Ningyo densetsu, Ikeda Toshiharu (1984)


mermaid legend ningyo densetsu 1984NINGYO DENSETSU, aka Mermaid Legend
人魚伝説
Année : 1984
Genre : mer made in Japan
Production : Art Theatre Guild / Directors Company
Réalisation : Ikeda Toshiharu
Avec : Shirato Mari, Shimizu Kentarô, Etô Jun, Miyaguchi Seiji, Miyashita Junko, Aoki Yoshirô, Kanda Takashi, Seki Hiroko, Shimizu Hiroshi


Saeki Migiwa est une jeune pêcheuse en apnée. Elle vit paisiblement dans la région de Mie avec son époux, un homme bon mais aussi un buveur invétéré. Son quotidien sera littéralement bouleversé le jour où elle assistera au meurtre de son mari… depuis le fond des mers. Après un triste malentendu, elle sera traquée mais pourra heureusement compter sur l’aide d’un ami, qui va lui proposer une chambre qu’il possède non loin de là. Poussée par des évènements incontrôlables et de terribles révélations, Migiwa va se muer en véritable force de la nature, et chercher à se venger.

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Primé trois fois au festival de Yokohama, MERMAID LEGEND est sans doute le film le plus connu de son réalisateur, Ikeda Toshiharu, technicien génial issu de la divine école du Roman Porno et qui nous quitta trop tôt, à l’âge de 59 ans. Pour une raison que je ne m’explique pas, les films de Ikeda Toshiharu, s’ils sont malgré tout auréolés d’une certaine réputation auprès des amateurs de cinéma japonais, n’ont pas eu la même reconnaissance que d’autres classiques de la même époque, qui savaient aussi élégamment surfer sur les eaux troubles de l’exploitation intelligente.

MERMAID LEGEND dresse ainsi le portrait de Saeki Migiwa, une femme bafouée. Révoltée. Une humble pêcheuse en apnée, qui perdra tout le jour où son mari sera assassiné. Par qui ? Pour quelle raison ? On apprendra très vite que la construction d’une centrale nucléaire, pas facile à faire digérer à la population, est sans doute liée à ce triste évènement. MERMAID LEGEND se nappe alors d’un vrai message politique. Une femme contre la folie des hommes. La colère de la nature comme remède au cancer propagé par ces politiciens et hommes d’affaires véreux. Un drame qui trouve, hélas, un triste écho dans la catastrophe de Fukushima… Une erreur qui un jour, je le crains, se répétera.

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Mais MERMAID LEGEND ce n’est pas uniquement ce final extraordinaire sorti de nulle part, qui peut être à la fois vu comme le récit fantasmé de la naissance d’une légende, et comme une critique acerbe des hommes qui auraient beaucoup à apprendre des femmes, nymphes d’une nature trouvant parfois une ligne de fuite dans le shintoïsme, au point que cette dernière embrasse parfois leur destin. MERMAID LEGEND c’est aussi un très bon directeur de la photo (Maeda Yonezô, qui travailla beaucoup avec Itami Jûzô), peut-être à l’origine de la magie de certains plans sous-marins (étrangement repris presque à l’identique dans le récent STILL THE WATER, de Kawase Naomi). MERMAID LEGEND, c’est également une jeune actrice. Aussi époustouflante dans les scènes dramatiques que dans les parties de jambes en l’air (où elle donne courageusement beaucoup de sa personne) ou les moments encore plus durs, et violents, au terme desquels elle termine le plus souvent littéralement sur les genoux, essoufflée – comme possédée.

Cette violence soudaine et percutante semble correspondre à ce que l’on est en droit d’attendre d’un film d’exploitation – car MERMAID LEGEND est bien un film d’exploitation. Mais pas seulement. Ikeda Toshiharu a, comme toujours, pris son travail très au sérieux et si certaines scènes de sexe paraissent un peu longues et certains pics de violence trop démonstratifs (ça gicle de partout avec le petit « pschiiiiiit » de circonstance), tout cela n’en a pas moins un sens. Une finalité. Oui, MERMAID LEGEND est davantage une œuvre artistique personnelle, osée et engagée qu’un pur produit commercial – mais comment pouvait-il en être autrement quand on sait qu’il s’agissait d’un projet de l’Art Theatre Guild ? Les trois grands moments du film imprégnés de violence brute ne sont, par exemple, pas uniquement présents pour décorer. Pour émoustiller le cinéphile amateur d’horreurs graphiques. Les deux premières scènes en question, longues et éreintantes à la fois pour la pauvre Migiwa et pour le spectateur stupéfait, semblent correspondre à l’idée de ce qu’Alfred Hitchcock se faisait d’un meurtre dans LE RIDEAU DÉCHIRÉ. Le délire final, pour sa part, s’il est proprement ahurissant (actrice habitée, plans-séquences très immersifs), parait plutôt destiné à brouiller les pistes pour mieux surprendre le spectateur avec une dernière pirouette, une ultime plongée. En apnée ? Que c’est beau. Que c’est bien joué. « mabushii », lance alors Migiwa.
Oui moi aussi, je suis ébloui.

Oli :         drapeau2 drapeau2 drapeau2 0japondrapeau1
Yasuko : drapeau2 drapeau2 drapeau2

Bande annonce :

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Quick Review in English:

+ Extraordinary actress
+ Looks like an Exploitation film (blood, boobs, revenge) but it’s more than that
+ Great cinematography, fabulous underwater scenes (STILL THE WATER?)
+ A deep movie, about women’s strenght – nature’s strenght: the same thing?
+ A real political message – and when I think about Fukushima…
+ Two murder scenes reminded me of TORN CURTAIN
+ What a great ending…

– You may find the final « crazyness » a bit too long, but it has a purpose
– Not always very realistic… But is it really important?

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A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Claude Lelouch, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam (un intrus s'est glissé dans cette liste, sauras-tu mettre la main dessus - attention il y a un piège). Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです 
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3 commentaires pour Ningyo densetsu, Ikeda Toshiharu (1984)

  1. Bon bah, c’est vu et c’était top. Par grand chose à rajouter. J’ai été lire la chro’ d’EG puis la tienne, l’un comme l’autre cela rejoint tout le bien que je peux penser de cet Ikeda. Y a pas à dire, il déroule comme il faut. Même le final too much est dingue et enivrant. Rarement vu un sprint vers la mort aussi haletant. L’ATG c’était quelque chose dans la liberté de ton, formel et j’en passe. Encore un bel exemple de réussite…

    • Oli dit :

      Et bien tu n’as pas perdu de temps ah ah ah ! Content que ça t’ait plu. Je viens de mettre la main sur le SASORI de Ikeda et un autre film fantastique. Je continue ma chasse.

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