Bara no sôretsu, Matsumoto Toshio (1969)


BARA NO SÔRETSU, aka Funeral Parade of Roses, aka Les funérailles des roses
薔薇の葬列
Année : 1969
Genre : à fleur(s) de peau
Production : Art Theatre Guild / Matsumoto Production
Réalisation : Matsumoto Toshio
Avec : Peter, Osagawara Osamu, Jô Yoshimi, Nakamura Koichi, Umeji Flamenco, Oota Saako, Manji Tarô, Uchiyama Toyosaburo, Shibayama Mikio, Hikonagi Wataru, Gomi Fuchisumi, Kobayashi Chieko, Satô Yô, Takenaga Keiichi, Hirata Mamoru

Tokyo dans les années 60. Eddie, qui travaille dans un gay bar, est un jeune travesti qui vit une idylle avec l’amant de sa patronne. Parallèlement à ces menus tracas, Eddie semble également dissimuler quelque chose… Derrière la légèreté de ses sourires, résonne aussi une certaine gravité…

BARA NO SÔRETSU, ou FUNERAL PARADE OF ROSES, est une production de l’Art Theatre Guild, autant dire un bébé du pape du pop-art expérimental japonais qui fit les beaux jours, les nuits blanches et les matins enfumés des réalisateurs audacieux dans les années 60, 70 et 80. Les yeux embués, le cœur battant et les cernes creusées, les techniciens de cette époque rivalisaient souvent d’ingéniosité pour briser les habitudes, casser les tabous. Quoi de mieux qu’une nouvelle vague gigantesque pour submerger une montagne de codes préétablis, aveuglée par les profits ? Réalisé par Matsumoto Toshio (qui confirmera avec le sublime SHURA), FUNERAL PARADE OF ROSES réussit un double pari, fou : dynamiter aussi bien le fond, que la forme du média cinéma, poussant parfois le vice de la création jusqu’à la mise en abîme – plus ou moins frontale. L’acteur Peter (qui tournera ensuite dans RAN et deviendra une super star à la télé) a, comme le personnage qu’il incarne, lui aussi connu des difficultés dans sa jeunesse contrariée… Fils d’un grand artiste de danse traditionnelle, il n’a pas repris le glorieux flambeau de son père… mais est parti vivre avec sa mère. Peter… Un Film Noir pour une femme fractale ?

L’histoire est osée. Posée. Surprenante à d’autres moments, notamment durant ce dénouement que je ne vous dévoilerai pas mais qui va volontairement trop loin – le film s’y transforme alors en une espèce de pièce de théâtre maudite façon tragédie grecque, où le désespoir le dispute aux mythes. Mais BARA NO SÔRETSU ne se contente pas de distiller çà et là les tristes anecdotes de vie du jeune travesti Eddie, comme une espèce de fil rose à peine visible mais bien palpable. Il tisse également sa toile autour du Japon des années 60 et le monde des homosexuels tokyoïtes : leurs vies, leurs difficultés, leurs désirs… leurs rêves aussi. Vivre sa vie ? Le portrait des lieux n’est jamais scabreux, et les différents protagonistes de l’histoire ne sont pas là pour s’apitoyer sur leur sort. Ces gens ont du courage. Leur sourire en est la preuve. Même si la chute est parfois brutale ?

Mais si les pétales de FUNERAL PARADE OF ROSES sont parvenus jusqu’à nous, en survivant à l’usure du temps, c’est aussi grâce à leurs épines : le film pique, titille, réveille et malmène constamment les sens des spectateurs. Avec son scénario décousu, ses chapitres sens dessus dessous se permettant d’audacieux allers-retours dans l’intrigue, FUNERAL PARADE OF ROSES interroge. Avec sa réalisation complètement folle, des plans surprenants, ses prises de risque de tous les instants, le film nous prend à la gorge – un amour vache qui peut fatiguer… ou subjuguer, c’est selon. Pour ma part FUNERAL PARADE OF ROSES m’a littéralement transporté, ému, amusé… bousculé. Un film expérimental. Maîtrisé. Fatal ?

Oli :        
Yasuko :

Trailer :

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Quick Review in English:

+ Art Theatre Guild: intelligent productions, clever movies, don’t really care about profits
+ Original, powerful, funny, moving, dark, experimental… with a Godard’s touch?
+ A fireworks of emotions – in black&white!
+ The story is good: the real background is almost a documentary, and the fictional one…
+ … is like a Greek tragedy?

– Maybe too experimental for some spectators?



God-art ?

 

 

 

 

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam. Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです https://echecetcinemat.wordpress.com/ Blog dédié aux jeux vidéo, en particulier rétro : Jeux vidéo et des bas https://jeux.dokokade.net/ 
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