Shiryô no wana, Ikeda Toshiharu (1988)


evil dead trap 1988 dvdSHIRYÔ NO WANA, aka Evil Dead Trap
死霊の罠
Année : 1988
Genre : la journaliste télé visée
Production : Directors Company / JHV
Réalisation : Ikeda Toshiharu
Avec : Ono Miyuki, Katsuragi Aya, Kobayashi Hitomi, Nakagawa Eriko, Abe Masahiko, Shimizu Hiroshi, Hashimoto Kyôko, Maehara Yûko, Suwano Yûko, Shimizu Mari, Mitani Noboru, Niki Terumi, Shimada Shinsuke, Honma Yûji


Nami, une journaliste télé, reçoit une cassette vidéo anonyme. Lorsqu’elle se décide à la visionner, c’est pour y découvrir un film affreux : une jeune femme y est torturée, son œil percé… Comble de l’horreur : la journaliste découvre son visage incrusté à la fin de la séquence. S’agit-il d’une mauvaise blague ?

Accompagnée par une équipe de télévision pour faire des repérages sur les lieux ayant visiblement servi sur la vidéo (de grands bâtiments abandonnés), Nami et ses collègues vont tomber sur des pièges machiavéliques. Un assassin brutal rôderait bien dans les environs ! Heureusement, Nami pourra compter sur l’aide d’un homme bien mystérieux, à la recherche de son frère qui aurait disparu quelque part, dans l’un de ces sombres couloirs…

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Dès les premiers instants du film, on se rend compte que l’on a mis les pieds dans une flaque de sang, certes, mais surtout dans quelque chose de différent. Une journaliste qui visionne une VHS (un snuff movie ?), une femme attachée et blessée immortalisée sur une pellicule sale qui crépite… et un tortionnaire qui enfonce un scalpel dans l’œil de la victime. On ne voit pas tout clairement, mais l’ensemble est filmé avec suffisamment de talent et de roublardise pour impressionner. L’odeur et le crépitement de la bonne vieille VHS fantasmée en bonus.
1988 : ça ne nous rajeunit pas tout ça. J’avais à peine 13 ans et les splatter movies n’en étaient qu’à leurs balbutiements au Japon – certains disent d’ailleurs qu’EVIL DEAD TRAP serait le premier long métrage du genre dans l’archipel. Le scénario est l’œuvre de l’illustre Ishii Takashi, qui connaissait Ikeda Toshiharu pour avoir travaillé avec lui pour la Nikkatsu. Ikeda Toshiharu n’était pas n’importe qui à l’époque : il fut assistant réalisateur sur de grands pinku eiga (HANA TO HEBI) mais aussi l’auteur du très beau MERMAID LEGEND, récompensé plusieurs fois au festival de Yokohama (1984) et considéré par beaucoup comme étant son meilleur film.

Tout ça pour dire que le succès d’EVIL DEAD TRAP est tout sauf le fruit du hasard. Tout semble avoir été pensé et repensé pour un résultat absolument incroyable à l’écran. Le film commence ainsi de manière très glauque (la journaliste qui découvre un snuff movie) pour enchainer sur un lieu repoussant au possible : un grand ensemble industriel désaffecté. Une équipe de télé (principalement féminine) y fait des repérages avant, bien évidemment, de devoir faire face à l’horreur. EVIL DEAD TRAP alterne ainsi entre le pur thriller, le slasher et le film de torture. Ikeda Toshiharu instaure une ambiance lourde au possible, magnifiée par la photographie presque surréaliste d’un vieux routier nommé Tamura Masaki, qui était encore très récemment en activité. C’est beau. C’est dérangeant. On est complètement happé par l’atmosphère à tailler au couteau, on a littéralement l’impression d’arpenter les couloirs aux bruits sourds de ces bâtiments sombres et écrasants aux côtés des pauvres héroïnes du film. Pauvres, oui, car elles vont déguster… Prises au piège dans une usine abandonnée aux artères multiples et tentaculaires, elles vont devoir lutter contre un mystérieux personnage caché sous une capuche et un vieil imperméable (repris à l’identique dans MAN HUNTING ?) – un tueur sournois, brutal mais aussi très intelligent, qui va jouer au chat et à la souris avec ses proies, tout en leur tendant parfois des pièges que n’aurait pas renié Jigsaw… oui, EVIL DEAD TRAP c’est un peu SAW avec moins de moyens mais aussi 16 ans d’avance ! Certains plans ou idées semblent également trouver un écho dans l’excellent THE COLLECTION. Oui, c’est complètement dingue !

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Le film de Ikeda Toshiharu mélange alors les genres. Et le spectateur confortablement installé devant sa télé, qui pensait goûter jusque-là à un très bon splatter movie ponctué de pièges et de quelques tortures réussies, va prendre un direct en plein visage lors de la dernière partie du film, que je me refuse à dévoiler – même dans les images illustrant cette chronique. Ce serait trop dommage de vous en dire trop. Le but d’échec et (ciné)mat n’est pas d’analyser les films dans toutes leurs largeurs, mais plutôt de donner envie aux lecteurs de les découvrir quand ça en vaut la peine. Et là, vous pouvez me croire, c’est du film d’horreur de compétition, violent, original, surprenant, qui semble parfois piocher à droite et à gauche (les giallo et Dario Argento, jusque dans les musiques – excellentes) mais qui ne se complait jamais dans l’hommage pompeux coincé dans un carcan. L’imagination de Ishii et Ikeda semble en effet ici sans limite et s’envole littéralement au mépris des distances de sécurité pour nous offrir un spectacle rare et euphorisant – attention au dérapage malgré tout, car qui dit prises de risques, sous-entend également que certains spectateurs décrocheront en cours de route.

Prenant, troublant, choquant… surprenant. EVIL DEAD TRAP est assez incroyable pour l’époque. S’il semble s’inspirer de quelques classiques du genre (même si le réalisateur s’est défendu en précisant qu’il n’avait vu aucun film de Sam Raimi ou d’Argento avant de tourner EVIL DEAD TRAP), le film de Ikeda Toshiharu a le mérite de se forger une personnalité propre. Un style propre. Oui, même d’un point de vue technique EVIL DEAD TRAP, qui connut deux suites, est à ranger dans le haut du panier des films d’horreur des années 80 : scènes gores inventives, un noir et blanc/sépia léché et fugace, des vues à la première personne efficaces, un bon montage qui sait mettre la musique au service des images et aussi, mais je l’ai déjà dit, une photographie belle et crade à la fois – dérangeante à souhait.

EVIL DEAD TRAP porte bien son nom : le piège s’est en effet refermé sur le spectateur conquis qui n’en espérait pas tant.

Oli :         drapeau2 drapeau2 drapeau2 0japondrapeau1
Yasuko : drapeau2 drapeau2 drapeau2

Trailer (je vous conseille de ne pas en regarder la fin) :

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Quick Review in English:

+ Incredible splatter/horror/thriller movie
+ Great gore effects – the first one with the eye… aaaargh…
+ Really impressive
+ Evil traps: 16 years before SAW or THE COLLECTION!
+ So many great scenes… and such a great and disturbing atmosphere
+ Great music, photography and cinematography
+ Written by Ishii Takashi
+ Great director, he died too young (59 years old)
+ The last part of the movie seems boring at first, but in the end… it’s crazy!
+ The old smell of my good VHS

– Shinsuke plays a producer: he’s a bad actor but…
– … he will really become a real TV producer, one of the most famous in Japan!
– The movie explores several genres, it may be too much for some spectators
– Were the sex scenes really necessary?

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A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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3 commentaires pour Shiryô no wana, Ikeda Toshiharu (1988)

  1. On se rejoint sur tout ! J’ai adoré ce film. J’ai été littéralement happé du début à la fin. Beaucoup d’idées intéressantes, une certain maitrise technique, le melting-pot des genres est bien géré, franchement c’était une super surprise, sachant que je ne connaissais pas spécialement Ikeda. Comme pas mal de gens, j’imagine je ne le connaissais que pour « Mermaid Legend » (toujours pas vu à l’heure actuelle). Content que tu te sois arrêté dessus. Ce film mériterait d’être plus connu.

    • Oli dit :

      Ah et bien ça fait plaisir ! Punaise, je me suis retenu pour les captures de la chronique… J’aurais pu en mettre cinquante ! Je me tourne de plus en plus vers les « oldies », je ressors mes vieux dossiers, les vieilles cartouches. Je ne vais pas ressortir le sempiternel laïus « c’était mieux avant », mais quand même… Au niveau des films de genres, c’est pas l’apothéose ces dernières années au Japon. Je publierai une chro de MERMAID LEGEND bientôt, il faut que je trouve le temps. Puis viendra le moment pour parler des suites d’EVIL DEAD TRAP. Ensuite, j’aimerais bien mettre la main sur toute la filmo de Ikeda. Pas gagné, mais on va essayer… J’ai presque envie de récupérer un magnétoscope pour chasser les vieilles VHS…mais ma femme y est totalement opposée. Les tractations s’annoncent serrées…

      • Aaah les captures… je connais ça. C’est tellement frustrant parfois. En tout cas, tu fais bien de te tourner vers les « oldies » de ce type-là parce qu’il y a à manger. Parfois, j’avoue tomber sur des péloches de cet acabit et me surprend d’y trouver des choses qui accrochent alors que la notoriété ne suit pas toujours (et sûr que ça contraste pas mal avec ce qui se fait depuis quelques années maintenant au Japon). C’est sympa tout ça. Du coup, vivement la suite alors…

        Perso’, j’en ai encore un de magnétoscope (combo DVD), pas vieux en plus. Pres-qu’obligatoire lorsqu’on déniche de ces péloches. J’imagine que certains titres n’ont pas forcément été exploité sur d’autre support que la VHS, là est toute la problématique.

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