Princess Toyotomi, Suzuki Masayuki (2011)


Princess_ToyotomiPRINCESS TOYOTOMI
プリンセス・トヨトミ
Année : 2011
Genre : oh!saka (jeu de mot pourri qui vient du film)
Production : Fuji Television Network / KTV / Toho
Réalisation : Suzuki Masayuki
Avec : Ayase Haruka, Tsutsumi Shinichi, Okada Masaki, Nakai Kiichi, Tamaki Hiroshi, Ukaji Takashi, Wakui Emi, Sasano Takashi, Emori Tôru, Goda Masashi, Kômoto Masahiro, Hirata Mitsuru, Okayama Hajime, Sawaki Ruka, Takuma Takayuki


Trois super agents du fisc mandatés par Tokyo enquêtent sur l’utilisation qui est faite des deniers publics par diverses administrations d’Osaka. Un bureau, bien étrange, semble ainsi utiliser certaines dotations gouvernementales sans pour autant obtenir de résultats très probants. Mais que se passe-t-il donc à Osaka, où chaque habitant semble de mèche et où la bureaucratie tokyoïte a toutes les peines du monde à obtenir des réponses à ses questions ?

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Attention : cet avis dévoile des éléments importants de l’intrigue.

Avant de commencer, un petit rappel sur le Japon s’impose – que les personnes japonisantes me pardonnent, mais certains lecteurs d’échec et (ciné)mat sont peut-être néophytes en la matière. Pour apprécier (mais est-ce vraiment possible ?) PRINCESS TOYOTOMI à sa juste valeur, il convient en effet d’en savoir un peu plus sur Osaka – toute l’intrigue du film est centralisée sur la forte identité de cette ville du Kansai. Osaka, donc, est souvent vue comme une ville à part, au Japon. On dit d’ailleurs qu’elle cultive volontairement, et ce depuis une éternité, une différence marquée (et remarquée) avec le reste du pays – et en particulier la ville de Tokyo, avec laquelle Osaka cultive de grosses différences, des petits différends et autres moqueries en tous genres – ça marche dans les deux sens, les Tokyoïtes n’étant jamais avares en piques bien aiguisées : Osaka serait plus dangereuse, moins propre, les gens plus bruyants, leur dialecte local serait laid…bref je vous passe les détails les plus salaces, je pense que vous avez compris.

Cette introduction incongrue n’a pas d’autres buts que d’éclairer le scénario, lui-même incongru, de PRINCESS TOYOTOMI. L’histoire, donc, fait la part belle à Osaka – et à ses singularités. Au début du récit, lorsque l’on sent le mystère poindre à la surface, l’intrigue se révèle plutôt plaisante – surtout que Ayase Haruka, belle comme un cœur, réussit pour une fois une prestation convaincante. Dans le rôle d’une jolie employée du fisc, pure, naïve et un peu cruche, il aurait difficilement pu en être autrement – oui c’est sa grande spécialité. Son violon d’Ingres. Un rôle de composition, vraiment ? Bref, le film est rigolo et intelligemment rythmé par les petites moues boudeuses et les grands yeux qui roulent comme des billes de Ayase Haruka. Et puis le mystère se dévoile peu à peu. On se pose naturellement des questions, et le film y répond ostensiblement : il y aurait une organisation secrète qui dirigerait toute la ville d’Osaka. Son bureau serait situé sous le château de la ville et tout y serait organisé à l’ancienne, avec une princesse destinée à régner – mais qui pour l’instant préfère se bagarrer au lycée. Sympa tout ça, à défaut d’être véritablement passionnant.

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C’est alors que tout s’emballe : l’organisation en question n’aurait en réalité rien de «secrète» à Osaka, puisque tous les citoyens de la ville (oui, tous) sont en fait au courant ! Je vous résume la situation : le monde entier ignore cette affaire, Tokyo est dans le flou, Obama idem et d’ailleurs je pense qu’il ne trouverait pas ça très drone. A l’heure d’Internet et des secrets impossibles à dissimuler, le scénario de PRINCESS TOYOTOMI laisse songeur. Et ce n’est pas fini ! Répondant à l’appel de leur régent, tous les citoyens d’Osaka (un peu moins de 3 millions d’habitants ?) vont se rentre à une immense réunion publique près du château – oui une réunion publique, une idée absolument formidable quand on cherche à ne pas ébruiter un secret aussi lourd. Et il faut le voir pour le croire : à cet instant, c’est-à-dire pendant que tout le monde participe à la réunion, les rues de la ville sont complètement désertes. Pas âme qui vive. Personne pour tenir les échoppes, conduire les trains, peloter les hôtesses dans les bars. Mais au fait…où sont les touristes ? Les Japonais de passage en provenance d’autres villes ? Les résidents étrangers (merci pour moi) ? Tous ces détails insignifiants n’ont pas dû effleurer la divine inspiration de l’auteur Makime Manabu, pourtant à l’origine de l’histoire du sympathique KAMOGAWA HORUMÔ. Bref c’est du grand n’importe quoi. Et en plus, ça se prend vraiment au sérieux durant la deuxième partie du récit (le mystère dévoilé, la réunion, l’agent du fisc qui souhaite dévoiler la vérité au grand jour…). Unbelievable.

Le côté « carte postale » de la chose est aussi particulièrement lourd. Si les spectateurs étrangers (auxquels le film ne s’adresse d’ailleurs pas) n’y verront sans doute que du feu, les Japonais risquent de grincer des dents. Outre le fait que PRINCESS TOYOTOMI enchaine cliché sur cliché, parmi les plus éhontés à propos d’Osaka (les takoyaki, okonomiyaki, Kushikatsu, les néons de Dotombori, le château, la tour Tsutenkaku …), comment ne pas tiquer lorsque les personnages du film déambulent dans le quartier de Namba ou de Tennoji, alors qu’ils se rendaient initialement au château ? Cela reviendrait peu ou prou à partir du quartier de La Défense à pied pour prendre un verre à Bastille tout en ayant pris soin de faire un « léger » détour par Montparnasse avant de pousser jusqu’à Vincennes. On a la santé ou on ne l’a pas !

PRINCESS TOYOTOMI est par conséquent un film bien étrange, doté de jolies images malgré une réalisation sans génie, et d’une histoire intéressante tant que le mystère parvient à tenir le public en haleine. Puis arrive le moment où, incrédules, les spectateurs assistent médusés à la révélation dudit mystère – et là, c’est le drame, puisque ma capacité à la suspension volontaire d’incrédulité connait des limites que PRINCESS TOYOTOMI dépasse allégrement. Dans une comédie burlesque, ça aurait pu passer. Dans un film qui se prend autant au sérieux, ça coince. On regrettera donc que PRINCESS TOYOTOMI soit à ce point formaté pour la première partie de soirée télévisuelle des ménagères de moins de 50 ans, et qu’il ne prenne pas davantage de risques dans la narration, voire dans le ton, trop rarement détonnant : la scène loufoque avec les grand-mères d’Osaka (une institution dans le Kansai !) qui prennent l’ascenseur est excellente – mais tristement isolée dans un ensemble bien trop fade…

Oli :        drapeau_blanc
Yasuko : drapeau_blanc

Trailer :

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Quick Review in English:

+ Ayase Haruka is good for this kind of character (pure, a little stupid, nice and beautiful)
+ Well…it looks like a postcard of the most famous sightseeing in Osaka…
+ …thus it may pleases the people who don’t know this city at all
+ Osaka is really a special city in Japan: that’s why the story of the movie is interesting…

– …but interesting only during the first part of the movie! When the mystery is revealed…
– …the storyline becomes a disaster: it’s so, so stupid, how can you believe in « that »?
– Stupid storyline can work in a pure comedy, but in a movie that wants to be serious…
– So many cliché about Osaka…
– The Da Vinci Code was crap: is this movie worst or better? I really don’t know…

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A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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