Shin Godzilla, Higuchi Shinji et Anno Hideaki (2016)


Godzilla_Resurgence_Theatrical_PosterSHIN GODZILLA, aka Godzilla Resurgence
シン・ゴジラ
Année : 2016
Genre : oh-my-god-zilla
Production : Toho
Réalisation : Higuchi Shinji et Anno Hideaki
Avec : Ishihara Satomi, Hasegawa Hiroki, Tsukamoto Shinya, Ôsugi Ren, Yo Kimiko, Tsuda Kanji, Kunimura Jun, Miura Takahiro, Watanabe Tetsu, Takenôchi Yutaka, Nomura Mansai, Ichikawa Mikako, Pierre Taki, Kôra Kengo, Maeda Atsuko, Matsuo Satoru, Saitô Takumi, Emoto Akira, Hara Kazuo, Takahashi Issei, Koide Keisuke, Inudô Isshin, Mitsuishi Ken, Suwa Tarô, Furuta Arata, Kajita Mafia, Matsuo Suzuki, Ogawa Mayumi, Ogata Akira, Hamada Akira, Tezuka Toru, Fujiki Takashi, Kamio Yû, Shimada Kyûsaku, Shimazu Kentarô


Un monstre gigantesque, vraisemblablement enfanté par de terribles mutations radioactives, surgit de la baie de Tokyo et ravage tout sur son passage. Tout d’abord sceptiques puis dépassées, les autorités japonaises vont avoir toutes les peines du monde à organiser la riposte adéquate.

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SHIN GODZILLA confirme le plus tristement du monde l’incapacité des studios japonais à produire des films à gros budget tenant la route, qualitativement parlant (RURÔNI KENSHIN faisant figure d’exception). D’ailleurs, on sent que le portefeuille de la Toho a dû tirer la langue, durant le tournage du film, tant le scénario revêt le plus souvent les atours d’un paravent éhonté, couvrant un saint que je ne saurais voir (le monstre), pour ne mettre en avant que les politiciens japonais. Oui, SHIN GODZILLA est, avant même d’être un kaijû eiga, un simulateur de gestion de crise par un gouvernement dépassé par les évènements. Ce choix d’un scénario politisé, focalisé sur nos édiles, sent la malhonnêteté à plein nez. On ne m’enlèvera pas de l’esprit qu’il ne s’agit, en réalité, que d’un moyen comme un autre pour justifier l’absence de Godzilla et de scènes de catastrophes à l’écran. Parce que ça coûte trop cher. Parce que, depuis le drame de Tôhoku, on ne peut sans doute plus se permettre de faire mourir des Japonais par milliers, dans une salle de ciné ? Cette double contrainte, qui figure officieusement dans le cahier des charges de SHIN GODZILLA, n’en doutez pas une seconde, explique sans nul doute le climax final du film, durant lequel de nombreux bâtiments seront effectivement rasés, mais sans aucune personne à l’intérieur – les Tokyoïtes ayant eu le temps d’évacuer auparavant. Mais de qui se moque-t-on ?

Ne cherchez pas : sur les deux heures de film, on a droit à une heure et quarante-cinq minutes de scènes de bureau. Il faut le voir pour le croire. Je ne dis pas que c’est inintéressant, bien au contraire. La gestion de la crise, l’incapacité chronique des dirigeants à prendre les décisions qui s’imposent (critique ô combien facile adressée au gouvernement démocrate de l’époque, le PLD de Shinzô Abe aurait-il fait mieux à Fukushima ?), l’avidité de la majorité d’entre eux qui ne pensent qu’au futur de leur carrière au mépris des maux présents de la population, la globalisation des politiques nationales et les intérêts divergents, les complots ourdis dans les ombres, les secrets bien gardés, la taille des hauts talons de Ishihara Satomi toujours tirée à quatre épingles… Mais je m’égare. Bref, comme je le disais plus haut, tout cela est loin d’être inintéressant, mais à petites doses, par pitié ! Quel intérêt d’aller au cinéma, a fortiori devant un écran TCX (extra large screen), si c’est pour se taper une heure et quarante-cinq minutes de discussions dans des bureaux. DES BUREAUX ! Je me disais bien qu’il ne fallait pas attendre des monts et merveilles de la part de Higuchi Shinji (Anno Hideaki, co-réalisateur, était-il vraiment remis de sa dépression ?), un bon yes-man comme on n’en fait plus comme on en fait tant au Japon, mais quand même ! Quand on voit qu’un certain Tsukamoto Shinya, qui adore les kaijû eiga (regardez le nom de sa maison de production) est ici acteur et non pas réalisateur, ça donne des envies de seppuku à la petite cuillère… Avec le même budget, Tsukamoto aurait livré un vrai film, avec une âme – et des cojones.

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Mais on ne va pas refaire l’histoire. Et SHIN GODZILLA est ce qu’il est : un film qui n’arrive pas à se hisser à la hauteur de la légende du grand saurien et qui, plutôt que d’assumer un manque de budget certain, a préféré se dégonfler en camouflant ses manquements derrière un scénario faussement alambiqué, criblé d’intrigues de palais plus longues les unes que les autres. Pire : pour faire avaler la pilule au spectateur (mais prenez garde : c’est une pilule de cyanure), la Toho a privilégié un casting quatre étoiles. Tous les acteurs et actrices du studio sont là, ou presque – cumulés, ils coûtent toujours moins cher que le cachet « effets spéciaux » d’un Godzilla qui aurait bénéficié d’une plus grande exposition. Le problème c’est que la démultiplication de stars confine parfois au grotesque, certaines n’étant présentes qu’une toute petite poignée de secondes. Ces dizaines de personnages différents empêchent d’ailleurs toute empathie de la part du spectateur – ceux-ci allant et venant au gré des nombreuses digressions que compte le film sans que l’on ait la moindre possibilité de s’y attacher. Pire : tous les personnages sont soit politiciens, soit fonctionnaires, soit militaires gradés, soit chercheurs. Il n’y a pas ce « citoyen lambda » auquel tout un chacun aurait pu s’identifier. Comble du ridicule : il n’y a tout simplement pas de citoyen lambda à l’écran, ou presque. Une scène de panique dans les rues ? Deux ou trois secondes tout ou plus, et on passe à une scène de bureau. Le métro s’arrête, les gens sont paralysés par la peur, l’électricité se coupe. On ne verra pas la suite : on enchaine sur une scène de bureau. Un pilote de char se retrouve coincé sous des tonnes de carcasses mécaniques, on imagine qu’il va tout tenter pour sauver sa peau, peut-être se fendre d’un morceau de bravoure improbable… mais non. On saute immédiatement à la scène suivante qui se déroule… dans un bureau avec des politiciens.

Tout cela est fort dommageable car il y a des choses à sauver, dans ce SHIN GODZILLA. Nonobstant la pauvreté des CGI au début du film (mais peu importe, ce n’est pas vital à mon sens), le design du nouveau Godzilla est globalement réussi. J’aime sa gueule, ses couleurs luisantes, son cri repris du monstre originel (tout comme certains thèmes). J’aime ses attaques, ces plans larges où on le voit déambuler dans une ville de Tokyo vidée de ses âmes. J’aime surtout cette scène nocturne jouissive et éblouissante où Godzilla crache pour la première fois le feu, comme une illustration rageuse de sa colère bestiale. J’adore, enfin, le fait que la prophylaxie militaire se révèle pire que le mal : la violence des bombardements humains paraissant nourrir les velléités destructrices de notre Godzilla adoré. Un moment euphorisant mais hélas de courte durée – par la suite, il vous faudra bien évidemment subir à nouveau les coups de butoir d’interminables discussions en cols blancs. Et vous terminerez KO debout tant le final, un brin décevant, a peu de chance de vous sortir de votre torpeur.

Le rêve lucide d’un Godzilla moderne de retour sur le devant de la scène a hélas tourné au cauchemar éveillé…

Oli :         drapeau2
Yasuko : drapeau_blanc

Trailer :


Quick Review in English:

+ I like the design of Godzilla, his colors, his attacks, his legendary scream
+ We can hear too the old musics of the serie!
+ One scene, by night, is just FANTASTIC
+ The inability of politicians to solve the crisis sounds real, and it’s interesting
+ The way of thinking of many politicians (their career is important) is interesting too
+ Yes, we can see a real criticism of Japanese officials…
+ And a criticism of international politics too

– But to be honest, it’s too long… It’s just endless
– 90% of the movie takes part in offices
– Japanese officials talk, talk, and talk again: is it because of the budget?
– Because I guess it costs nothing at all to shoot 1h40min of a movie in offices
– Too many characters, too many stars, we feel no empathy for them
– All the characters are officials (politician, military, civil servents…)
– Where are the lambdas citizens? No empathy is possible, once again
– No real suspense, no thrill: a panic scene starts in the subway…
– And that’s it, we see nothing and we’re back in an office
– A great scene starts in the streets, people are running for their life…
– And that’s it, we see nothing and we’re back in an office
– A tank driver is stuck and may die soon…
– And that’s it, we see nothing and we’re back in an office
– Seriously?!

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A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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