Gekijô rei, Nakata Hideo (2015)


gekijo rei ghost theater posterGEKIJÔ REI, aka Ghost Theater
劇場霊
Année : 2015
Genre : le fantôme entre en scène
Production : Nikkatsu / Jango Film / Kyoraku
Réalisation : Nakata Hideo
Avec : Shimazaki Haruka, Adachi Rika, Takada Riho, Machida Keita, Nakamura Ikuji, Mantarô Koichi, Suwa Tarô, Yanagi Yûrei


La jeune Sara peine à percer dans le monde du cinéma. Grande travailleuse, elle garde le sourire et multiplie les auditions… Cette fois-ci, elle est retenue pour un petit rôle dans la pièce d’un metteur en scène très connu. Tout d’abord prise en grippe par l’actrice principale, Sara peut bientôt compter sur le soutien d’une débutante pleine d’énergie, Kaori. Cela ne suffit pas pour ramener un semblant de cohésion au sein de la troupe… car une jeune accessoiriste va décéder dans d’horribles circonstances. Tout le monde l’ignore pour le moment, mais le mannequin utilisé sur scène a été récupéré il y a vingt ans, auprès de deux cadavres aux formes affreuses…

gekijo rei 02gekijo rei 05

gekijo rei 09gekijo rei 10

Lorsque Nakata Hideo essaie quelque peu de varier les approches, de tourner le dos aux fantômes japonais, il se plante. Les exemples ne manquent pas, tant l’intéressé a cumulé les ratés aussi béants qu’une plaie ouverte dans le ventre mou de sa carrière. Le whodunit futuriste (THE INCITE MILL), le thriller connecté – mais déconnecté des attentes des spectateurs (CHATROOM) ou encore le suspense mâtiné de science-fiction et de pâles mutants (MONSTERZ). Triste constat ou plaisir amer, il faut reconnaitre que c’est en se penchant à nouveau sur ses premiers amours, à savoir les fantômes japonais, que Nakata est encore le plus efficace. Son KAIDAN (en 2007, ça commence à dater) était correct et son récent KUROYURI DANCHI (2013) efficace à défaut d’avoir inventé la poudre – d’escampette, à force de décevoir les amateurs de ses anciens films ?

Parmi ses anciennes réalisations d’ailleurs, on pense automatiquement à RINGU et DARK WATER, mais il serait injuste de ne pas également citer JOYÛREI, sans lequel RINGU n’aurait peut-être jamais vu le jour. Avec GEKIJÔ REI, on se dit que Nakata va encore tourner en rond et nous refaire le coup du fantôme hantant un film (le thème de JOYÛREI). En réalité il n’en est rien – ou si peu. Certes GEKIJÔ REI entretient des liens étroits avec le monde du cinéma, mais son intrigue se recentre rapidement sur l’univers théâtral pour, ensuite, balayer de la main articulée de sa poupée le thème de la salle de cinéma ou du théâtre hanté : la source du mal est ici une poupée, et non un lieu précis. En gros, l’intrigue de GEKIJÔ REI aurait très bien pu se dérouler dans un supermarché si le mannequin maudit y avait atterri. Ok, coincé entre le rayon fruits et légumes et les couches pour bébés, ça aurait sans doute été moins sexy. Encore que… il y a là une idée à creuser pour les producteurs de V-Cinema !

gekijo rei 07gekijo rei 06

gekijo rei 08gekijo rei 03

Le film est efficace. Pas réellement effrayant, mais efficace. Il joue beaucoup sur l’ambiance et la suggestion (à part vers la fin) et on sent que Nakata prend du plaisir à installer lentement son intrigue, ses personnages, sa malédiction. Il y a également quelques bonnes idées dans la direction artistique, les maquillages. Les cadavres sont géniaux (pas vu aussi original et impressionnant depuis le premier RINGU, c’est dire) et la grande poupée est extrêmement bien fichue. Son visage sonne faux, mais on a parfois un doute. Il a l’air humain, mais avec un je-ne-sais-quoi de dérangeant. Même la manière dont elle se déplace, « s’exprime »… Ça fait mouche : une grande réussite.

Passés ces détails savoureux, il faut hélas reconnaitre que GEKIJÔ REI est classique. Trop classique, sans doute. Ce qui me ramène à ce que je disais au début de cette chronique : Nakata semble incapable de livrer un film d’horreur qui sorte vraiment de l’ordinaire. Mais… Mais lorsqu’il se contente de suivre le cahier des charges classique du film de fantôme japonais, le bougre sait se montrer efficace. Un triste constat ou un plaisir amer ? Je penche pour la deuxième réponse. Mais en y ajoutant une pincée de sucre (depuis le temps que j’en casse sur le dos de Nakata…) pour qualifier l’ensemble de plaisir doux-amer. Oui, j’ai apprécié GEKIJÔ REI tout en étant bien conscient du manque de génie et de prises de risque de la part des producteurs et du réalisateur à l’origine du projet – en particulier au niveau narratif où, à part au début avec cette scène hilarante où Sara interprète un cadavre (ça fait plaisir de voir Nakata se lâcher un peu), on flirte avec le déjà-vu/déjà subi : le flashback pour introduire l’histoire, les premiers meurtres, les gens incrédules, encore un flashback cette fois-ci explicatif, l’enquête (avec petit voyage à la clé) pour résoudre le mystère, la facilité déconcertante avec laquelle on devine qui va mourir et qui va survivre et pour conclure le grand déballage final. Ajoutez à cela un casting une nouvelle fois gangréné par des idoles (cette fois-ci pas de Johnny’s, ouf, mais des AKB48 ou gravure idols – pas trop catastrophiques d’ailleurs) et vous obtenez un film d’horreur presque trop bien calibré et soucieux de respecter son cahier des charges pour véritablement effrayer. Un mal pour un bien, quand on connait Nakata ? Sans doute, car c’est encore avec ce genre de productions que le réalisateur japonais semble être le plus à l’aise.

Oli :         drapeau2 drapeau2
Yasuko : drapeau2 drapeau2

Trailer :

________________________________________________

Quick Review in English:

+ Not very original but effective if you look for a simple horror entertainment
+ One of the first scenes (Sara playing a corpse): hilarious
+ Great design, good make-up (the corpses, the doll…)
+ Yanagi Yûrei has a very small part in the movie!
+ An interesting atmosphere, I had a good time

– Nakata does not take enough risks
– Too many idols
– The narration is almost never surprising: deja vu!
– You can guess who is going to die, who is going to survive…
– … when the doll will strike…
– … of course there are some flashbacks…
– … and the main characters make a little trip to explain the grudge
– For all those reasons, it’s not really scary

Gekijo rei image 2

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
Cet article, publié dans Fantastique, Fantômes, Horreur, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s