Piercing, Nicolas Pesce (2018)


PIERCING
ピアッシング
Année : 2018
Genre : un réal’ qui va percer
Pays : États-Unis
Production : BorderLine Films / Memento Films
Réalisation : Nicolas Pesce
Avec : Christopher Abbott, Mia Wasikowska, Laia Costa, Olivia Bond, Maria Dizzia, Marin Ireland, Dakota Lustick, Wendell Pierce


Jeune papa, Reed semble avoir une vie de famille normale. Il est en réalité rongé par des démons, une envie de tuer… d’enfoncer un pic à glace, pourquoi pas dans le corps de son bébé ? Résolu à ne pas sacrifier son enfant mais contraint d’expurger ses pulsions, Reed va planifier un meurtre. Il va tout préparer, le plus sérieusement possible. Un hôtel. Du chloroforme. Une prostituée. Et bien évidemment, un pic à glace.

Lorsque des Japonais me demandent quels sont mes écrivains préférés parmi leurs compatriotes, je réponds généralement Edogawa Ranpo et Murakami Ryû. Ceux-ci m’interpellent alors, presque systématiquement : « Murakami Haruki ? ». Non, non : Murakami Ryû. Moins connu que le prophète en son pays qu’est Haruki. Plus étrange. Moins académique aussi. Bref, il remplit toutes les cases givrées pour me plaire. Me déranger. Parfois les quatre fers en l’air.

Si Murakami Ryû a déjà adapté lui-même ses écrits au cinéma (j’aime beaucoup TOPAZ), il n’a plus rien réalisé depuis près de 20 ans. Ce n’est pas bien grave puisque d’autres s’en sont chargé à sa place. C’est notamment le cas de Nicolas Pesce, déjà auteur de l’intéressant THE EYES OF MY MOTHER en 2016, et qui revient avec PIERCING, signé Murakami Ryû. L’histoire plutôt originale de Reed, un jeune père torturé par une cruelle envie de tuer son bébé d’un coup de pic à glace (encore un qui a trop maté BASIC INSTINCT…). Le scénario pourrait rapidement sombrer dans le ridicule mais il a l’heureuse idée d’emprunter des chemins de traverse assez inattendus. Conscient d’avoir un problème, Reed va se résoudre à crever l’abcès : tuer quelqu’un avec un pic à glace, et si possible pas son fils mais une prostituée. Surtout une prostituée. Rapport à son passé ?

On assistera alors aux répétitions maladroites et presque drôles de ce tueur en série en devenir, qui ira jusqu’à respirer du chloroforme pour en mesurer les effets. Puis il se décidera enfin à louer les services d’une prostituée… mais comme vous pouvez aisément le deviner, rien ne se passera véritablement comme prévu, avec de jolies surprises à la clé, jusqu’à cette fin que j’ai tout simplement adorée.

Ce thriller froid au sang chaud, esthétisé à outrance, extrêmement référencé, ne plaira pas à tout le monde. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé le côté maniéré de la réalisation, le bleu presque transparent des scènes de taxi, qui tend vers le velours sur lequel on finira par marcher dans une chambre rouge profond, aux accents très lynchiens. Ici un couloir dont l’abîme glouton rappelle SUSPIRIA, là des musiques de Goblin, quelques décors extérieurs volontairement très « studio » pour renforcer l’artificialité de l’ensemble – cette fragile frontière entre le rêve et la réalité, et encore une fois l’ombre de David Lynch qui plane au-dessus des protagonistes. Les hommages de Nicolas Pesce à Lynch et à Argento (voire à Cronenberg) pourront paraitre de trop. Faciles. Gratuits. Futiles ? Chacun aura une réponse différente à cette question. Avec moi, ça a fonctionné – d’autant plus que le livre originel semblait déjà puiser dans la mythologie lynchienne. D’autres spectateurs pourraient au contraire fort bien rester de glace. Nicolas Pesce parviendra-t-il à la briser, d’un coup de pic bien placé ?

Oli :        
Yasuko :

Trailer (je vous conseille plutôt de vous lancer dans le film sans voir la BA) :

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Quick Review in English:

+ Pesce is a good young director (The Eyes of my Mother)
+ This time it’s even better than before: great atmosphere, disturbing characters
+ Nothing is done randomly, even the strange outside sets
+ Dream, reality, a Lynch’s touch, like the book written by Murakami Ryû
+ Fear, pain, desire… The story leads towards several surprises. Very interesting
+ Kit Haring… euh Christopher Abbott is good
+ Mia Wasikowska is great too
+ I liked the ending
+ Many references, even hommages (Lynch? Carpenter? Cronenberg?)

– Some spectators may think that those references are too easily done
– It’s true: some musics from the Goblin for instance, was it necessary?
– Of course not. But I don’t care, I liked it!
– Aestheticized? Cold? Artificial? Perfectionist? Maybe. Some may not like that style
– But I did. From my point of view there was a purpose behind all this
– But I would understand that someone else thinks differently

 

 

 

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam. Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです https://echecetcinemat.wordpress.com/ Blog dédié aux jeux vidéo, en particulier rétro : Jeux vidéo et des bas https://jeux.dokokade.net/ 
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