Dossier : V-Cinema

Ces dernières années, l’image du V-Cinema (ou Direct to Video à la japonaise) est marquée du sceau du gore, des filles sexy et de la patte de Iguchi Noboru, Nishimura Yoshihiro et autres fanfarons un peu plus obscurs (espèces d’abscons !). Le buzz fonctionne toujours à plein régime et finalement on ne parle quasiment plus que de ces personnalités sur les forums et sites internet (influents ou pas). Mais tous ces films, plus ou moins (surtout moins) réussis, sont-ils représentatifs du V-Cinema ? Je ne reviendrai pas sur l’histoire de cette appellation (la Toei, etc.) mais plutôt sur quelques critères qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui et qui, me semble-t-il, définissent toujours la chose.

La vérité est ailleurs (de pipe ?)

Il y a un point sur lequel nous serons tous d’accord : le V-Cinema, il sort directement en vidéo, donc maintenant en DVD. Des films comme TOKYO GORE POLICE, ROBOGEISHA, VAMPIRE GIRL VS FRANKENSTEIN GIRL et bientôt les titres de la collection Sushi Typhoon (Nikkatsu) remplissent-ils cette première condition ? Plus vraiment, puisque tout ce petit monde est en effet diffusé en salles au Japon (sortie très discrète, certes, mais sortie quand même) avant d’inonder les vidéoclubs de quartier (que je bénis).

De la même manière, HARD REVENGE MILLY, SHAOLIN BABA et ONECHANBARA (trois des meilleurs films dans leurs genres), qui sont sortis dans de toutes petites salles durant l’été 2008, soit environ deux mois avant la commercialisation des DVD, peuvent-ils encore être considérés comme du V-Cinema ? Quand le délai entre la sortie ciné et DVD est aussi court, et quand on sait que certaines salles sont directement gérées par des vidéoclubs (par exemple les Tsutaya Theaters), je serais tenté de répondre par l’affirmative…puisque le principal marché visé est le locatif, et non celui des salles obscures…mais chacun aura sans doute une opinion différente sur la question.

Ajoutons que le V-Cinema me parait correspondre à des productions sans grand soutien (-gorges, rapport aux scènes topless) ni gros budget, et devant donc rivaliser d’ingéniosité pour livrer un résultat honorable. Même si ce détail ne se vérifie pas toujours, on peut dire qu’il est carrément piétiné par la vague Iguchi-Nishimura and co puisque les films de nos sanglants amis sont tout, sauf fauchés. Préventes à l’export, budget effets spéciaux et maquillages, idoles plus chères (et en chair) que la moyenne…après il est sans doute vrai qu’un néophyte pensera que tous ces films sont fauchés comme les blés (c’est sûr qu’en comparant avec une production hollywoodienne…), mais entre le budget de ROBOGEISHA et celui d’une vraie prod V-Cinema, il y a aujourd’hui un véritable faussé.

Je vis des hauts et débats

La conséquence de tout cela, c’est que certains cultivent une idée déformée du marché locatif de genre au Japon, parce qu’ils prennent pour référence les travaux précédemment cités. Résultat, quand ces personnes visionnent du vrai V-Cinema, ils tombent des nues (non, pas une pluie d’idoles) et jugent très sévèrement ces films sur des points anecdotiques. Les exemples sont nombreux, même sur des sites ayant pignon sur rue. Il suffit de voir de quelle manière GEISHA VS NINJAS a été descendu sur 24framespersecond. Un site très sympa, au demeurant (dans le cas contraire je n’y trainerais par mes guêtres de temps à autres), mais on a l’impression que le chroniqueur a eu la (mauvaise) surprise de sa vie en découvrant le film de Ohara Gô. Oui mais gros malin, il ne fallait pas mettre 20 ou 25 euros dans un tel truc ! Ce cinéma là, à la base, on l’apprécie au doux tarif locatif (ridicule, au Japon). Et GEISHA VS NINJAS n’est effectivement pas un VRAI bon film, mais là n’est pas la question. Il y a seulement différentes manières de le dire. Comparons ce qui est comparable. La dernière ligne de la review, qui fait référence à ROBOGEISHA, est ainsi complètement hors de propos.

Maintenant, il faut aussi bien avouer que, parfois, un bon retour de flammes est pleinement justifié. Les producteurs japonais de GEISHA VS NINJAS ont clairement essayé de gagner le circuit de l’export suite aux succès (au moins d’estime) des films de Nishimura et de ses amis (voire du bon ONECHANBARA). De la même manière, certains petits rigolos chez Zen Pictures éditent depuis quelque temps des DVD en Occident. Les acheteurs ne vont pas être déçus du voyage ! Je le répète, ce spectacle fauché, parfois from outer space (et volontairement bâclé dans le cas de Zen Pictures) ne trouve de réels justification et plaisir que dans le tarif locatif. Ou alors il faut être parfaitement conscient de ce que l’on achète au prix fort…inutile de venir couiner après.

Comme les cyclistes, restons positifs

Le vrai V-Cinema, encore un peu underground, celui qu’on ne trouve pas toujours recensé sur IMDB, celui qui ne tente pas de péter plus haut que son QI (en abusant la clientèle et en essayant de se vendre sur les marchés étrangers), et bien il existe et il ne se porte pas si mal que ça. Et même si on ne peut plus tout à fait parler de Sein Graal, les sorties mensuelles sont toujours extrêmement nombreuses et touchent plusieurs genres : yakuza (domaine que je connais très mal donc je n’en parlerai pas), érotisme, films d’horreur et fantastiques (essentiellement à base de fantômes). Attention néanmoins pour ces derniers, qui sont parfois préalablement diffusés à la télévision (on parlera alors de drama dans ce cas-là).

Mais le terme V-Cinema, tel qu’on l’entendait il y a plusieurs années de cela, a-t-il donc encore un sens ? La démocratisation de la DV a tiré une bonne partie de la production vers le bas, tandis que la surmédiatisation de quelques films gores et sexy a donné une fausse image de cet univers (un pitoyable ?). Et comme nous l’avons déjà vu, pas mal de films tournés dans les conditions d’un DTV sont maintenant diffusés dans quelques salles (très) obscures, avant la diffusion du DVD. Le V-Cinema alors aujourd’hui c’est quoi ? Sans doute plus un état d’esprit qu’autre chose…

Quelques titres de ces deux dernières années, à mon sens assez représentatifs du marché locatif japonais :

–  OPPAI CHANBARA, JAWS IN JAPAN et BEACH VOLLEYBALL DETECTIVE, pour le fun débile nimbé d’idoles bêtes et sexy (un pléonasme ?)
–  HIKIKO SAN, OISHII SHOKUTAKU et surtout MAN HUNTING dans le domaine de l’horreur
–  HITORI KAKURENBO, sorti en 2008 et qui a clairement apporté du sang neuf aux films fantastiques
–  JU-JITSU dans la catégorie « arts martiaux », un peu sous exploitée au Japon

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Dans l’ordre, voici les films dont sont tirées les images de cet article :

Beach Volley Ball Detective / Samurai Princess / Shaolin Baba / Vampire Girl VS Frankenstein Girl / Geisha VS Ninjas / Man Hunting / Oppai Chanbara / Hitori Kakurenbo

Article écrit en avril 2010

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