Godzilla, Honda Ishirô (1954)


godzilla_original-1954GODZILLA, aka Gojira
ゴジラ
Année : 1954 (montage original japonais)
Genre : film atomique
Production : Toho
Réalisation : Honda Ishirô
Avec : Takarada Akira, Kôchi Momoko, Hirata Akihiko, Shimura Takashi, Murakami Fuyuki, Sakai Sachio, Ogawa Toranosuke, Yamamoto Ren, Hayashi Hiroshi, Onda Seijirô, Mano Tsuruko, Oikawa Takeo, Suzuki Toyoaki, Kôdô Kokuten, Okabe Tadashi, Nakajima Haruo


Alors que les naufrages inexpliqués se multiplient au large du Japon, les habitants de la petite île d’Odo, convaincus qu’il s’agit là de la manifestation d’un ancien dragon marin, organisent une cérémonie pour apaiser sa colère. Mais la nuit venue, le village sera presque entièrement rasé. Par un typhon ? Un séisme ? Non… Par quelque chose de plus effrayant encore, cruellement enfanté par l’horreur nucléaire. Le fragile équilibre de la nature a semble-t-il été profondément bouleversé…

Godzilla 1954 08Godzilla 1954 07

Godzilla 1954 04Godzilla 1954 05

Marqué par l’avènement d’un autre poids-lourds répondant au doux nom de KING KONG, le Japon ne pouvait décemment pas rester les bras et les griffes croisés, et c’est presque naturellement que l’archipel sortit son propre « film de monstre » – ou kaijû eiga.

On ne va pas se mentir. Ce premier GODZILLA (combinaison de gorilla et de kujira – baleine ?) n’a pas très bien vieilli. De nombreuses scènes ayant recours à des maquettes prêteraient presque à sourire tant celles-ci ressemblent désormais à de simples jouets. D’autres moments, en revanche, fonctionnent bien, notamment grâce à un savant éclairage et à la science de Honda Ishirô – la silhouette de Godzilla se détachant de la ville en flammes, le monstre encore, souvent filmé au ralenti et dont la présence est souvent impressionnante, Honda parvenant à masquer intelligemment les faiblesses visuelles du costume de la bête. Les scènes de studio ont également beaucoup de charme, et on se surprend à replonger dans cette aventure tragique avec le sourire en bandoulière. Non, Godzilla ne sera pas le seul à ressurgir des profondeurs du passé : votre âme d’enfant risque bien de l’accompagner.

Paleontologist Dr. Kyohei Yamane (Takashi Shimura) and his daughGodzilla 1954 10

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Si Honda met les hommes et les femmes le plus souvent en avant, il ne sacrifie pas sa bestiole pour autant. Godzilla, qui ne fait pas encore ici preuve d’un véritable pathos (il écrase, brûle, détruit et ça fait plaisir), bénéficie ainsi de longues scènes d’exposition, souvent réussies, durant lesquelles on peut se délecter du cri désormais mythique du dinosaure irradié. Mais oui, comme on pouvait s’en douter, le monstre n’a pas vraiment le rôle principal. Heureusement, et aussi surprenant que cela puisse paraître, l’intrigue envisagée du côté des hommes n’est pas ennuyeuse pour un sou – surtout qu’elle est portée par quelques acteurs de qualité, dont l’immense Shimura Takashi. À ce titre, le spectateur éberlué issu d’une époque révolue saura apprécier ces quelques moments vraiment intenses, comme ce journaliste qui reste fidèle au poste pour rendre compte de l’avancée de Godzilla jusqu’à la dernière seconde – de son souffle de vie, ces étranges scènes sous-marines ou encore la première expérience de l’oxygen destroyer, que Honda a l’intelligence de filmer hors-champ pour ne la dévoiler que bien plus tard.

Désuet sur de nombreux points, ce premier GODZILLA n’en demeure pas moins un film culte, qui ravira les nostalgiques et… précipitera les plus jeunes dans les bras de Morphée. Un conseil : restez éveillé malgré tout, car GODZILLA a encore quelques délicieux trésors à offrir, que ce soit sur la forme ou sur le fond – GODZILLA est en effet un film profondément japonais, dont les scènes de désastre renvoient directement à Hiroshima et Nagasaki (gardez bien à l’esprit que le film est sorti moins de dix ans après les bombardements). Ces quelques moments de désolation immortalisés par des téléviseurs d’époque font indiscutablement froid dans le dos… Mais davantage qu’une condamnation du nucléaire, dont le dinosaure star est l’un des atomes, GODZILLA c’est aussi, quelque part, un hymne à la nature (le professeur incarné par Shimura ne veut pas tuer la bête) et une illustration du si fragile équilibre qui régit le quotidien de l’archipel japonais, constamment pris en étau entre les bienfaits de l’environnement, et ses cataclysmes récurrents. Cataclysmes vus/vécus/surmontés très différemment au Japon et en Occident (d’ailleurs le film fut remonté/remaké en 1956 par les États-Unis). Mais ceci est une autre histoire… Ça tombe bien, la saga GODZILLA ne fait que commencer !

Oli :         drapeau2 drapeau2 drapeau2
Yasuko : drapeau2 drapeau2

Trailer :


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Quick Review in English:

+ Cult movie, some impressive stuff for 1954
+ Honda is clever enough to shoot the Godzilla’s costume with the right lightning
+ The result: it’s beautiful, especially at night, with the fire, the lights…
+ The scream of Godzilla: fabulous!
+ Hiroshima and Nagasaki… It was just 9 years earlier. It’s just incredible
+ Respect of nature, criticism of nuclear power… But the movie is more than that:
+ It’s about how Japanese people overcome disasters, how it’s rooted in their history
+ Strange and beautiful scenes underwater
+ The first surprising and mysterious experiment about « oxygen destroyer »
+ Some good (great) actors
+ The scenes with the humans are not boring at all

– Of course, a young audience may not be able to watch such an old movie
– The models (especially the cars, the planes…) look like toys
– Godzilla is not very friendly… yet. But it’s better that way, isn’t it?

Godzilla 1954 IMAGE

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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