Jiko bukken: Kowai madori, Nakata Hideo (2020)


JIKO BUKKEN: KOWAI MADORI, aka Stigmatized Properties
事故物件 恐い間取り
Année : 2020
Genre : appart avec vue sur la mort
Production : Shochiku
Réalisation : Nakata Hideo
Avec : Kamenashi Kazuya, Honda Nao, Seto Kôji, Eguchi Noriko, Katô Ryô, Kinoshita Hôka, Uno Shôhei, Mao, Megumi, Barbie, Sakaguchi Ryôtarô, Takigawa Eiji, Kuro-chan, Matsubara Tanishi


Un comédien qui ne rencontre pas le succès avec son duo comique (manzai) va accepter une proposition en désespoir de cause : habiter dans un appartement potentiellement hanté… par les victimes d’atrocités y ayant été perpétrées ? Le contrat est simple : placer différentes caméras dans les lieux, et tenir son producteur au courant de l’évolution de la situation. Contre toute attente, son premier compte-rendu rencontrera un vrai succès sur les plateaux de télévision.

JIKO BUKKEN, le film de Nakata, adapte un livre écrit par Matsubara Tanishi. Dans celui-ci, le comique de profession y décrit très librement les expériences qu’il a vécues dans différents appartements hantés. Et je connais particulièrement bien ces histoires-là pour les avoir suivies dans l’émission OMAERA IKUNA, dédiée aux phénomènes étranges (j’ai même chroniqué certains DVD, par exemple ici). J’ai également eu la chance de voir Tanishi sur scène en juillet 2015, une nuit de Kaidan Kai (on s’y raconte des histoires effrayantes) à Osaka. C’est d’ailleurs à partir de cette époque-là que Tanishi a accédé à une certaine notoriété, disons plutôt une reconnaissance, dans le milieu du surnaturel au Japon.

Il faut bien garder à l’esprit (es-tu là ?) que les documentaires originels de OMAERA IKUNA avaient été réalisés sans aucun ajout ni subterfuge. Aucune apparition spectrale… Aucun son guttural à même de réveiller en nous des peurs ataviques trop artificielles. Juste quelques taches sur certaines vidéos, un accident… et une voix bizarre, c’est vrai, entendue au détour d’une conversation téléphonique entre Tanishi et le réalisateur Kamakura Taisen. Ces petites anecdotes, intéressantes, figurent d’ailleurs dans le film de Nakata. Entre deux apparitions de spectres grotesques en gros plan.

Eh oui… JIKO BUKKEN est en réalité un film d’épouvante bien peu inspiré. Alors que le sujet aurait pu se prêter au minimalisme que Nakata maitrisait parfaitement dans RINGU, et qui se révélait éprouvant et déstabilisant pour le spectateur, le réalisateur japonais nous abreuve ici de fantômes bien visibles, d’apparitions en série… Bref de tout ce qui ne marche pas (plus ?) dans le cinéma d’horreur au Japon depuis bien trop longtemps.

La meilleure partie du film est sans doute le début. On y suit les pérégrinations d’un duo de comiques (manzai) qui ne rencontre pas le succès – et qui en vient à accepter tout et n’importe quoi pour subsister… comme par exemple habiter dans des appartements où des drames ont eu lieu, et donc potentiellement hantés ? Ces instants où le comédien recherche des appartements douteux sont d’ailleurs assez savoureux – et l’actrice qui interprète l’agent immobilier est géniale. Il faut savoir, qu’au Japon, l’agence doit obligatoirement prévenir un éventuel futur locataire si un meurtre ou un suicide a eu lieu juste avant. Mais cette obligation disparait pour le locataire suivant…

Enfin et même si les déboires des deux jeunes manzai me semblent être purement fictionnels (Tanishi n’apparait pas dans le film d’ailleurs, même s’il nous gratifie d’un caméo), ils en disent beaucoup sur la mainmise de ces compagnies sur le divertissement du rire au Japon. Construites sur un modèle pyramidal avec en première ligne la toute puissance du senpai, elles ne sont pas nécessairement très tendres avec l’armée qui constitue pourtant leur base. On raconte même que certaines (Yoshimoto en tête ?) prêteraient elles-mêmes directement de l’argent à leurs comiques débutants/ratés/en devenir afin de les aider, certes… mais aussi se faire des intérêts sur leur dos ! Et gare aux mauvais payeurs…

Film de fantômes à tel point bateau qu’il s’échoue tragiquement sur des apparitions spectrales bien trop banales et scabreuses, JIKO BUKKEN aurait pu se doubler d’une véritable critique, acerbe, du monde des comiques/comédiens de télévision… mais là aussi il finit par rater le coche puisqu’il se contente d’effleurer le sujet. La télévision et le cinéma japonais manquent sans doute de courage, et hélas de liberté, pour aborder de front un thème qui pourrait pourtant donner lieu à un long métrage très instructif… et sans doute plus intéressant que JIKO BUKKEN, triste film d’horreur hanté… par les remords ?

Oli :        
Yasuko :

Teaser :

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Quick Review in English:

+ From the real story of Matsubara Tanishi
+ The appartments look like the ones Tanishi lived in
+ The first part is OK…
+ The search for « strange appartements » is interesting
+ It seems that Nakata criticizes a little bit those « comedy companies »
+ They are so powerful, so unfair sometimes

– But the movie does not go deep enough
– Too many ghosts, no real suspense, it’s ridiculous most of the time
– Ringu’s minimalism would have been a much better way to tell this story
– Because yes… in the real documentaries, Tanishi did not really see any ghosts…

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam. Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです https://echecetcinemat.wordpress.com/ Blog dédié aux jeux vidéo, en particulier rétro : Jeux vidéo et des bas https://jeux.dokokade.net/ 
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6 commentaires pour Jiko bukken: Kowai madori, Nakata Hideo (2020)

  1. princecranoir dit :

    Eh bien, en voilà un qui ne relèvera pas la réputation calamiteuse dont Nakata est affublé depuis quelques années déjà. En te lisant, c’est en effet à se demander comment le réalisateur de « Ring » peut saboter un tel sujet. A moins qu’il ne soit victime lui-même de quelque kaiju perfide qui lui aura ôté son talent. 👹

    • Oli dit :

      Je me demande s’il n’accepte pas ce genre de projet en désespoir de cause (il s’est enfermé dans un genre, ou on l’a enfermé dans un genre), et pour le gros chèque qui va avec. J’ai l’impression d’avoir en face de moi un réalisateur vidé… sans idée… sans passion. Je me trompe peut-être, mais c’est mon sentiment. Après bon… s’il arrive à bien faire vivre sa famille, tant mieux pour lui.

  2. R dit :

    J’attendrais trop de pouvoir voir ce film. Merci pour ta critique qui promet une belle déception haha

  3. Rick dit :

    Ah tiens, le tout dernier Nakata, qui me tentait…au départ. Bon, je pense le voir un jour, mais plus d’urgence, ce n’est pas son retour tant espéré au genre qui l’a fait connaître.
    Il y avait aussi un épisode des HONTO NI ATTA KAWAI HANASHI (l’édition 2018 il me semble) qui parlait de ses appartements loués où s’il y a eu ne serait-ce qu’une demi-journée un nouveau locataire, l’agence n’a plus besoin de parler du drame qui eu lieu précédemment. Et apparemment, et bien c’était meilleur que le film de Nakata.

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