Zenra kantoku – The Naked Director, Take Masaharu, Uchida Eiji… (2019)


ZENRA KANTOKU – THE NAKED DIRECTOR, aka The Naked Director
全裸監督 -The Naked Director-
Année : 2019
Genre : AV, César !
Nombre d’épisodes : 8
Production : Netflix
Réalisation : Take Masaharu, Uchida Eiji, Kawai Hayato
Avec : Yamada Takayuki, Mitsushima Shinnosuke, Morita Misato, Tamayama Tetsuji, Emoto Tokio, Itô Sairi, Gotô Takenori, Lily Franky, Kunimura Jun, Ishibashi Ryo, Ninomiya Ryûtarô, Koyuki, Hyunri, Pierre Taki, Yo Kimiko, Tomite Ami, Nishioka Tokuma, Uno Shôhei, Itao Itsuji, Jade Albany Pietrantonio, Uehara Miku, Kawakami Nanami, Ikeuchi Mansaku, Maruyama Tomomi, Maro Akaji, Tamaoki Leo, Tsuchihira Donpei, Yabe Taro, Yonemoto Takato, Yoshida Kôtarô, Mia Adams, Mark Chinnery, Mimi Torres, Uchida Chika


Sapporo, début des années 80. Après avoir perdu son travail, ses enfants et sa femme (qui le trompe parce qu’il ne l’a jamais satisfaite au lit), Muranishi Tôru va rebondir dans un monde qu’il ne connaissait pas, et grâce auquel il va pouvoir s’affirmer, révéler sa véritable personnalité : le porno. Vendeur particulièrement doué, il va prendre tous les risques pour démocratiser l’accès aux magazines pornographiques – vendus sous cellophane et censuré, au Japon. Mais que se passera-t-il lorsque la vidéocassette va envahir le marché ?

THE NAKED DIRECTOR est l’adaptation en série d’un livre en partie autobiographique de Muranishi Tôru, qui devint peu ou prou une légende du monde des AV au Japon. Le pape du slip tendu. L’empereur mouillé du porno ! Netflix a mis les petits plats dans les grands, avec des techniciens de qualité (Uchida Eiji réalisateur de GRATEFUL DEAD, Yamamoto Hideo directeur de la photo pour Miike ou Kitano) et un casting absolument exceptionnel, loin, très loin de ce que le cinéma grand public japonais nous propose généralement. Ici, oubliez ces acteurs et actrices issus du monde des idoles ou des groupes de musique. Ces fraudes. Non, ici pas de Ayase Haruka ou de garçons travaillant dans la Jpop, mais un casting quatre étoiles de vrais professionnels. Yamada Takayuki est tout simplement immense (jusque dans sa façon de parler, calquée sur le vrai Muranishi), Lily Franky, Kunimura Jun, Ishibashi Ryo, Pierre Taki (toujours blacklisté pour avoir consommé de la drogue ?) et même les jeunes, dont la surprenante Morita Misato… Ils sont tous gigantesques.

Pour vous dire la vérité, je suis régulièrement déçu par les séries américaines depuis plusieurs années. Si on peut légitimement penser que THE NAKED DIRECTOR a profité du succès de THE DEUCE (que je n’ai pas vue),  beaucoup de ces séries souffrent selon moi du syndrome MCU : prises au piège d’un carcan imposé, d’un modèle prémâché. Malgré un matériau de base de qualité, beaucoup d’entre elles demeurent prisonnières d’une structure narrative qui se retrouve d’une série à l’autre. Ce n’est donc pas une surprise si deux des séries qui m’ont le plus surpris/plu/transporté ces dernières années ne sont pas vraiment américaines mais… allemande et japonaise : DARK et THE NAKED DIRECTOR !

Outre ses qualités techniques et d’interprétation, THE NAKED DIRECTOR est surtout excessivement bien écrit. Le scénario, qui propose une espèce de plongée implacable dans le monde du porno japonais encore brinquebalant du début des années 80, est passionnant. Yakuzas, alcool, argent, coups montés, police plus ou moins efficace quand elle choisit de l’être… on n’est parfois pas très loin de THE WOLF OF WALL STREET, de Scorsese – toute proportion gardée. La reconstitution de ces années 80 est d’ailleurs l’une des grandes réussites de la série. Un vrai voyage dans le temps et la découverte, pour moi, d’un monde que je ne connaissais pas : le début du porno de masse au Japon, avec ces magazines que s’arrachaient les hommes avant l’explosion de la vidéocassette. Les vinibon (hon – livre – enfermés dans du plastique – ou vinyle) et les urabon (ura – dark – interdits car non censurés, vendus sous le manteau). Puis les VHS donc, l’apparition des mosaïques, leur justification pernicieuse par certains pontes du genre de l’époque, etc. Honnêtement, c’est assez fascinant. Et puis il y a l’odyssée de Muranishi, qui veut faire les choses autrement. Une véritable aventure humaine – presque une croisade malsaine : il court après son Graal, tente de décrocher la Lune (en particulier sa fesse cachée). Dans la série, l’un des yakuzas dira de lui qu’il a « des couilles en acier ». Je dois avouer que son histoire est assez incroyable, et même s’il s’agit ici du monde des AV (si l’intéressé avait milité pour la fin de la misère en Afrique ça aurait été plus glorieux j’en conviens), voir ainsi se dresser un seul homme face à l’establishment tout entier (jusqu’à l’administration très officielle pas toujours très propre ni très logique), ça impose un certain respect. En gros, oui : on a envie de le voir se relever, de le voir triompher. Ce n’est pas un parcours d’obstacles qu’il devra franchir les yeux bandés et les deux mains attachées dans le dos pour réussir, mais carrément un champ de mines ! Les autres personnages ne sont pas en reste. Notamment Kuroki Kaoru, qui se lança dans les AV pour affirmer son indépendance et qui devint, au Japon, relativement célèbre pour ses positions très féministes – il y a 30 ans, je vous rappelle que ce n’était pas gagné dans ce pays… THE NAKED DIRECTOR serait-il aussi le récit de la fin d’une époque, le début d’une nouvelle ère ?

Tout n’est évidemment pas rose, dans ce semblant de pinku. Il peut aussi s’y passer des choses graves. Administration corrompue, jeunes femmes dont la vie sera brisée en même temps que leur fragile carrière… comme jetées en pâture. Ou à la poubelle. Façon mouchoir usagé. Ce mélange des tons et des genres est l’une des forces de THE NAKED DIRECTOR. Si l’humour est absolument irrésistible, parfois noir, fin, premier degré ou grinçant, une certaine cruauté s’invite aussi régulièrement à la table de ce festin improbable. Ce qui fait de cette série un spectacle absolument immanquable.

Oli :        
Yasuko :

Trailer :

Bonus, les vraies premières minutes du 1er film de Kuroki avec Muranishi :

Kuroki Kaoru (la vraie, encore, sur les plateaux de télé) :

Longue et récente vidéo avec Muranishi :

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Quick Review in English:

+ This serie is a masterpiece: 8 episodes, 8 wonderful episodes
+ Inspired by the true story of Muranishi, who changed the rules of AV industry…
+ … And maybe thanks to him and Kuroki much more things changed in Japan?
+ Funny, so funny. And sometimes really dark
+ The casting is fantastic, the actors and actresses are wonderful
+ Japan during the 80s… It’s so well done, so interesting
+ Sometimes it’s almost a thriller: yakuzas, plots, drugs, black market…

– Inspired by THE DEUCE?

 

 

 

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです https://echecetcinemat.wordpress.com/ Blog dédié aux jeux vidéo, en particulier rétro : Jeux vidéo et des bas https://jeux.dokokade.net/ 
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4 commentaires pour Zenra kantoku – The Naked Director, Take Masaharu, Uchida Eiji… (2019)

  1. Wuhien dit :

    Je suis carrément en accord avec ta critique, j’ai adoré également, je l’ai regardé d’une traite tellement c’était passionnant (notamment sur l’historique du développement des AV donc je connaissais peu de choses). L’écriture des personnages jusqu’aux seconds rôles et surtout les dialogues (le gros point faible habituel des j-drama) sont tous deux de haute qualité. Les acteurs sont tous géniaux et investis (le « triel » Lily Franky/Ryo Ishibashi VS Yamada Takayuki est vraiment croustillant à regarder).

    Le seul point faible que je pourrai lui trouver, c’est que malgré un très bon travail sur la photo et les décors, on voit nettement que la ruelle extérieur du studio de tournage à Kabukicho (dans la série) est clairement un décors studio, mais vraiment je chipote.
    Merci beaucoup pour les documents d’époque !

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