublier pour autant ses herbes folles avec les troubles de Kotoko qui prennent alors une profondeur insoupçonnée. On se dit alors que l’on tient devant soi l’un des plus grands films de ces dix dernières années. On est littéralement chauffé à blanc, à la fois ébahi et surexcité : on oublie que l’on est assis dans une salle de ciné.

La chute de notre siège n’en sera que plus douloureuse (car je vous rappelle qu’à présent il n’y a plus d’ouvreuses pour nous relever).

Je ne rentrerai pas dans les détails pour vous laisser le plaisir (?) de la découverte, mais sachez qu’une fois arrivé à mi-parcours (plus ou moins, je n’avais pas de chronomètre en main), le film change de trajectoire et…abandonne quelques spectateurs en chemin. En gros j’ai parfois eu l’impression d’avoir payé une place de concert pour voir Cocco (convaincante en tant qu’actrice, je le reconnais), au lieu d’un ticket de cinéma pour apprécier un film de Tsukamoto. Alors certes, les chansons (et les danses) de Cocco sont justifiées par le thème du long-métrage puisque la musique est le seul refuge de Kotoko (l’histoire, signée par Cocco, a même quelques relents d’autobiographie – rapports au traumatisme, à la chanson comme exutoire, à l’automutilation…), mais sur la longueur c’est parfois difficile à digérer. Sans doute qu’un fan de Cocco aura une opinion différente de la mienne… Néanmoins, à partir de ce moment-là pour moi, le mal est fait, et presque toute émotion disparaît alors de la surface du récit. La lente marche vers la fin du film se subissant alors plus qu’elle ne s’apprécie.

Cette obscure objectivité du désir…pour une petite déception très subjective ?

Oli :        
Yasuko :

La bande-annonce :

____________________________________________

Quick Review in English:

+ The first part of the movie is just INCREDIBLE
+ Has madness already been shown so well in a movie?
+ The second part, with a dark comedy’s touch, is very good too
+ Cocco is a good actress in this movie (her first one, I guess)
+ With a video camera in his hands, Tsukamoto is just a genious

– I may have expected too much from this movie
– The last part of KOTOKO did not work at all with me
– I know the songs are part of the story (it’s like a cure for Kotoko)…
– …but I did not pay a ticket to see a concert of Cocco
– Almost no emotion at all at the end of the movie (at least for me…and my wife)

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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2 commentaires pour Kotoko, Tsukamoto Shinya (2011)

  1. Je ne sais quoi penser à la lecture de ton papier. Autant j’étais des plus excité à l’annonce de ce nouveau projet. J’ai suivi son avancée d’un œil averti, les premières images et tout et tout. Autant là… le mi-parcours de l’œuvre, ce que tes mots laissent supposer… la débandade. Bon. Cela ne m’empêchera pas de le voir mais tout de même non sans une certaine appréhension.

    • Oli dit :

      Mon ressenti est très subjectif (encore plus que d’habitude j’ai envie de dire), mais c’est marrant parce que ma femme a eu exactement la même réaction. J’attends ton retour lorsque le film sera à l’affiche en France (ou dans les bacs de DVD).

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