Zennin shikei, Kobayashi Yûki (2017)


ZENNIN SHIKEI, aka Death Row Family
全員死刑
Année : 2017
Genre : petites (fautes de) frappes
Production : Nikkatsu
Réalisation : Kobayashi Yûki
Avec : Mamiya Shôtarô, Maiguma Katsuya, Musaka Naomasa, Irie Kanako, Shimizu Hazuki, Ochiai Motoki, Fujiwara Kisetsu, Torii Miyuki, Nishina Takashi


Takanori et Satoshi sont deux frères travaillant pour le petit gang de yakuzas dirigé par leur père – et leur mère jamais très loin ? Leur quotidien, fait d’engueulades, de boulots salaces, de sexe, de drogue et de crasse va se retrouver quelque peu chamboulé le jour où leur famille va commettre un meurtre – pour une simple question d’argent. Les cadavres vont alors s’amonceler dangereusement…

Le jeune réalisateur Kobayashi Yûki (pas encore la trentaine au moment où j’écris ces lignes) est enfin sorti de l’ombre. L’intéressé qui avait déjà enflammé les nuits d’échec et (ciné)mat et surtout celles de plusieurs festivals japonais, dont celui de Yûbari, ne pouvait rester sur le banc de touche des réalisateurs de talent, mais sans argent. Les excellents retours de ses toutes petites productions intitulées NIGHT SAFARI et KOKÔ NO TOOBOE sont donc arrivées jusqu’aux oreilles pointues (comme leurs crocs) des pontes de la Nikkatsu, qui ont décidé de confier l’un de leurs projets à ce jeune homme bourré d’idées et d’énergie. Celui qui avait pour habitude de tourner à l’économie avec des acteurs amateurs se retrouve donc à la tête d’une production confortable, avec un casting de célébrités – ou pas loin.

Heureusement, cette bascule dans l’univers (impitoyable ?) des grands studios avec tout ce que cela implique ne s’est pas fait au détriment du style de Kobayashi. Le bonhomme est resté fidèle à ses idées. Tout d’abord, parce que l’univers de DEATH ROW FAMILY correspond parfaitement à ses précédents films – raison pour laquelle, je présume, la Nikkatsu a fait appel à lui : des yakuzas de bas étage, des meurtres sordides, des personnages tour à tour effrayants et grotesques, des situations décalées et un humour qui sort parfois de nulle part. Oui Kobayashi aime les bad guys – au point de se fendre d’un cameo de Nishina Takashi, fils du célèbre Kawatani Takuzo, célèbre pour ses innombrables rôles de vilains (notamment chez Fukasaku). Il convient de noter que le scénario de DEATH ROW FAMILY s’inspire d’une histoire vraie, et tragique – les meurtres d’Ômuta, survenue en 2004 dans la région de Fukuoka. Kobayashi Yûki a malgré tout décidé de changer pas mal de détails, notamment tout ce qui a pour trait au caractère et au physique des différents protagonistes de l’histoire – Takanori est ainsi presque « icônisé », dans le film qui nous intéresse aujourd’hui, alors que dans la réalité le jeune homme ressemblait à tout autre chose… L’injection d’une grosse dose d’humour noir, qui dédramatise certains meurtres de l’histoire, sera également différemment appréciée, suivant que vous serez cinéphile ou plutôt amateur de documentaire (et je préfère ne pas parler du ressentiment des véritables familles des victimes).

Mais si l’on prend DEATH ROW FAMILY pour ce qu’il est, à savoir un simple film au scénario sordide et aux personnages de petites frappes grotesques et hautes en couleur, on passe un bon moment. Kobayashi Yûki prouve une nouvelle fois que son travail distille quelque chose que les autres n’ont pas : il sait faire preuve d’inventivité, et sa réalisation semble se renouveler constamment – que de jolies scènes nocturnes… que de belles balades meurtrières la nuit en voiture… Je dois malgré tout avouer avoir trouvé le temps parfois un peu long – la faute à des personnages pas forcément très attachants, ni particulièrement crédibles (le père, la mère, mouais…) même si le profil de Takanori est plutôt bien écrit, c’est vrai. Enfin, créer des situations décalées est une excellente idée – lorsque c’est bien réalisé, correctement amené. Tout ce qui tourne autour du nain yakuza va hélas à l’encontre de tout cela. Ça ne passe pas. Le spectateur se retrouve alors bouté hors de l’histoire. Dommage… Franchement, je pensais que le recours aux nains pour incarner l’étrangeté était passé de mode depuis l’avènement de TWIN PEAKS, de David Lynch…

Inégal tant sur le fond que sur la forme, mais plaisant, DEATH ROW FAMILY confirme que Kobayashi Yûki est un réalisateur à suivre. Et dans le milieu sclérosé du cinéma japonais, ce n’est pas un mince compliment. Espérons simplement qu’il parviendra à mieux gérer les alternances de tons et le rythme du récit de ses (grosses ?) productions à venir.

Oli :        
Yasuko :

Trailer :

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Quick Review in English:

+ From the young and talented director Kobayashi Yûki
+ His previous films were very interesting, and they became famous in some festivals
+ Did you check the very good KOBÔ NO TOOBOE, for instance?
+ From a true story – of course, many things were altered (and that’s a good thing)
+ Black humor – it works, most of the time
+ Good and (sometimes) original filmmaking, especially the night scenes
+ Kobayashi didn’t lost his soul and his art, after signing with Nikkatsu
+ For the first time, Kobayashi can use professionnal actors and actresses

– Some characters are not as well written as others (the father, the mother…)
– A few rhythm problems, the movie should have been shorter
– I like grotesque scenes most of the time, when unexpected things happen…
– … but in this movie, it doesn’t work some well sometimes…
– … The dwarf for instance, was it really necessary?

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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10 commentaires pour Zennin shikei, Kobayashi Yûki (2017)

  1. Wuhien dit :

    Je m’attendais à ce que tu le chroniques celui-là ! J’attends de le voir avant de lire ra chronique. Je suis actuellement au Japon, je l’ai acheté y a quelques jours (quelle galère pour le trouver d’ailleurs: les HMV ont réduit leur rayon films japonais pour agranfir ceux de la folie K-Pop), j’étais très interessé de voir ce que le réalisateur pouvait faire avec un film réalisé uniquement au I-Phone et j’étais curieux de découvrir son nouveau film après ta chronique de son premier.
    J’ai vu au Tsutaya de l’avenue Sakura entre Gotanda et Togoshi, qu’il louait tous ses autres films réalisés pour le compte de VICE.
    D’ailleurs tous ses films sont dispo sur le streaming de VICE+ (et le premier mois est gratuit sans engagement 😉 Faudra que je teste si c’est visible de la France).

    • Oli dit :

      Salut Wuhien ! Au Japon ? Pour les vacances ? J’espère que tu profites bien des lieux. Yep, les rayons K-pop et Korean drama ont noyauté pas mal de magasins – dans les Tsutaya, c’est à en pleurer de rage… Oui les autres films de ce jeune réal sont enfin sortis à la loc’. NIGHT SAFARI inclus, bien évidemment ! Chronique à venir. N’hésite pas à nous faire part de tes impressions – sur ces films, ou sur le Japon… 😉

  2. Wuhien dit :

    En vacances, j’y étais 15 jours avec ma fille, je suis rentré samedi (adieu Fanta Raisin) avec un bon contraste français: les grèves et travaux sur les lignes rer et trains en plein week-end.
    Je viens de voir dans le dvd de Zennin Shikei, une pub pour le coffret dvd de tous ses autres films. C’est fou de le découvrir sur une publicité et pas en magasin :/
    J’ai pas encore vu Zennin Shikei, j’ai commencé dans la même veine (micro budget et acteurs amateurs) à regarder la trilogie de yakuzas: Osaka Violence, Snake of Violence et Control of Violence de Takahiro Ishihara: des personnages attachants, des acteurs formidables et ultra-charismatiques, des musiques géniales qui mettent l’ambiance…

  3. Wuhien dit :

    Le rythme est impeccable et la narration de chaque épisode est très ambitieuse surtout avec d’aussi petits budgets, et miracle, sans que ça en pâtisse vraiment (en tout cas pour des habitués du DTV japonais comme nous). L’intérêt premier de la trilogie est de découvrir l’enfance (difficile) de ses yakuzas (un peu à la manière de DOA 2), ce qui les ont amené à devenir ce qu’ils sont: ce que certains considèrent comme des monstres sans âme. Même si il est clair que le réalisateur est fasciné par ce monde et sa violence, ça n’a rien à voir avec les Young & Dangerous HK et son apologie du crime, de la violence et de l’argent, ici il est clairement défini 1/ qu’on ne rentre pas dans ce milieu par choix et que 2/ les répercutions y sont terribles (sanglantes et meurtrières).
    Et pour toi qui es, je crois savoir, un amoureux d’Osaka, ça devrait te plaire 😉

    • Oli dit :

      Aaaah merci pour ces recommandations. Je vais voir si la trilogie se trouve à la loc’. Les séries B de yakuzas étant encore à la mode, à mon avis, ça doit être dispo ! Merci encore, si je les trouve, les reviews ne tarderont pas 🙂

  4. Wuhien dit :

    Autrement, je viens de voir, que la trilogie est disponible en visionnage gratuit sur amazon video.jp, si tu as un compte prenium.

    • Oli dit :

      Excellent ! Merci pour le tuyau. Je suis abonné Prime ce mois-ci. Reste plus qu’à convaincre ma femme, et on se fait la trilogie. ^^

    • Oli dit :

      Cher Wuhien, j’ai vu le premier film. Que dire ? Mille fois merci ! J’ai trouvé ça génial – oui, oui, génial. J’en ferai une chro lorsque j’aurai vu les trois. Ma femme a beaucoup aimé aussi. Jolie trouvaille !

  5. Wuhien dit :

    Cool qu’il vous ait plu! Le deuxième est plus over the top, moins chronique sociale et plus assumé Cinéma avec des moments de comédie et des moments surréalistes dans la violence, une réalisation plus ambitieuse (le génial plan-séquence d’intro du passage à l’âge adulte du héros dans les rues d’Osaka) avec des caméos de vétérans que tu vas adoré. Pour le troisième, je le regarde demain.
    ———————————————————————————————————————
    J’ai vu entre temps Death Row Family et dans le même temps son court-métrage: Dappō Doraibu (2014) où déjà y avait des combats meurtriers en voitures et du surréalisme (https://www.youtube.com/watch?v=CfdbpsJfnnE).
    Dans Death Row Family, on ressent bien les influences cinématographiques de Takashi Miike (le nain: cible gratuite comme dans DOA2, l’humour dans la violence), Yoshihiro Nishimura (producteur et ami du réalisateur) Sono Sion (personnages hystériques des deux parents), Kiyoshi Kurosawa (la musique inspirée de Kaïro, l’apparition des « fantômes ») & Scorsese (les plan-séquences) dans le film (tous ces réalisateurs sont d’ailleurs dans le dossier photos « films visionnés » du facebook de Kobayashi) mais tout cela est bien digéré et unifié par la manière « fougueuse » et inventive de filmer de Kobayashi. Ce qui est intéressant dans sa mise en scène est ce mélange de mise en scène posée avec des cadrages obliques, qui en plus de créer un certain malaise, donne l’impression d’être filmé en caméra cachée, qui alterne avec des mouvements de caméra avec tressauts où on sent le bonhomme derrière qui porte la caméra (et le projet) comme si il était surpris de ce qui se passait et devait vite suivre les personnages (bien sûr, tout cela est factice car extrêmement réfléchie et calculée) donnant alors un cachet réaliste à un film qui est bourré de scènes surréalistes. Ce réalisme dans le surréalisme est très original et malin et fait sa patte. Dans un plan furtif et génial: Kobayashi montre un clap de cinéma qui sert de top départ à une course de voitures pour signifier que malgré le sujet censé être réellement arrivé, il nous prévient qu’il compte nous faire du Cinéma… son Cinéma.
    Alors, bien sûr, le film aurait gagné à avoir un scénario plus ambitieux, des personnages secondaires moins stéréotypés et un jeu d’acteurs plus homogène (deux écoles ici: le jeu réaliste des jeunes acteurs coutoie le jeu maniéré et exagéré des acteurs vétérans) mais personnellement, malgré la mécanique de son scénario (toujours plus de meurtres et de galères à les exécuter), j’ai pas trouvé le temps long car j’étais sans cesse surpris par l’inventivité de la mise en scène. En effet, on ressent tout l’amour du réalisateur pour le Cinéma, son aisance avec une caméra et son amusement (sadique) pour ses personnages qui, eux, souffrent…
    Malgré la noirceur de l’histoire et des personnages, je trouve que c’est un film qui redonne de l’espoir pour le Cinéma Japonais, pour toute une nouvelle génération de cinéastes.

    • Oli dit :

      Merci pour ton avis – ta review ^^. Très pointu, très intéressant. Je trouve néanmoins que le réal va parfois un peu loin dans son délire – je me répète, mais le nain par exemple, ça me fait sortir du film. A part ça, j’ai vu les trois « VIOLENCE » de Ishihara. Que du bonheur. Mon préféré demeure le premier, mais derrière chacun des films, il y a quelque chose de grand. On sent qu’il y a un auteur, des idées derrière la caméra. Vivement la suite !

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