Killers, Kimo Stamboel et Timo Tjahjanto (2014)


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キラーズ
Année : 2014
Genre : jeu du chat et de la souris – et du loup aussi
Pays : Japon / Indonésie
Production : Nikkatsu / Guerilla Merah Films / Merantau Films / XYZ
Réalisation : Kimo Stamboel et Timo Tjahjanto, aka The Mo Brothers
Avec : Kitamura Kazuki, Oka Antara, Takanashi Rin, Luna Maya, Epy Kusnandar, Ray Sahetapy, Tara Basro, Kurokawa Mei, Denden, Steve Jean, Konoe Yuki, Fukami Motoki, Mattanda Kosei, Kadoshima Mio


Un serial killer japonais, riche et beau gosse, traque des jeunes femmes dans les rues de Tokyo. Une fois coincées dans son immense et froide demeure, il les torture puis les met à mort – en les filmant, pour ensuite divulguer le tout sur Internet.
En Indonésie, un journaliste qui cultive un malêtre palpable va tomber sur l’une de ces vidéos. Tout d’abord profondément choqué et dégouté, il ne pourra pourtant pas s’empêcher de singer le monstre tokyoïte. Par simple réflexe ? L’intéressé va en effet filmer les dernières secondes de deux hommes qui l’avaient agressé.

Entre le journaliste de Jakarta et le tueur japonais va alors se nouer une bien étrange relation. Les deux hommes vont en effet commencer à discuter par claviers interposés…

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Le principal défaut de KILLERS, c’est son titre. Passe-partout, déjà vu, subi, entendu cent fois, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne marque pas les esprits – dans ma mémoire, qui compte un nombre de cases limité, le terme « KILLERS » est déjà attribué aux films de Robert Siodmak (1946) et de Don Siegel (1964). Et je ne parle pas du même titre mais au singulier cette fois, dont les clés de ma porte mémorielle ont depuis longtemps été données au film de John Woo (1989). Mais passons, on ne va pas s’entretuer pour si peu…
Tout ça pour dire que j’ai loué KILLERS un peu au pif – presque à la jaquette. Un acteur japonais assez connu mais souvent maladroitement utilisé au côté d’un Indonésien, le tout visiblement coproduit par deux pays et chapeauté par un certain Gareth Evans (MERANTAU, THE RAID) ici présent en tant que producteur exécutif. Avouez qu’il y a de quoi se laisser aller.

Et il n’y a pas plus bel uppercut ciné que celui que l’on n’attendait pas. Oui j’ai pris un direct à la mâchoire, avec ce KILLERS. Et comme je n’étais pas sur mes gardes, j’ai eu du mal à m’en remettre – mais c’était pour la bonne cause : oui, j’ai été complètement emballé. KILLERS est en effet un film complètement fou. Diablement bien réalisé tout d’abord, qui frise la démarche « auteurisante » à certains moments sans pour autant s’y vautrer. Oui ces jolies images, cette photographie léchée jusque dans les divins éclairages urbains, elles finissent par nous bercer, nous hypnotiser. Le montage se met au diapason, et couplé le plus souvent avec un choix musical savamment orchestré il se permet de nous asséner de véritables baffes au visage : certaines scènes font mal, dans le bon sens du terme ! Tu en veux encore ? Ramasse tes dents d’abord !

L’ingéniosité des Mo Brothers (les réal’) se retrouve également dans de nombreux détails presque insignifiants, mais cruellement subtils. Le climax de dingue dans le taxi et son final hors champ, le meurtre horrible dans la boîte de nuit ou encore cette fuite de fou, complètement décalée, dans les couloirs d’un grand hôtel. Il faut le voir pour le croire : dans KILLERS, il y a de l’idée au mètre carré ! On pouvait d’ailleurs sans doute déjà deviner le talent des bonhommes par le biais de leurs précédents longs et courts métrages : MACABRE et THE ABCs OF DEATH (segment L FOR LIBIDO).

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Et puis il y a cette histoire. Classique au premier abord puisqu’on nous y dépeint un tueur froid et méticuleux, au Japon – déjà vu, me direz-vous, d’ailleurs une scène de souper rappellerait presque la décevante série HANNIBAL. Ce riche Japonais, qui a pour habitude d’uploader ses vidéos macabres sur Internet, va bientôt rencontrer virtuellement un Indonésien. Père de famille malaimé et simple journaliste, il va sombrer dans l’horreur lorsque, après avoir tué un peu par hasard deux agresseurs, il va filmer leurs derniers souffles de vie – à la manière du serial killer japonais, dont il avait déjà vu quelques vidéos quelques jours plus tôt. Fascination, manipulation, dégoût, folie, désespoir, le film part dans toutes les directions et ses personnages sont loin d’être de vulgaires coquilles vides. Non, KILLERS n’est absolument pas un énième slasher. Il va au fond des choses. Pose des questions. Tranche dans le vif. Impose son ambiance. Interpelle les spectateurs.

KILLERS, c’est donc un peu deux films en un. D’un côté l’Indonésie avec les pérégrinations malheureuses du journaliste, souvent dépassé par les évènements et qui va avoir bien du mal à se muer en « vigilante » impitoyable. De l’autre côté le Japon, avec ce serial killer qui va tenter d’asseoir son emprise sur l’internaute indonésien, et qui va surtout connaitre quelques déboires – voire des remises en question ? Le film est tout simplement passionnant. Long (plus de deux heures) mais passionnant. Il fourmille de détails géniaux, de scènes inattendues, de chocs à répétition – âmes sensibles, s’abstenir. Alors certes, KILLERS est aussi ponctuellement plombé par des défauts plus ou moins graves (petites incohérences, des effets spéciaux ratés), mais c’est aussi parce qu’il est très généreux, qu’il prend des risques et tente de couper le cordon ombilical avec la thèse des genres au ciné pour accoucher d’un style, d’une imagerie et surtout d’un ton propres.

Propre mais crade. Attention, ça tache.

Oli :         drapeau2 drapeau2 drapeau2 0japondrapeau1
Yasuko : drapeau2 drapeau2 drapeau2 0japondrapeau1

Trailer :

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Quick Review in English:

+ Far from being perfect but so generous! That’s what I like in cinema
+ Very good directors and great photography: what a trip!
+ Weird and intersting story between Tokyo and Jakarta…
+ …between two killers: is it about a cat and a mouse?
+ Many great scenes (in the taxi, in the club, the runaway…)
+ Good actors, it’s been a while since I haven’t seen Kitamura acting so good
+ Dark and violent story, and surprising: unexpected things may happen…
+ Thriller, Film Noir, Horror…I want more!

– As I said: far from being perfect
– A few weirds things in the scenario (I won’t talk about it)
– At the end of the movie, there are awful CGI (WTF?!?)

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A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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9 commentaires pour Killers, Kimo Stamboel et Timo Tjahjanto (2014)

  1. Ah ben tiens, justement je l’ai vu ce weekend avec un pote, en étant tombé sur la galette par hasard et m’être laissé tenté. Une excellente surprise en effet, j’ai été bluffé par l’ambiance qui se dégage du métrage, c’est d’un glauque, et c’est surtout maîtrisé. Ambiance sonore, cadrages, photos, interprétation (des têtes connues, on en a dedans). Malgré tout, j’ai trouvé qu’il y avait une petite baisse de rythme dans sa dernière partie (sans doute un peu plus classique à mon goût), mais ça reste excellent.
    Je suis curieux de voir le premier long métrage des réals du coup, j’avais déjà beaucoup aimé leur sketch pour le premier ABC OF DEATH.

    • Oli dit :

      Pour répondre aussi vite, ça ne pouvait être que toi ah ah ah ! On l’a vu presque au même moment alors ce film ! Tu as raison pour la dernière partie, mais le film est tellement généreux qu’on ne doit pas le descendre pour ça. Quelle surprise en tous les cas, ça n’arrive pas si souvent !

  2. Orgus dit :

    ..vous étiez dans la même pièce sans vous voir, comme quoi ce film est diablement efficace !!

  3. Wuhien dit :

    Je profite de cet espace de liberté pour poster une mini critique du film faite pour une radio mais qui n’a finalement pas pu être dite faute de temps.

    KILLERS des Mo Brothers
    Un film glaçant sur le face à face (si je puis dire) à distance via webcam de deux tueurs ; ces derniers ayant la particularité de diffuser des vidéos de leur crime sur internet : un sérial killer japonais qui ne tue que des jeunes filles qu’il voit comme la projection de sa sœur décédée et un journaliste indonésien qui décide de se faire justice dans un monde politique corrompu.
    Dans leur fascination pour l’autre, ils vont se retrouver à se surpasser dans l’horreur.
    L’excellente idée du film vient du fait que ce face à face se retrouve dans la création même du film. En effet, il y a eu un réalisateur pour la partie tournée au Japon et un autre pour celle en Indonésie, donc eux-même se retrouve quelque part en concurrence, à se surpasser pour dépasser l’autre, on retrouve également un scénariste japonais et un autre indonésien, mais aussi 2 écoles de jeux d’acteurs : le mutisme, la froideur et le minimalisme de jeu de Kazuki Kitamura et le jeu tout en intensité et expressivité d’Oka Antara, 2 acteurs qu’on retrouvait déjà dans The Raid 2: Berandal.
    Ce n’est pas un hasard, le film ayant été réalisé avec une partie du staff technique du film de Gareth Evans.
    Autant dire que le film est extrêmement carré : photo glaçante impeccable, longs travellings lancinants, musique classique de bon goût, scènes d’action et d’horreur saisissantes de réalisme. En somme, un film adulte pour public très averti tourné au premier degrès avec zéro humour qui va très loin dans l’horreur physique et psychologique, une sorte de snuff movie mais tourné avec maestria, avec une vraie proposition de cinéma.
    Déjà un classique du genre, on pourra tout de même lui repprocher une durée abusive: 2h20 (la dernière partie aurait pu gagnée à être plus condensée).

    8 barbaques sur 10

    • Oli dit :

      Merci beaucoup pour tes impressions Wuhien – j’aimerais te lire plus souvent du coup ! En tous les cas, ça fait plaisir de voir que nous sommes plusieurs à nous rejoindre sur ce film, et à ne pas trop lui en vouloir en raison de son final (dont je préfère ne pas trop parler de peur de spoiler…).

  4. Wuhien dit :

    Je sais pas si tu as vu, c’est plutôt sympa comme idée. Pour la promotion du film, ils ont fait, tel un jeu vidéo, des vidéos à choix multiples (choix de la victime, de la porte de sortie…etc) reprenant l’idée du tueur masqué mais dans une ambiance plus portée sur l’humour (pas difficile! ^^).

  5. Wuhien dit :

    C’est vrai qu’apparemment le public visé avec ce coup marketing est Indonésien, vu que c’est tourné dans cette langue et sans sous-titres mais alors pourquoi nous Français on peut le voir et pas au Japon, bizarre?!

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