La femme de la plaque argentique, Kurosawa Kiyoshi (2016)


la-femme-de-la-plaque-argentiqueLA FEMME DE LA PLAQUE ARGENTIQUE, aka Le secret de la chambre noire, aka Daguerreotype no onna, aka The Woman in the Silver Plate
ダゲレオタイプの女
Année : 2016
Genre : se faire tirer le portrait – au pistolet
Production : Arte / Film-In-Evolution / Balthazar
Réalisation : Kurosawa Kiyoshi
Avec : Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet, Mathieu Amalric, Malik Zidi


Jean, un jeune Lensois qui peine à trouver ses marques dans la capitale, est engagé comme assistant par Stéphane, un illustre photographe qui vit maintenant reclus dans un vieux manoir de la banlieue parisienne. Si Stéphane accepte toujours de réaliser quelques clichés de mode pour manger, il voue en réalité tout son temps à reproduire des photos du passé, lui rappelant sa femme décédée, via un procédé archaïque nécessitant l’immobilisation du modèle pendant plusieurs dizaines de minutes – voire plus. C’est sa fille, jeune et d’apparence fragile, qui prend désormais place devant l’objectif.

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Apprécié en Europe, il n’est pas étonnant de voir le surdoué de l’étrangeté, l’apôtre de la poésie des ombres Kiyoshi Kurosawa réaliser un film sur le vieux continent – on imagine sans peine que son style  et ses idées conviennent moins à Hollywood, où tout doit aller vite, tellement vite. Avec LA FEMME DE LA PLAQUE ARGENTIQUE, production française, belge et japonaise, on reconnait d’emblée le style de Kurosawa, qui semble avoir trouvé dans ces banlieues grises et décrépies, faites d’autant de vieilles pierres que de vieux secrets, un lieu propice à l’évasion de son imaginaire. Non, Kurosawa Kiyoshi n’a pas choisi Paris pour ses côtés romantique et historique, mais pour son arrière-pays banlieusard qui cultive les non-dits – comme si les vieilles pierres précitées ne pouvaient pas parler. Tout le contraire de ces plantes vivantes, bientôt agonisantes dans la serre de la jeune Marie (lieu filmé avec grâce et maestria). Tout le contraire de ces photographies à l’ancienne, auxquelles le professionnel Stéphane semble accorder davantage d’importance qu’aux vivants.

Inutile de tourner autour du pot : avec LA FEMME DE LA PLAQUE ARGENTIQUE, Kurosawa fait du Kurosawa – vice poussé jusqu’à l’écriture du scénario, original. C’est long. Lent. L’histoire ne se dévoile que progressivement en cultivant un savant flou artistique (les voix qu’entend Stéphane sont-elles juste dans sa tête ?). C’est filmé avec talent, à tel point que certains lieux paraissent non pas vivants, mais dotés d’un semblant d’âme – la cave, la serre, cette vieille bâtisse… Oui le film, ses lieux sont extrêmement envoûtants, dérangeants, et les caresses de la caméra aux images, lorsque celle-ci navigue avec grâce en transformant un plan apparemment fixe en panorama horizontal ou vertical, entretiennent le mystère et l’attention somnolente du spectateur – parfois pour mieux le réveiller avec fracas (la scène de l’escalier est à ce titre absolument mémorable).

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Alors non, LA FEMME DE LA PLAQUE ARGENTIQUE n’est pas un film de frousse – de toute manière, ce n’est pas ce qu’affectionne Kurosawa. C’est un film d’ambiance. Malsaine. Mal aimée. Où l’archaïque trépied utilisé par Stéphane pour immobiliser sa fille des dizaines de minutes durant épouse parfois les atours amoureux/douloureux d’un chevalet de torture/torturés, comme tous ces personnages qui paraissent hanter ce manoir parisien usé, comme en décrépitude. Comme habité par quelque chose. Quelqu’un ? Des regrets peut-être, ou un inavouable secret.

Oui avec LA FEMME DE LA PLAQUE ARGENTIQUE, Kurosawa fait du Kurosawa. Certains s’en réjouiront, d’autres seront sans doute un peu déçus de voir qu’il n’a pas changé d’un iota, pas pris de risques échevelés malgré le fait qu’il se soit exporté. Pour ma part, je fais bien évidemment partie de la première catégorie, en bon fan transi de la première heure. Ce qui ne m’empêche pas pour autant de regretter quelques longueurs, de coupables langueurs, et plusieurs petits détails un peu louches, qui tirent légèrement le film de Kurosawa vers le bas.

Oli :         drapeau2 drapeau2
Yasuko : drapeau2

Trailer :

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Quick Review in English:

+ With Kurosawa, cinema is art – camerawork, photography…
+ The same shadows, the same slow madness from Kurosawa’s world now in Paris
+ Things, places (the mansion, the cave…): they look almost alive
+ Dark and heavy atmosphere: is something really going wrong?

– Did you expect something else for Kurosawa first movie in France?
– Yes, Kurosawa is doing what he knows best – I liked it, you may not
– Maybe a little bit too long (it lasts more than 2 hours)
– A few things are a little bit strange in the scenario (written by Kurosawa)

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A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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