Ôsaka gedô, Ishihara Takahiro (2012)


ÔSAKA GEDÔ, aka Osaka Violence
大阪外道
Année : 2012
Genre : Osaka-social
Production : Ishihara Movie Factory / Nitro Juice Films
Réalisation : Ishihara Takahiro
Avec : Kimura Ryôsuke, Oomiya Shôji, Saba Tarô, Ueno Hisashi, Mizuno Yûsuke, Katakura Waki, Maeno Tomoya


Dans une banlieue rurale d’Osaka dévorée par la périurbanisation, des enfants errent, presque livrés à eux-mêmes. Certains se contentent de petits larcins, quand d’autres ont encore l’envie de jouer en oubliant les tracas du monde adulte. Petites frappes, voyous, professionnels du crime… des chemins bien divers mais qui finissent souvent par se croiser… au grand dam de ce père de famille qui trime, en espérant éviter le pire à Masashi, son fils. Ce dernier sera pourtant recueilli par un drôle de loubard, lorsque son père sera victime d’un accident de chantier…

Le petit monde du V-Cinema est incontestablement en perte de vitesse. La belle époque des VHS que l’on s’échangeait sous le manteau a en effet disparu et les vidéoclubs, bien que toujours vivants au Japon, semblent malgré tout péricliter – j’ai l’impression qu’ils survivent avant tout grâce aux grosses productions hollywoodiennes et aux drama sud-coréens (snif). Le V-Cinema, malgré tout, respire encore. Un peu. Hélas, en migrant de la VHS au DTV, et en misant sur des techniques modernes peu onéreuses à la portée de tous (caméra digitale de pacotille ou caméra à l’épaule pour ne pas s’embêter avec la mise en scène), ces petits films ont perdu en qualité, ces dernières années. L’âge d’or du pinku a ainsi cédé sa place à des productions érotiques se complaisant le plus souvent dans une vulgarité crasse, les films d’horreur ont répondu aux sirènes du found footage et les films de yakuzas (grand classique du format V-Cinema) peinent à retrouver leur lustre d’antan. C’était sans compter deux réalisateurs qui ont su redonner leurs lettres de noblesse au genre : Kobayashi Yûki et Ishihara Takahiro. Ce dernier a ainsi saigné… euh signé une trilogie remarquable dédiée au crime et à Osaka – le tout, et c’est là son coup de maître, habillé d’une réelle dimension sociale, de personnages remarquablement bien écrits et attachants, ou encore de réjouissantes surprises et autres moments décalés.

Alors je vous vois venir, avec vos gros sabots : oui tout ça n’est pas très beau : les limites du budget sautent aux yeux, la photographie pique parfois un peu et le casting du premier film de la trilogie (dont chaque film est indépendant des autres je précise) est constitué d’amateurs. Cela ajoute parfois une dimension réaliste bienvenue, mais le plus souvent le spectateur lambda grincera des dents jusqu’à en faire saigner ses gencives. Rien de rédhibitoire cependant, pour un habitué au V-Cinema. Au contraire même, pour qui aime un peu les films de yakuzas, OSAKA VIOLENCE (grand prix du festival de Yûbari en 2012) se situera aisément tout en haut du panier – de crabes. Le long climax d’intro donne d’ailleurs le ton : les loups entre eux… À la manière d’un spectacle cruel fait de poupées gigognes sanguinolentes, Ishihara nous présente tour à tour des gamins qui volent, puis quelques adolescents qui roulent des mécaniques, de simples membres de gangs des campagnes, ensuite un ou deux chinpila qui n’ont pas peur d’aller encore plus loin, et enfin de véritables yakuzas – en costard-cravate et moins de sang sur les mains. Parce que eux, ils prennent la peine de se les laver… Cette première et longue scène est absolument orgasmique : le spectateur découvre des personnages, magnifiquement introduits, et se surprend aussi à en voir certains quitter l’histoire sur le champ – la faute à un coup de tournevis mal placé. Surprise, maîtrise, science de la mise en scène (par exemple lorsque le réalisateur se joue du zoom arrière pour replacer le cadre de l’action et en changer le sens) et narration bien pensée – Ishihara sublime le genre en se jouant des limites d’un budget que l’on devine pourtant minuscule.

Tout le film est du même acabit : OSAKA VIOLENCE brosse un portrait sans concession de la criminalité japonaise – ici dans une lointaine banlieue d’Osaka (Ibaraki ? Taishô ?). Criminels en col blanc, bagarreurs impénitents, voyous incultes, gros bras au grand cœur… Tous les étages de la « profession » y passeront – jusqu’aux enfants, ici au centre des débats. Des gamins d’ailleurs remarquablement bien écrits (à défaut d’être très bien interprétés), et dont la psychologie évoluera au fil du récit – jusqu’à la scène finale et l’acceptation de la violence par un gosse qui aura eu bien du mal à s’en sortir malgré un père travailleur et méritant. Si le réalisateur semble parfois grossir volontairement le trait – certaines situations rappelant davantage l’après-guerre que la ville d’Osaka dans les années 2000 – il signe malgré tout un titre majeur, entre film de yakuzas sublimant le modèle du V-Cinema, et chronique sociale parfois très dure. Certaines scènes font en effet très mal, quand d’autres amusent ou surprennent. Attention au contre-pied !

OSAKA VIOLENCE : un film coup de cœur, et coup de poing.

Oli :        
Yasuko :

PS : un grand merci à Wuhien pour m’avoir fait découvrir ce réalisateur.

Trailer :

Trailer compilant les trois films (OSAKA VIOLENCE, SNAKE OF VIOLENCE, CONTROL OF VIOLENCE) :

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Quick Review in English:

+ Grand Prix Yûbari Festival 2012
+ Very good scenario, very well written characters
+ Despite the (very) low budget, the director did great things
+ He has many ideas – what a scene, with the rear zoom!
+ What a great and surprising first scene
+ Moving characters
+ Realistic – some violent scenes really hurt!
+ Yakuza eiga meets social satire
+ Osaka’s suburbs!

– Very low budget, if you don’t know V-Cinema, you may not like this film
– Non-professional actors and actresses – some of them cannot really act

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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Un commentaire pour Ôsaka gedô, Ishihara Takahiro (2012)

  1. Wuhien dit :

    Super critique! Je te rejoins sur tous les points: l’écriture des personnages est bien au-dessus de ce qui se fait habituellement dans le genre, la musique également y est parfaite, à la fois tribale et moderne, elle renforce l’atmosphère bien lourde de certaines scènes de violences (« certaines scène font très mal » comme tu dis) et quel plaisir de découvrir de nouvelles trognes dans le cinéma japonais, surtout dans le genre yakuzas type V-Cinéma, où ce sont toujours les mêmes 10 acteurs de premier plan: tous de l’écurie All In Entertainment (ancien GP Museum Soft), qui s’interchangent les rôles.

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