Kurui Musashi, Shimomura Yûji (2020)


KURUI MUSASHI, aka Crazy Samurai Musashi
狂武蔵
Année : 2020
Genre : con-cept
Production : Dual Visions
Réalisation : Shimomura Yûji
Avec : Sakaguchi Tak, Saitô Yôsuke, Yamazaki Kento, Hiura Ben, Yamanaka Arata, Hara Fuka, Kimura Kôsei, Morimoto Nobu, Sai Akihiko, Takarai Masaaki


Le sabreur de légende Miyamoto Musashi va devoir faire face à l’un de ses plus grands défis : un combat, que dis-je… une bataille rangée, seul face à une armée de samouraïs aguerris et de mercenaires prêts à tout. Même à perdre la vie ?

J’ai le plus profond respect pour Shimomura Yûji et Sakaguchi Tak, qui se sont souvent démenés dans des rôles parfois ingrats, car peu mis en avant : cascadeurs, action director… mais aussi de premier plan, fort heureusement, comme réalisateur et bien sûr acteur pour le second nommé. Jamais à court d’idées mais souvent d’argent, les intéressés sont malgré tout aujourd’hui reconnus par la profession : ils bossent souvent sur de grosses productions, mais comme je l’ai déjà dit ils y récitent souvent leurs partitions dans l’ombre. Courageux, Shimomura et Sakaguchi se lancent aussi parfois dans de toutes petites productions afin de mettre en branle et en images leurs idées folles, qui ne passeraient pas nécessairement dans un film destiné au grand public : RE:BORN en faisait partie. CRAZY SAMURAI MUSASHI en représente un peu l’apothéose bancale, à la fois ébouriffante et pleine d’ecchymoses – fatales ?

Dans CRAZY SAMURAI MUSASHI, les deux compères se sont lancé un pari fou : relater le combat légendaire de Musashi, seul contre 400 adversaires… en une seule prise ! Et ici pas de doute possible : si Hitchcock avait usé et abusé de diverses ficelles pour donner l’illusion d’un unique plan-séquence dans le magistrale THE ROPE, si Iñárritu avait bien évidemment eu recours à des trucages plus sophistiqués pour réaliser l’excellent BIRDMAN, Shimomura Yûji lui, n’abuse aucunement le spectateur : son plan-séquence de 77 minutes environ n’est aucunement truqué – d’ailleurs même s’il avait souhaité le faire, j’imagine qu’il n’aurait pas eu les moyens d’engager une compagnie de pointe dans les CGI.

Alors oui, vous avez bien lu : dans CRAZY SAMURAI MUSASHI il y a un plan-séquence de 77 minutes, un truc complètement dingue…. Car ces 77 minutes sont constituées de combats au sabre presque non-stop, c’est absolument incroyable. Quelle débauche d’énergie, de talent… de répétitions avant d’effectuer le grand bond en avant ? Il s’agit d’un tour de force absolument mémorable, physiquement (Tak s’est même cassé un doigt au bout de 5 minutes mais a continué en serrant tellement les dents qu’il s’en est abimé quatre) et techniquement parlant. Les combats, de plus, dégagent un réalisme certain qui ferait presque de ce film, un documentaire : pas d’accélérations, de sauts improbables… mais des combattants qui ont peur, reculent, tentent une attaque de fortune… On imagine que c’était peut-être un peu comme ça, à l’époque. Mourir sur un mauvais coup, une erreur, une simple botte…

Hélas, j’ai beau être un grand amateur de cinéma martial (en 2011 j’avais d’ailleurs trouvé le plan-séquence des deux compères dans YAKUZA WEAPON très efficace), j’ai eu du mal à regarder CRAZY SAMURAI MUSASHI d’une seule traite. Tout d’abord parce que certains petits défauts finissent par devenir voyants : Musashi n’est presque jamais pris à revers, et certains adversaires ont parfois tendance à se jeter bêtement sur sa lame légendaire. Enfin, et surtout, un tel exploit n’est pas ce que j’attends du cinéma. En cela, CRAZY SAMURAI MUSASHI est à mes yeux davantage un concept, un défi impensable qu’un vrai film de cinéma. La preuve ? Le long métrage s’ouvre sur 7 minutes filmées « normalement » qui se concluent par une attaque aérienne absolument dantesque de Musashi. La conclusion est du même acabit : 6 ou 7 minutes savamment coupées et montées, qui dégagent une puissance folle. C’est aussi ça le cinéma : l’artificialité qui sublime la normalité, un montage au cordeau qui transporte le spectateur. Et c’est triste à dire, ça me fait vraiment mal au cœur d’écrire cela, mais ces deux courtes séquences de CRAZY SAMURAI MUSASHI sont plus jouissives et intéressantes à suivre que le long plan-séquence de 77 minutes qui, s’il constitue un exploit technique et humain, finit aussi hélas par ennuyer en se révélant un peu vain. Techniques et vifs, les combats de Musashi deviennent aussi rapidement répétitifs, à la manière du triste mythe de Sisyphe.

CRAZY SAMURAI MUSASHI fut aussi le dernier long métrage tourné par Saitô Yôsuke, décédé le 19 septembre 2020. Cette gueule en biais inoubliable du cinéma japonais me manquera. Qu’il repose en paix.

Oli :        
Yasuko : 

Trailer :


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Quick Review in English:

+ The last movie of Saitô Yôsuke. RIP Saitô san…
+ I have a lot of respect for Shimomura Yûji and Sakaguchi Tak
+ They always manage to do their best, even when the budget is low
+ In 2011, they already tried a one-shot feature scene, in Yakuza Weapon
+ The first 7min and the last 7min are well edited, very nervously shot
+ Yes it’s impressive, I really like this team!
+ But the main part of the movie is a one-shot feature scene: 77 minutes!!!
+ It’s incredible, no cut, nothing, it’s a real one-shot including so many fights
+ It’s a human, martial and technical feat!

– But… it’s boring most of the time, and it hurts me to write that
– I prefer a real movie, cut, edited, etc. A long one-shot scene can be incredible…
– … but during 77 minutes, it’s far too long
– For instance sometimes, you can see the tricks of the team
– The 1st one: Musashi is almost never attacked from behind
– The 2nd one: sometimes bad guys seem to jump on Musashi’s katana
– Of course those are minor flaws, as I said the one-shot scene is great but…
– I repeat myself: it’s too long. And I can proove it: the best parts of the movie are…
– … the beginning and the end, when the fights are cut/edited: it’s great!

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam. Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです https://echecetcinemat.wordpress.com/ Blog dédié aux jeux vidéo, en particulier rétro : Jeux vidéo et des bas https://jeux.dokokade.net/ 
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11 commentaires pour Kurui Musashi, Shimomura Yûji (2020)

  1. Genki Jason dit :

    Ah, so sticking to the one-shot concept strangles the enjoyment. Having sat through many Sushi Typhoon films, I know the exhaustion that sets in during non-stop mayhem in some of the longer ones.

  2. Jonathan Asia dit :

    J’ai beaucoup aimé pour ma part, sacré tour de force !

  3. princecranoir dit :

    Tu m’intrigues avec ce Musachi en plan séquence !
    Mais je vois que tu as la même lecture que moi de cet usage démonstratif du procédé qui fait fi de toute grammaire cinématographique. Ils sont bien peu les films pertinents qui font un usage éclairé de ce procédé. Pour ma part « Birdman » n’en fait pas partie, ce film m’a exaspéré au plus haut point. Je préfère et de loin, le faux plan séquence de « 1917 », sorti la même année que ce Musachi. Et si on veut rester honnête et sans coutures masquées, on dit aussi grand bien d’un Sokourov tourné à l’Ermitage (un des films que je me suis promis de voir).
    Bref, ton commentaire sur les parties introductive et finale ne m’étonne pas, et vont dans le sens de ce que je pense.
    Les grands esprits… 😉

    • Oli dit :

      On est bien d’accord alors. Je précise d’ailleurs que, concernant BIRDMAN, j’aime ce film non pas pour son fameux « faux plan-séquence », mais plutôt pour son histoire et la prestation de Keaton, que j’adore. THE ROPE aussi, c’est un peu particulier. Ça donne au film un côté pièce de théâtre du plus bel effet je trouve (le film adapte une pièce d’ailleurs, si j’en crois mes souvenirs).

      • princecranoir dit :

        Pas fan non plus du Hitchcock. Lui même avait reconnu avoir fait une erreur en optant pour ce parti pris. Quand le cinéma redevient du théâtre filmé, il oublie qu’il est tellement plus que cela.

      • Oli dit :

        Je comprends ton point de vue. Par contre pour l’avis de Hitchcock, pas vraiment. Ce n’est pas parce qu’il a dit ça que ça fait de THE ROPE un moins bon film pour autant. Fincher a renié ALIEN3 pour toutes les raisons que l’on sait par exemple, ça n’empêche, ça reste un très bon film. Enfin pour moi. ^^ Ce que j’essaie de dire, c’est qu’un auteur n’est pas nécessairement la personne la mieux placée pour juger son œuvre.

      • princecranoir dit :

        Oui, tu as raison. C’est comme John Ford qui disait, en parlant de « the searchers », « c’est juste un western ».
        Mais pour Hitchcock, il se trouve que je rejoins quand même son point de vue. 😉
        D’accord avec toi sur « Alien3 ». Par contre le suivant… 🤮

  4. Rick dit :

    Vu hier soir, avec un peu de retard donc. Et encore moins aimé que toi.
    Alors oui, la charge de taf derrière, les mois de préparation, de répétition, avoir complété le plan malgré le doigt et les dents pétées, c’est à souligner. Ce pari fou, cette ambition, voir expérimentation aussi. Le côté réaliste des combats également, ça devait dans un sens sans doute ressembler vraiment à ça.

    Mais ça s’arrête là, car que c’est looooooong, que c’est répétitif. J’ai toujours pensé qu’une longue scène d’action, pour fonctionner, avait besoin d’enjeux, de personnages attachants, pour fonctionner en tant que scène d’un long métrage. Ce qui n’est pas le cas ici. Et comme c’est très répétitif, on en vient à voir et sourire devant tous les petits défauts, malgré toute l’honnêteté de l’équipe et son talent. Une ombre de caméraman, un plan trop hésitant, des personnages qui font tous le même coup d’affilé et meurent donc tous de la même manière, du faux sang en CGI, des morts au sol que l’on voit rouler dans le bas du cadre pour quitter la zone de l’affrontement et revenir comme un autre adversaire après.

    Comme toi, j’ai donc eu du mal à aller au bout de l’aventure. Dommage.

    Et je vois ce que tu disais avec le Prince 😉 Et je vous rejoins pour ALIEN 3, j’adore ce film. Oui, avec des défauts, des CGI plus que discutables (1992), mais une sacrée ambiance nihiliste, des moments bien noirs, bien tendus. J’adore !

    • Oli dit :

      On se rejoint quand même. Je comprends tout ce que tu as écrit. Un projet respectable, bravo d’avoir relevé le défi, mais d’un point de vue cinématographique, bof, en fait.

      • Rick dit :

        Le pire défaut qu’un film peut avoir pour moi, c’est d’être ennuyeux. Un film peut être un peu raté, mais divertissant pour diverses raisons. Mais là, oui, c’était ennuyeux passé l’ouverture (très bien), les premiers échanges (réalistes) et le premier sous-boss (bien trouvé pour relancer l’intérêt). Je ne regrette pas de l’avoir vu hein, même si faillis m’endormir devant haha.

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