Sadako Vs. Kayako, Shiraishi Kôji (2016)


Sadako vs kayako shiraishi kojiSADAKO VS. KAYAKO
貞子 vs. 伽椰子
Année : 2016
Genre : fantôme contre fantôme
Production : Kadokawa / Universal
Réalisation : Shiraishi Kôji
Avec : Yamamoto Mizuki, Tamashiro Tina, Satsukawa Aimi, Tanaka Misato, Kômoto Masahiro, Andô Masanobu, Kikuchi Mai, Nanami Elly, Runa Endo


Parce qu’elle souhaitait visionner la vieille VHS du mariage de ses parents, Natsumi achète un magnétoscope poussiéreux dans un magasin d’occasion. A l’intérieur de l’appareil, elle découvre une cassette abimée. Son amie Yuri la convainc de la visionner…
Parallèlement à cela, quatre enfants pénètrent dans une sombre demeure que l’on dit hantée, depuis qu’un terrible meurtre familial y est survenu. On ne les reverra plus. Ou presque.

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Le grincheux de service dira que les versus n’ont jamais accouché de grands films. Aux États-Unis, on ne garde pas forcément que de bons souvenirs des accouplements plus ou moins forcées des Aliens, de Jason, de Freddy ou encore du Predator. Ceux-ci ont d’ailleurs fait des petits au Japon, en particulier dans le milieu du V-Cinema avec pléthore de titres plus scabreux les uns que les autres : HIKIKO SAN VS. SADAKO, HIKIKO SAN VS. KUCHISAKE ONNA… Même si en réalité, les versus remontent à beaucoup plus loin dans l’archipel – souvenez-vous des ZATOICHI ou encore et surtout de nombreux kaijû eiga… Qui a vu KING KONG CONTRE GODZILLA, dans l’assistance ?

Alors bien évidemment, compte-tenu du passif des récents versus et surtout des derniers SADAKO 3D et autres JU-ON THE FINAL, il y a de quoi être saisi d’effroi devant un film comme SADAKO VS. KAYAKO – un film d’horreur qui fait peur, c’est bon signe. Sauf quand c’est avant la séance. Mais pour le coup, c’est un certain Shiraishi Kôji qui s’y colle. Je ne reviendrai pas sur la carrière du monsieur, qui commença très haut (NOROI) pour ensuite frapper aux portes de l’Occident (GROTESQUE a bien fait parler hors du Japon) mais avec, au final, un atterrissage forcé et quelque peu décevant sur la terre ferme des toutes petites productions nippones – pour lesquelles j’ai néanmoins beaucoup d’affection, vous le savez.

Que les choses soient claires : j’ai toujours senti un vrai potentiel chez Shiraishi Kôji, et je suis sûr que je l’ai déjà écrit plusieurs fois sur ce blog. Je trouve aussi que le choix d’un tel réalisateur pour une telle production (qu’on imagine dotée d’un budget conséquent, avec des vues sur l’Occident ?) est résolument couillu. Surtout que le sieur Shiraishi a également signé le scénario du bouzin ! Les producteurs ont donc pris pas mal de risques (Shiraishi étant un grand malade^^) mais ils sont également allés au bout de leur idée : faire table rase des récents étrons ayant considérablement entamé la crédibilité des franchises RINGU et JU-ON. Mission impossible ?

Que nenni – surtout que Tom Cruise nous a maintes fois prouvé le contraire ! SADAKO VS. KAYAKO est en effet extrêmement rafraichissant. Shiraishi Kôji y réussit à la fois le tour de force de rendre un hommage appuyé aux films originels tout en y injectant sa touche personnelle reconnaissable entre mille et ce, sans jamais sombrer dans le ridicule – ou presque. Un exercice d’équilibriste ô combien improbable tant on sait qu’en la matière, il est presque impossible de contenter tout le monde. Pour le « classique », sachez que SADAKO VS. KAYAKO distille de réels petits moments de frousse, des jumpscares bien sentis et particulièrement bien mis en valeur par le montage et le travail effectué sur l’ambiance sonore. Les fans des franchises originales ne devraient donc pas se sentir trahis : Sadako est superbement mise en scène et les apparitions gutturales de Kayako, bien qu’un peu plus rares à l’écran, n’en demeurent pas moins particulièrement réussies. En termes d’ambiance, d’enjeux et de stricte mise en scène, Shiraishi Kôji enterre donc six pieds sous terre tous les films récents ayant été produits au sein des deux célèbres franchises au teint cadavérique.

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Mais là où Shiraishi Kôji fait fort, c’est dans sa gestion de ce produit horrifique à tendance grand public : le bougre ne se renie aucunement et n’hésite pas à intégrer son style et ses idées ! Le final from outer space, l’étrange et particulièrement inattendu exorciste incarné par Andô Masanobu (directement inspiré du personnage de CULT), j’en passe et des meilleures. Oui le film porte la marque de fabrique de Shiraishi Kôji, même si l’intéressé a eu la présence d’esprit de ne pas aller aussi loin que dans ses dernières petites productions. Oui, SADAKO VS. KAYAKO demeure un film sérieux dans l’ensemble, et ses quelques moments de légèreté ou de grotesque faussement improvisé ne constituent en rien le nerf du récit. Ils lui apportent juste un peu de piquant, juste ce qu’il faut pour se démarquer de la concurrence qui s’est depuis trop longtemps endormie sur ses lauriers – moisis, depuis le temps… Bien évidemment, un spectateur non averti pourra juger certains changements de ton ou quelques rebondissements un peu « too much », mais Shiraishi Kôji a l’immense mérite de faire du cinéma – son cinéma.

Le film sombre-t-il ponctuellement dans le ridicule pour autant ? À mon sens, non. Mais tout dépendra du spectateur. Par exemple, les apparitions de Toshio sont globalement ratées (ou trop drôles, je pense que c’est voulu), et le personnage de la petite fille à lunettes a bien du mal à s’imposer tant la jeune actrice patine. À côté de cela, l’exorciste cool et rock’n’roll, le prof spécialiste du surnaturel qui veut à tout prix rencontrer Sadako et bien évidemment le combat entre les deux légendes de la J-horror pourront faire grincer des dents. Pour ma part j’aime l’originalité. J’aime les prises de risques. J’applaudis des deux mains devant la fraîcheur, pourtant issue de sombres remugles, qui émane de ce SADAKO VS. KAYAKO.

Ce film est la preuve que Shiraishi Kôji peut taper juste et faire mieux que certains spécialistes du genre si on lui fait confiance de bout en bout et si on lui octroie un budget confortable – jusque dans le choix du groupe pour interpréter le générique, puisque les (vieilles) superstars du métal japonais Seikama II sont effectivement de retour avec un excellent titre concocté spécialement pour l’occasion : 呪いのシャ・ナ・ナ・ナ. Dérangeant, classique mais aussi original, un brin grotesque, un peu effrayant et terriblement bien rythmé (Shiraishi est malin, la cassette maudite tue maintenant en deux jours, ah ah ah !), SADAKO VS. KAYAKO est un long métrage qui devrait ravir la plupart des fans d’horreur à la sauce japonaise.

Et puisque vous avez eu la gentillesse de rester jusqu’à la fin de cette chronique, je vous conseillerai juste d’en faire de même avec le film.

Oli :         drapeau2 drapeau2 drapeau2
Yasuko : drapeau2 drapeau2 drapeau2

Trailer :

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Review in English:

« Versus movies » have never been that good… Jason, the Aliens, the Predator, Freddy… Nothing unforgettable. In Japan the « Versus movies » gave us some good kaijû eiga in the past, but today it seems it’s juste good enough for cheap (and bad?) V-Cinema (Hikiko san vs. Kokkuri san, Hikiko san vs. Sadako…). So believe me, the project of Sadako (from Ringu) kicking the rotten ass of Kayako (from The Grudge) scared me a lot. A horror movie that scares you, it’s generally a good thing. Except when it happens before you see it.

But the name of the director reassured me. Shiraishi Kôji, the crazy Shiraishi Kôji. The fact he wrote the scenario too is a good sign: the producers trusted him – in every way. Shiraishi has never really been able to prove what he could do if he had enough money. What a pitty. I was always convinced he could do more than the V-Cinema kind of movies he did during the past few years – even if I like that too. Yes, Shiraishi is a good choice, that proves the producers definitely wanted to turn the page of the recent and terrible movies of both franchises – Sadako 3D, Ju-On The Final… What a waste.

Let’s be clear: creating the perfect Sadako vs. Kayako is impossible. There will always be a disappointed/angry spectator. Because such a movie should be respectful of both worlds and both characters, and in the same time it should bring something new (deja-vu is not the absolute rule), and of course it should propose a fight between Sadako and Kayako without beeing ridiculous. Yes, some might say it’s impossible. But Shiraishi did it! Or at least, he almost did it.

First of all, Sadako vs. Kayako is pretty respectful. Of course there are some slight changes (for instance now the videotape kills in two days – clever Shiraishi, there’s more rhythm in the story^^). But Sadako is Sadako, her scenes are a little bit scary and very well shot (great editing and great sounds too). And Kayako is still the creepy bitch we all know and love (come on, you too, you can do your coming out!).

One more thing: the movie is original too. It’s a real Shiraishi Kôji’s movie, you can see his influence almost everywhere – the final climax, the exorcist (he looks like a character of CULT), those « almost » funny scenes (Toshio…). Some spectators may dislike that, but at least Shiraishi makes films. His films.

Last very important question: is it ridiculous? Well… I guess not, but each spectator may have a different opinion. I would say the apparitions of Toshio are not a huge success (sometimes it looks like a parody – on purpose?), and the exorcist and the final climax may disturb people who are not used to Shiraishi’s movies.

Honestly, this movie could (should?) have been a disaster. But it’s not, not at all. It’s respectful of both Ringu and Ju-On’s worlds, it’s well shot, with a dark atmosphere, sometimes it’s original and, I know it sounds incredible but it’s not ridiculous. It’s daring, sometimes way too much, but it’s not ridiculous.

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A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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