Ôsaka jadô, Ishihara Takahiro (2015)


ÔSAKA JADÔ, aka Snake of Violence
大阪蛇道
Année : 2015
Genre : Osaka venimeuse
Production : Ishihara Movie Factory / Nitro Juice Films
Réalisation : Ishihara Takahiro
Avec : Sakaguchi Tak, Nishina Takashi, Yamanaka Arata, Tabata Tomoko, Kihara Masatoshi, Oomiya Shôji, Fukumoto Seizô, Kaidô Rikiya, Katakura Waki, Kodama Nanako


Atsushi, Kanako et Kenji, trois gamins quelque peu livrés à eux-mêmes, s’amusent comme ils peuvent avec ce qu’ils ont sous la main. Ils jouent parfois à imiter ces adultes qui roulent des mécaniques, qu’ils fassent partie d’un gang ou pas. Ils doivent aussi souvent faire profil bas, pour ne pas s’attirer les foudres des autres enfants qui aiment se moquer de Kenji – muet et défiguré depuis qu’il a été gravement blessé lors d’un incendie. Le pauvre Kenji, qui a aussi perdu ses parents, sera vendu comme une marchandise à un yakuza. Il perd alors Atsushi et Kanako de vue… Vingt-cinq années plus tard, on retrouve les deux garçons qui font tous deux carrière dans le crime, à Osaka. Mais à des étages bien différents…

Malgré un budget minuscule et un casting constitué d’amateurs, Ishihara Takahiro avait réussi le pari fou de retourner le jury du festival de Yûbari, en 2012. Passé honteusement sous le radar d’échec et (ciné)mat à l’époque, ce n’est que très récemment que j’ai eu la chance de découvrir la trilogie « OSAKA VIOLENCE » de l’intéressé. Trois films qui n’ont pas de réels liens entre eux, si ce n’est la ville d’Osaka et sa criminalité – qu’elle soit en culottes-courtes, survêt, costard-cravate ou marcel de compétition avec tatouages apparents. On a la classe ou on ne l’a pas.

Le début de SNAKE OF VIOLENCE, deuxième film de la trilogie, rappelle quelque peu le premier chapitre : des enfants paumés dans une banlieue presque rurale qui se serrent les coudes, roulent parfois un peu des mécaniques en se prenant au jeu (de main-de vilain ?) des adultes… Des enfants qui subissent aussi parfois des sévices insondables. Le dernier gros plan de cette intro, qui enchaîne magistralement sur un long plan-séquence dans le centre-ville d’Osaka 25 ans plus tard, donne le ton : Ishihara Takahiro a déjà tout d’un grand.

Si le réalisateur semble avoir cette fois-ci bénéficié d’un budget bien plus conséquent, l’habillage reste malgré tout à relativiser : nous sommes bien en face d’une petite série B, sauce DTV. Les habitués ne seront pas dépaysés mais les autres, eux, risquent de tiquer – mais ces derniers ne devant pas lire échec et (ciné)mat, il y a peu de chance qu’ils tombent sur cette chronique et qu’ils se lancent dans le visionnage de SNAKE OF VIOLENCE dans la foulée. Eh bien tant pis pour eux ! Car SNAKE OF VIOLENCE est un sacré bon film – pour qui sait, pour qui peut faire fi des défauts inhérents aux toutes petites productions. Tout d’abord, les premiers rôles sont interprétés par des professionnels. Et ça fait du bien, surtout après les errances de certains des acteurs d’OSAKA VIOLENCE (le premier film, je précise pour celui du fond qui ne suit pas). Certes, les acteurs et actrices en question ne sont pas des grosses pointures, mais Sakaguchi Tak, Nishina Takashi (deux habitués d’échec et (ciné)mat), Tabata Tomoko, Yamanaka Arata ou encore le vénérable Fukumoto Seizô dans un tout petit rôle, sont de vrais professionnels qui apportent indéniablement quelque chose. Quoi donc me direz-vous ? On me souffle le mot à l’oreille : le talent.

Si SNAKE OF VIOLENCE est plus classique et moins social que OSAKA VIOLENCE, il est loin d’être un yakuza eiga comme les autres : il fourmille de bonnes petites idées, à la fois sur le fond (l’humour, les surprises) et la forme – un plan-séquence, un joli zoom arrière qui avait déjà fait ses preuves dans OSAKA VIOLENCE, etc. Ishihara Takahiro n’a donc rien perdu de son inventivité, et si le personnage principal du tueur taciturne (ici pour des raisons de santé) est un grand classique du film noir, la manière dont Tak communique avec son lieutenant est absolument irrésistible. D’autres individus risquent de vous surprendre tout autant, en particulier lorsque Ishihara s’amusera à multiplier les sources du mal – je n’en dis pas plus pour ne pas vous gâcher la surprise.

Moins indispensable que OSAKA VIOLENCE, parfois très (trop) classique, SNAKE OF VIOLENCE parvient heureusement à se réinventer au fil du récit. Et si les scènes d’action n’ont rien de mémorable (petite série B oblige), la narration surprend parfois dans le bon sens du terme, avec notamment une fin qui semble s’étirer inutilement, avant de trouver tout son sens et de toucher durablement.

Oli :        
Yasuko :

Trailer :

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Quick Review in English:

+ Ishihira is back with a bigger budget – even if it’s still a low one ^^
+ Now, his actors and actresses are, for most of them, professionnals
+ Sakaguchi Tak, Nishina, Tabata Motoko, Yamanaka Arata: they are good
+ Cameo of Fukumoto Seizô! Yeah!
+ Better photography than the first OSAKA VIOLENCE movie
+ Not as original as the first movie, but some good ideas
+ Very good humour (when Tak « talks » to his handman, the tatoo scene, etc.)
+ With a low budget, Ishihara can do marvelous things
+ Surprising characters (the bad guy from nowhere!)
+ Slow-paced and very good ending, I liked it very much
+ Osaka (Umeda, Kitashinchi…): so glad to see Osaka in a movie

– It’s still a B-movie (with its flaws), don’t expect a huge production
– The action (Tak!) is not so well directed – Ishihara will improve I’m sure
– Not as deep and touching as the first OSAKA VIOLENCE movie…
– … even if Nishina is touching (his wife, the end…), Tak is not
– Nishina should be like his father: a movie star. Too bad he’s not very popular

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです https://echecetcinemat.wordpress.com/ Blog dédié aux jeux vidéo, en particulier rétro : Jeux vidéo et des bas https://jeux.dokokade.net/ 
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2 commentaires pour Ôsaka jadô, Ishihara Takahiro (2015)

  1. Wuhien dit :

    Super critique! Je rajouterai que le réalisateur a assumé complètement son côté série B, avec l’ajout d’humour par rapport au premier volet et que ça fonctionne plutôt bien (le duo de « manzai » pendant les repas entre Nishina et son collègue).
    J’ai hâte de lire ta critique du 3ème volet! J’ai vu entre temps Violence PM: son premier long qui est brouillon de sa trilogie: on y trouve l’enfance des yakuzas, un plan séquence qui rappelle l’intro 25 ans après de Snake of Violence, une partie des mêmes acteurs, un tueur fou comme dans le 3ème volet qui fait la même chorégraphie d’intro à la baston (la moulinette des bras)…

    • Oli dit :

      Merci beaucoup pour tes avis éclairés ! Toujours un plaisir de te lire. La review du troisième film n’est pas encore d’actualité, il faut que je m’y mette… Mais il faut vraiment parler de ce film (comme des autres) sur Internet. Ce serait dommage que des amateurs de films de ce genre-là passent à côté. VIOLENCE PM ? Il va falloir que je me penche dessus alors, ah ah ah !

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