The Sea of Trees, Gus Van Sant (2015)


THE SEA OF TREES, aka Tsuioku no mori, aka Nos souvenirs
追憶の森
Année : 2015
Genre : la mer aux abois
Pays : États-Unis
Production : Bloom / Gil Netter / Waypoint
Réalisation : Gus Van Sant
Avec : Matthew McConaughey, Watanabe Ken, Naomi Watts, Katie Aselton, Jordan Gavaris, Anna Friedman, Jimi Stanton, Ando Ikuma, Yoshida Juzo, Motoyoshi Tatsuki, James Saito, Richard Levine, Hyunri, Yoshihara Ai, Ikeda Kio, Kinoshita Aya


Arthur Brennan, un professeur américain, se rend au Japon dans l’unique but d’y visiter Aokigahara, ou Jukai, cette « mer d’arbres » située au pied du Mont Fuji et qui suscite à la fois l’inquiétude et l’envie, en raison des croyances ancestrales qui y ont pris racine – beaucoup y viennent en réalité pour mettre fin à leurs jours, entre les branches et la bruine d’une forêt aussi attirante… qu’assassine ?

Pourquoi tant de haine ? Pourquoi diable le film de Gus Van Sant a-t-il été hué lors de ses projections de presse au festival de Cannes ? Huer un film. Oui. À la manière de certains supporters de foot qui insultent les joueurs depuis leur confortable tribune. Tribuns d’un autre âge, d’une autre classe. Ce genre d’attitude n’a certainement pas sa place dans un stade et encore moins dans une salle de cinéma. Plus triste encore pour THE SEA OF TREES, ce dédain mêlé de moquerie et d’un brin d’élitisme s’est propagé jusque dans les critiques professionnelles des « grands » journaux, Le Monde osant même dire à demi-mot que le film contiendrait des clichés racistes : « on se croirait revenu aux temps où les studios hollywoodiens bridaient les yeux de comédiens occidentaux pour leur faire proférer des vérités sorties d’un fortune cookie. »

Ma chronique de THE SEA OF TREES sera volontairement courte. Je ne suis pas là pour distribuer les bons et les mauvais points. Chacun a une sensibilité et une manière de vivre le cinéma différentes : vous avez le droit de détester le film de Gus Van Sant, de trouver ses propos vains et ses dialogues aussi sommaires que le fut son exécution au festival de Cannes. Personnellement ce sont les huées, et les accusations à l’emporte-pièce qui me dérangent. Mais penchons-nous quand même quelques instants sur THE SEA OF TREES : pourquoi le film a-t-il été si mal accueilli ? Je pense qu’une grande partie du public et des critiques espérait une œuvre penchant davantage du côté du spirituel que du spiritisme. Or, THE SEA OF TREES est un kaidan, un véritable kaidan – l’une de ces histoires que l’on se raconte pour faire peur ou simplement intriguer, au Japon, et qui n’hésite pas à flirter avec le fantastique voire à plonger tête la première dedans. Je ne vous dirai pas si THE SEA OF TREES se contente de rester à la lisière du surnaturel, à la manière d’un conte macabre finalement très humain, ou s’il ose entrouvrir les portes de l’inexplicable plus frontalement – de toute manière, cela reste sujet à interprétation. Au flou. Aux vagues creuses, vides de mots, qui peuplent les sentiments et croyances de nombreux Japonais : ceux-ci se disent souvent athées, ou agnostiques. Certainement pas religieux. Cela ne les empêche pas d’aller régulièrement visiter un temple, ou un sanctuaire. Pour prier. Renouer avec la terre. Spirituel et spiritisme peuvent alors s’entremêler, se retrouver. Se compléter ? Oui, THE SEA OF TREES parle aussi de cela : un océan vert où les naufragés de la vie viennent pour jeter une bouteille à l’amer. Certains espèrent une réponse, d’autres pas…

Porté par un brillant Matthew McConaughey, distillant çà et là des idées lumineuses jusque dans cette fin que je pensais avoir vu venir et qui m’a finalement agréablement surpris, sans en faire trop… le film de Gus Van Sant m’a vraiment plu. Parlé. Son histoire d’amour, fragile et cabossée, s’éloigne également quelque peu des poncifs du genre. Gus Van Sant se permet même une discrète fantaisie, avec ce petit côté survival en pleine forêt plongée dans le froid nocturne, et dont les arbres semblent parfois se mouvoir, à la manière de ces bois paraissant habités par une volonté propre, dans le cinéma de Kurosawa Akira. La mer d’arbres prend forme. Et certains essaient de naviguer sur ses branches gélives avec leur âme, ce bateau ivre.

Oli :        
Yasuko :

_______________________________________________

Quick Review in English:

+ Spiritual and spiritualism: this movie is a real Japanese kaidan
+ Great photography, the forest seems alive – and the people dead?
+ Matthew McConaughey is very good
+ Good story, interesting ending
+ The love story moves away from the clichés of the genre

– Many people and professionnal reviews hated this film, so…
– You might not like it either (too talkative? You prefer spiritual to spiritualism?)
– But: booing a movie as it has been done at Cannes, and insulting the director…
– … and the people who may like the film, it’s not acceptable

A propos Oli

Amateur de cinéma japonais mais de cinéma avant tout, de Robert Aldrich en passant par Hitchcock, Tsukamoto, Eastwood, Sam Firstenberg, Misumi, Ozu, Kubrick, Oshii Mamoru, Sergio Leone ou encore Ringo Lam. Weird cinema made in Japan : échec et (ciné)mat. オリ です, 日本映画専門のブログです https://echecetcinemat.wordpress.com/ Blog dédié aux jeux vidéo, en particulier rétro : Jeux vidéo et des bas https://jeux.dokokade.net/ 
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3 commentaires pour The Sea of Trees, Gus Van Sant (2015)

  1. princecranoir dit :

    Ken Watanabe et Matt McConaughey, sans oublier Naomie (Watts plutôt que Kawase qui eut elle aussi sa part de forêt je crois)! Que d’un bon pour un film pourtant bien mal étreint au pied du Majestic. Je ne suis pas un Van Santien inconditionnel, mais je lui trouve d’ordinaire un grand talent (taille Elephant en ce qui le concerne). Et si en plus tu convoques l’esprit de Kurosawa, je ne peut qu’être envahi par l’envie de plonger dans « The sea of trees ».

    • Oli dit :

      Merci pour ton commentaire. Je me rends compte que je ne connais personne, parmi mes amis et connaissances, qui ait vu ce film. Moi-même j’ai attendu près de cinq ans pour sauter le pas… Je me demande si la cabale subie par THE SEA OF TREES à sa sortie n’a pas pesé, même inconsciemment, dans la balance.
      PS : pour Kurosawa en fait, c’est plus un clin d’œil perso de ma part qu’autre chose 😉 A son époque il avait recours à une armée d’intendants pour remuer des arbres et donner « vie » à une forêt, aujourd’hui c’est un peu différent. ^^

  2. Rick dit :

    Bon, tu m’as convaincu, ce film que j’ai mais repousse toujours depuis des années, je vais le tenter prochainement. Toujours eu un peu peur, non pas par les avis car je n’ai rien lu au sujet du film, mais par Gus Van Sant, vu que parfois, j’adore (PRÊTE À TOUT), et parfois, je déteste et rejette totalement (LAST DAYS vu au cinéma, une torture).

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