Yurusarezaru mono, Lee Sang-il (2013)


unf_B1_0719YURUSAREZARU MONO, aka Unforgiven
許されざる者
Année : 2013
Genre : … impardonnable ?
Production : Nikkatsu / Warner Bros.
Réalisation : Lee Sang-il
Avec : Watanabe Ken, Emoto Akira, Satô Kôichi, Kunimura Jun, Kutsuna Shiori, Koike Eiko, Yagira Yûya, Ozawa Yukiyoshi, Takitô Kenichi, Kondo Yoshimasa


Jubei, père désarmé de deux enfants, veuf et piteux fermier, vit sans le sou depuis qu’il a mis fin à ses activités de tueur à gages. À l’époque, il était le plus souvent saoul. Et impitoyable. On raconte qu’il aurait inscrit à son tableau de triste chasse des femmes… et des enfants.

À contrecœur, Jubei va sortir de sa paisible mais peu fortunée retraite : l’un de ses anciens partenaires lui demande de l’accompagner. Pour un dernier contrat. Deux hommes à tuer… et une rançon payée par les prostituées d’un petit village perdu au pied des montagnes, à Hokkaido, afin de venger l’une d’entre elles, qui vit désormais avec le visage profondément tailladé.

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Étrange entreprise que celle-ci… YURUSAREZARU MONO est en effet le remake localisé à l’est du chef d’œuvre de Clint Eastwood : UNFORGIVEN (aka IMPITOYABLE). Au Japon, le film de Clint était d’ailleurs déjà sorti sous le titre YURUSAREZARU MONO. Pourquoi pas, me direz-vous. Ça vaut toujours mieux qu’une réadaptation par Luc Besson filmée dans les banlieues parisiennes avec du hip-hop comme bande originale… Surtout, le western (en particulier spaghetti) a toujours été plus ou moins connecté à un genre bien japonais : le chanbara, voire au jidai-geki. Vous connaissez sans doute cette vieille énigme : celle de la poule et de l’œuf… LE GRAND SILENCE ou GOYOKIN… Qui est arrivé en premier ? Qui a inspiré l’autre ? Oui, chanbara et western sont faits pour s’entendre : autant d’arguments et d’indices cinéphiles qui nous poussent à l’indulgence. Oui, quelque part, s’il devait y avoir un remake d’UNFORGIVEN, celui-ci gagnerait sans doute à être localisé au Japon.

En l’occurrence, à la fin du XIXème siècle, à Hokkaido. C’est la vraie bonne idée de cette adaptation : car en plus de proposer des paysages extraordinaires propres à cette région du Japon (et qui rappellent parfois les grands espaces nord-américains) le réalisateur Lee Sang-il a en effet inclus la cause des Aïnous à son intrigue – peuple du nord du Japon régulièrement discriminé (le fait que Lee Sang-il soit un Coréen Zainichi a d’ailleurs peut-être pesé dans la balance…). Comme je l’ai dit, c’est la vraie bonne idée de cette adaptation. La seule originale, également. Car pour le reste, c’est du pur copier/coller, parfois au plan près ! Par conséquent, on est en droit de s’interroger sur le bien-fondé d’un tel remake, qui plus est d’un film pas très ancien… Surtout qu’entre le film américain et son duplicata japonais, on perd Clint Eastwood en cours de route. Je n’ai rien contre Watanabe Ken, que je trouve plutôt bon acteur en général, mais je me demande un peu pourquoi il est en passe de devenir un monstre sacré. Est-ce parce qu’il fait partie des rares acteurs japonais à pouvoir parler anglais ? Impossible, donc, de ne pas comparer Clint à Watanabe Ken. Et la prestation de ce dernier en pâtit, indubitablement. Quand on voit William Munny dans UNFORGIVEN, sa vieille carcasse rongée par le temps et les horreurs qu’il a autrefois perpétrées, on a aussi des non-dits, des regards qui en disent long – on se remémore les aventures de l’homme sans nom, chez Sergio Leone. On s’imagine qu’il a mal tourné. On sent irrémédiablement le poids du passé. Lorsque Watanabe Ken devient Jubei et endosse ce même rôle de meurtrier repenti, sauvé par une femme aujourd’hui disparue, on y croit moins. Il n’y a pas toute cette mythologie. Cette magie. Ce talent ? Accessoirement, j’avoue avoir été également gêné par le casting de la prostituée défigurée : Kutsuna Shiori. Une jeune femme très typée « idole moderne ». Et pour cause : souvenez-vous de ses fantastiques pubs Pocky

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Pour le reste, YURUSAREZARU MONO n’est pas un mauvais film. On peut même dire que l’on passe un bon moment : la reconstitution d’époque est absolument sublime, le casting quatre étoiles de shérif est impressionnant (à une ou deux réserves près), la localisation à Hokkaido est une bonne idée et Lee Sang-il prouve une nouvelle fois qu’il est un technicien passionné et pointilleux : certains plans ressembleraient presque à des tableaux. Un gros bémol malgré tout : s’il semble particulièrement à l’aise dans les travellings et les plans d’ensemble qui en imposent, le réalisateur dévoile au contraire toute l’étendue de ses faiblesses en matière de mise en scène de l’action. L’énorme climax final dans la taverne, culte dans le film de Clint Eastwood, est ici complètement foiré, à la fois ravagé par des ralentis absolument hideux, un Jubei relativement plus doux que William Munny et par… l’absence de Clint, mais ça, on peut difficilement le reprocher à Lee Sang-il.

YURUSAREZARU MONO nous abandonne donc sur une impression étrange. Il s’agit d’un bon film, mais a-t-il une quelconque utilité, quand on sait que Clint Eastwood a déjà livré sa version des faits – et en étant bien plus inspiré, et mieux entouré ? En l’occurrence l’éternel débat entre l’œuf et la poule n’a ici pas lieu d’être : c’est bien le petit Jubei qui sort directement du trou de balle de William Munny.

Oli :         drapeau2 drapeau2
Yasuko : drapeau2

Trailer :

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Quick Review in English:

+ I’ll see you in hell, William Munny!
+ Beautiful natural sets, Hokkaido is a great choice for a remake of UNFORGIVEN
+ Chanbara/jidai-geki and Westerns (especially Spaghetti Westerns) have a lot in common
+ Good casting

– Well…a remake of a masterpiece (and not so old)…it’s a strange idea
– Except 1 or 2 details, everything was already in the script of David Webb Peoples
– Watanabe Ken, not a bad actor…but he’s NOT Clint Eastwood
– Ken’s character, Jubei, is a little too soft…I prefer the dark and unforgettable Munny

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A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam. Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです https://echecetcinemat.wordpress.com/ Blog dédié aux jeux vidéo, en particulier rétro : Jeux vidéo et des bas https://jeux.dokokade.net/ 
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15 commentaires pour Yurusarezaru mono, Lee Sang-il (2013)

  1. Eric dit :

    Bonjour, où avez-vous pu voir ce film ? merci.

    • Oli dit :

      Je l’ai vu en DVD japonais. J’ignore s’il est disponible ailleurs mais j’imagine qu’un tel film (Warner) doit également être édité à l’étranger.

  2. Eric dit :

    Vous avez de la chance, j’aimerais beaucoup le visionner, je l’attends depuis 1 an déjà, une adresse/1 site à me conseiller pour trouver/acheter ce film ??
    Merci d’avoir répondu, j’apprécie beaucoup votre travail.

    • Oli dit :

      Aaaaah…je viens de vérifier sur différents sites : en effet, il semblerait que le film n’existe pas en dehors du Japon (où il n’y a pas de sous-titres anglais). C’est vraiment étrange…

  3. Eric dit :

    Oui je comprends, mais où dois-je aller, sur quel site au Japon peut-on le trouver, je suis novice.

  4. Eric dit :

    Merci beaucoup de votre célérité !

  5. princecranoir dit :

    Mais c’était donc vrai ! Des cowboys au Japon !
    Ça ressemble en tout cas à de la belle ouvrage, et le fait que le film soit dirigé par un Coréen ajouté à la curiosité. Effectivement, c’est difficile de marcher dans les brisées de l’un Forgiven d’Eastwood, un des plus grands westerns ever (des candidats pour un remake de The SEARCHERS ou de WILD BUNCH ?)
    Quant au lien qui unit Chanbara et western italien, il est évident des la première poignée de dollars qui doit tout à YOJIMBO. A moins que John Ford soit encore derrière tout cela si on en croit Kurosawa…
    Super chronique l’ami.

  6. Rick dit :

    Roh j’étais totalement passé à côté de ton avis à l’époque (mais j’ai trouvé le film récemment après avoir vu un tweet de ta part qui en parlait, donc tout est lié au final haha). Je me le fais prochainement er reviendrais en ces murs virtuels pour un avis plus éclairé. Il est certain que quand un film tient énormément de son casting, l’idée d’un remake et donc forcément d’un nouveau casting peut parfois faire du mal à l’image que l’on a du film. Mais je suis curieux, donc à voir.
    Ceci dit, avec ce que tu dis, maintenant, j’ai envie de Pocky…..

    • Oli dit :

      Aaaah… les pocky… et surtout leurs pubs ! ^^

      • Rick dit :

        Je n’en avais par contre jamais vu une seule pub 😀 Faut jamais qu’on me contacte pour réaliser une pub, car avec un décor pareil, moi la première chose qui m’est venue en tête, c’est….. Twin Peaks…. 😀
        Je vais finir par croire qu’en fait tu adores toutes ces pubs, je ne sais plus où tu parlais de la pub de pizza au cameeeeeeemberu! hahaha (comment ça je ressors des vieux dossiers !)

      • Oli dit :

        Punaise mais tu as une mémoire d’éléphant !

        Le camembert fait sa pub

        Le blog en question est à l’abandon mais toujours en ligne ! J’assume ahahah !

      • Rick dit :

        Ah mais voilà, j’avais zappé c’était les idoles de quel groupe en fait, et ça m’était revu il y a peu en voyant GOMEN NASAI de Asato Mari avec ces idoles là 😀
        Tu en avais carrément fait un article nom d’un schroumpf ambulant !!!! Tu devrais nous faire des articles : les meilleurs du pire des pubs Japonaises.
        Bon après comme toujours, toi si tu allumes la tv, tu as ça à longueur de journée, moi je tombe rarement sur ça, donc ça me fait plus délirer qu’autre chose. Possible que dans le futur mon taux de tolérance face à tout ça soit à rude épreuve haha.

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