Uzumasa Limelight, Ochiai Ken (2014)


Uzumasa_Limelight japan posterUZUMASA LIMELIGHT
太秦ライムライト
Année : 2014
Genre : les feux de la crampe
Production : Eleven Arts / Tottemo Benri Theatre Company
Réalisation : Ochiai Ken
Avec : Fukumoto Seizô, Yamamoto Chihiro, Honda Hirotarô, Goda Masashi, Manda Hisako, Kobayashi Nenji, Matsukata Hiroki, Kurizuka Asahi, Ebise Hana, Ichinose Hidekazu, Ishibashi Honoka, Izumi Chinu, Kawashima Anna, Kazama Tôru, Kido Toshihiko, Kobori Masahiro, Mikoto, Nakajima Boyle, Nakajima Sadao, Nakamura Shizuka, Nishimoto Haku, Nishina Takashi, Sato Tokiko, Shibata Yoshiyuki, Shiro Takeshi, Shogen, Suo Yû, Tai Kazuaki, Takahashi Shunji, Uenishi Yûdai, Ueno Tomiko, Washio Naohiko


Les studio Toei, à Kyoto. Des films mythiques, des séries télévisées à foison. Et pour donner corps aux rêves des spectateurs, une armée de fidèles techniciens, de figurants et de cascadeurs vivant dans l’ombre des grandes stars. Des figurants, vraiment ? Non à Uzumasa, à Kyoto, on les appelle les Shidashi. Et on les respecte.

Mais à l’image de la mode des chanbara, tout semble avoir une fin. Et à la suite de l’annulation d’une très ancienne série télé, de nombreux figurants dévoués vont se retrouver sur le carreau. CGI, pop stars maladroites mais bankable, séries exclusivement policières…oui les temps ont bien définitivement changé. Âgé de 70 ans et des poussières d’étoiles, le vétéran Kamiyama, spécialisé depuis toujours dans le jidai-geki et constamment loué pour son professionnalisme, va avoir de plus en plus de mal à trouver des miettes de travail. Il sera même relégué dans les exhibitions du parc à thèmes de la Toei, à Kyoto. Bon an mal an, il prendra malgré tout le temps de s’occuper de la jeune Satsuki. Grande débutante, celle-ci rêve de faire carrière dans le cinéma. Même si pour cela il lui faudra toujours vivre dans la peau de seconds couteaux, dans l’ombre des premiers rôles, seuls promis aux plus jolis plateaux.

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Spectateur éclairé, cinéphile un peu phage, geek illuminé qui s’assume et assomme ses amis avec des anecdotes de l’impossible : oui, toi, lecteur régulier d’échec et (ciné)mat. Toi l’amateur de cinémas de tous horizons qui sait, plus que quiconque, que série B et Blockbuster ont bien plus qu’une lettre en commun. Toi, l’accro au septième art qui sait garder l’esprit aussi ouvert que celui d’un grand accidenté de la route qui n’aurait pas porté de casque. Oui, toi le fidèle visiteur de ces pages sporadiquement mises à jour, tu fais sans doute partie du club très restreint des gens ayant déjà entendu parler de Fukumoto Seizô, pour avoir eu le bon goût d’en lire le portrait trop succinct que j’avais écrit sur l’un de mes blogs parallèles début 2012. L’article en question : « l’anonymat m’a tuer ! ».

Pour faire court : Fukumoto Seizô est le Nippon ichi no kirareyaku, soit l’acteur tué numéro 1 du Japon. Il a travaillé pendant des décennies en tant que figurant pour la Toei, la plupart du temps dans des jidai-geki, tournés pour le petit ou le grand écran. Homme de l’ombre, il était le plus souvent destiné à être tué – et Fukumoto a parait-il excellé en la matière. Il serait ainsi mort plusieurs dizaines de milliers de fois à l’écran. Affichant un professionnalisme à toute épreuve (malgré un salaire qui ne devait pas être mirobolant), Fukumoto a fini par taper dans l’œil d’une fan, qui a tout fait pour le retrouver. Une émission de télé s’est alors décidée à organiser la rencontre improbable en 1992, et Fukumoto Seizô en a retiré un petit succès d’estime. Oh, il n’a pas hérité de premiers rôles pour autant, mais il est malgré tout devenu l’inconnu le plus connu du cinéma de genre japonais, et certains ont par la suite souhaité lui rendre hommage – Fukumoto sera ainsi figurant aux côtés de Tom Cruise dans THE LAST SAMURAI, et Miike Takashi prendra plaisir à le mettre en avant pendant quelques secondes dans une scène hilarante (la seule) du film NINTAMA RANTARÔ.

C’est cette destinée hors du commun que le réalisateur Ochiai Ken a décidé de mettre en boîte, en la nimbant très intelligemment d’une part de fiction – dans le film, Fukumoto s’appelle Kamiyama. Bien que vieillissant, Kamiyama est un figurant infatigable à la carcasse ascétique et au professionnalisme sans faille (même quand il lui faut rester cloué au sol dans la peau d’un cadavre sous un soleil de plomb). Hélas et malgré toute sa bonne volonté, Kamiyama sent irrémédiablement le clap de fin se rapprocher. Monté en parallèle avec le déclin des chanbara, le départ annoncé de Kamiyama est doublement poignant. Si les pop stars qui monopolisent désormais trop de premiers rôles et les odieux CGI en prennent pour leur grade, c’est toute la fin d’une époque qui devrait, à terme, vous émouvoir. UZUMASA LIMELIGHT (hommage à Chaplin) devrait donc parler à vous tous, spectateurs ayant grandi avec le cinéma et qui voient une certaine idée du film de genre qui s’évapore – qu’il s’agisse du western américain ou du chanbara japonais, les mêmes causes semblent produire les mêmes effets. Et non, votre regard interdit n’y changera rien.

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Tourné directement sur les lieux mythiques de la Toei à Kyoto (que l’on peut visiter, c’est fantastique) et où a toujours travaillé Fukumoto Seizô, UZUMASA LIMELIGHT est aussi une véritable déclaration d’amour à tous ces travailleurs de l’ombre sans qui un Fukasaku ne serait peut-être pas vraiment Fukasaku : figurants, maquilleurs, cascadeurs…autant de passionnés que de spectateurs transportés, de l’autre côté de l’écran fantasmé. UZUMASA LIMELIGHT déborde donc de bons sentiments : c’est parfois facile, mais ça touche souvent juste, jusque dans toutes ces références habilement incorporées au récit, qu’il s’agisse des lieux, comme je l’ai déjà précisé, ou du casting qui devrait vous surprendre plus d’une fois, pour peu que vous connaissiez le monde et l’histoire de la Toei – allez, au hasard : le vieux réalisateur, à la fin du film, c’est bien Nakajima Sadao dans son propre rôle.

UZUMASA LIMELIGHT est par conséquent un film absolument immanquable, si vous êtes un amoureux des chanbara, de l’âge d’or des studios japonais et d’une certaine idée du cinéma. Et puis il y a ce personnage de Kamiyama, double à peine déformé du figurant Fukumoto Seizô qui aura bien mérité cette tardive heure de gloire. Tout en discrète retenue, Fukumoto Seizô fait passer beaucoup de choses par le regard. Des postures. Par le simple fait d’être là, lui. L’éternelle doublure qui n’a jamais courbé l’échine par amour du cinéma. Par respect pour les techniciens. Pour pouvoir imaginer le regard émerveillé d’un enfant, un peu plus loin.

A la fois passionnant parce qu’il dévoile une partie de l’envers du décor mais aussi bouleversant de par son honnêteté et sa simplicité, UZUMASA LIMELIGHT serait donc un film extra. Extra, vraiment ?
Non : il n’y a pas d’extras aux Toei Kyoto Studios. Juste des acteurs.

Oli :         drapeau2 drapeau2 drapeau2 0japondrapeau1
Yasuko : drapeau2 drapeau2 drapeau2

Trailer international :

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Quick Review in English:

+ Inspired from a true story – Fukumoto Seizô was/is a real extra for Toei Studios
+ A love letter to all the people who work so hard in the dark, in the movie industry
+ Fukumoto Seizô is…such a great man, such a great character…
+ If you want, you can check the article I wrote about him 3 years ago (with videos)
+ Many references to the old movies and TV series (including in the GREAT cast)
+ The film was shot exactly where many Toei films and series are done (Toei Studio)
+ A lot of emotions, if you are still in love with old fashion films
+ CGI without soul, stupid pop stars who have leading roles… A nightmare?

– If you don’t know anything about Fukumoto, the movie may be a little less touching

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A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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