Tôkyô mukokuseki shôjo, Oshii Mamoru (2015)


nowhere girlTÔKYÔ MUKOKUSEKI SHÔJO, aka Nowhere Girl
東京無国籍少女
Année : 2015
Genre : nulle part nul (ne) part
Production : Toei Video
Réalisation : Oshii Mamoru
Avec : Seino Nana, Kaneko Nobuaki, Lily, Honda Hirotarô, Hanakage Kanon, Tanaka Hinako, Yoshinaga Ayuri, Sergey Kuvaev


Une jeune femme a survécu à un accident qui lui a laissé de lourdes séquelles. Maux de tête coïncidant parfois avec des tremblements de terre, insomnies… Ai se révèle aussi très peu sociable, voire presque jalousée par ses camarades du lycée d’arts plastiques qui ne comprennent pas toujours pourquoi un traitement de faveur lui est si souvent octroyé – on lui pardonne ainsi aisément ses étrangetés, dont cette sculpture monumentale qu’elle a décidé de construire seule dans une salle désaffectée de l’école.

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Oshii Mamoru est de retour aux affaires avec un film sorti de nulle part – à la manière d’Ai, son héroïne… la Nowhere Girl. L’air de ne pas y toucher, Oshii revient donc à ses amours interdits, ces passerelles improbables entre différentes perceptions d’une même réalité. Où suis-je ? Y a-t-il un monde… pour moi ? Celui qui s’effrite sous mes pieds, foulé par les bottes et creusé par les obus des armées du monde entier, mérite-t-il que j’ouvre grand les yeux pour lui ?

TÔKYÔ MUKOKUSEKI SHÔJO cultive les non-dits et entretient une relation d’amour/haine avec le temps qui passe, s’effiloche, se dissout au gré des migraines de son héroïne perdue-paumée qui s’entête à construire une sculpture gigantesque (un oiseau, dit-on) sans vraiment savoir pourquoi elle se tue ainsi à la tâche. Le scénario originel est l’œuvre d’un certain Yamagishi Kentarô, qui adapta d’ailleurs lui-même la chose sous la forme d’un court métrage. Yamagishi Kentarô… Ce nom ne vous dit rien ? Et pourtant, vous le connaissez sans doute si vous êtes un lecteur assidu d’échec et (ciné)mat. L’intéressé s’est en effet rendu coupable du malheureux KIWOKU DOROBÔ – rien que le trailer, c’est un naufrage… Le revoici donc indirectement sur le devant de la scène avec, cette fois-ci, un grand nom derrière la caméra – ça aide, oui. Même si, comme souvent, on devine aisément que Oshii Mamoru a dû batailler avec un budget serré. Mais le bougre sait comment s’y prendre pour créer l’illusion, manipuler le spectateur et muer le manque d’argent en véritable moteur de l’imaginaire.

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TÔKYÔ MUKOKUSEKI SHÔJO est un film qui divisera. On l’adorera pour son côté très oshiien, son intrigue languissante, ses détails intrigants. On le détestera pour sa lenteur, ses quelques plans fixes à rallonge, peut-être même pour un côté pompeux voire un ton volontairement « auteurisant ». Un film avec le Q.I. entre deux chaises – et la tête entre deux mondes ? Tout est question de point de vue et de sensibilité cinéphilique. Peu importe : il s’agit d’une œuvre à part entière qui porte la marque de son créateur. Un cinéaste qui n’a jamais cédé à la facilité et qui continue, bon an mal an, à tracer son sillon au sein de l’industrie cinématographique japonaise gangrénée par les tâcherons et autres yesmen entièrement vendus aux sirènes des majors – et donc indirectement de la télévision.

Je n’en dirai nécessairement pas plus au sujet de TÔKYÔ MUKOKUSEKI SHÔJO, si ce n’est qu’il comporte quand même une courte séquence orgasmique au possible réglée par l’illustre Sonomura Kensuke, partenaire habituel du réalisateur Tsujimoto Takanori – qui travaille lui aussi souvent au côté de Oshii. Une grande famille. De grands talents.  Évitez néanmoins de visionner le trailer qui en dévoile beaucoup trop. Le mieux est encore de se laisser embarquer dans cette aventure les yeux nimbés de flou. Se laisser bercer par le rythme lancinant du long métrage, qui ose s’attarder sur des traits, des formes… Ces regards lourds de sens de statues immobiles mais… crispantes. Elles ne sont pas innocentes. Une vraie science du cadre qui tisse sa toile au rythme d’une berceuse assassine. Le crissement des crayons sur le papier, les complaintes de la tôle au contact de la scie circulaire, ces quelques notes de piano qui résonnent. Qui résonnent. Comme un écho dans la tête d’Ai qui manquera plusieurs fois de voler en éclats. Une jeune femme mal à l’aise, pas à sa place, comme isolée par sa folie créatrice. À la manière de l’albatros de Baudelaire, Ai semble exilée sur le sol au milieu des huées. Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Pas sûr que chez Oshii, où l’on a l’habitude de croiser des gens aux yeux grand fermés, le poète trouve un univers à sa mesure quand bien même il atteindrait le ciel avant le générique de fin…

Oli :         drapeau2 drapeau2 drapeau2
Yasuko : drapeau2 drapeau2

Trailer du film (qui en dévoile trop) : Youtube
Trailer du court métrage originel (qui en dévoile trop) : Youtube
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Quick Review in English:

+ A mesmerizing moviemovie by Oshii Mamoru
+ Even if it’s not his original work and idea, this film contains Oshii’s themes & obsessions
+ Delicate and intriguing: don’t watch the trailer!
+ We are lulled by the music, the camera work, the sound of the pencils…
+ You may love this film… or…

– … hate it! Because of its slow story, its artistic touch… Yes, all this…
– … It may look fake and presumptuous if you do not adhere to the film
– The trailer shows too many things

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A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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